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Économie - Consommation

Des bijoux plutôt que du lait pour enfant : les incohérences des importations libanaises

Les analystes travaillant pour le compte de l'ONG rappellent que les importations ont totalisé 19 milliards de dollars sur la dernière année civile, soit 90,7 % du PIB du même exercice, ce qui est considérablement élevé.

Des bijoux plutôt que du lait pour enfant : les incohérences des importations libanaises

Le terminal conteneur de Beyrouth, en 2021. Photo : P.H.B.

Dans un rapport thématique intitulé Lebanon’s Import Bill: Jewelry Before Baby Formula, publié le 5 juillet, l’ONG Mercy Corps a mis en exergue les incohérences révélées par l'examen des importations libanaises en 2022, par rapport au contexte de crise que traverse le pays depuis 2019.

« Pendant les crises économiques, les importations sont généralement en baisse en raison des coûts élevés et des changements dans les habitudes de consommation. Non seulement les données sur les importations libanaises en 2022 (contredisent) cette tendance, mais indiquent également que les ressources sont allouées avec un sens des priorités douteux », ont notamment énoncé les auteurs du rapport dans leurs conclusions.

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Les analystes travaillant pour le compte de l'ONG ont également rappelé que les importations ont totalisé 19 milliards de dollars sur la dernière année civile, soit 90,7 % du PIB du même exercice, ce qui est considérablement élevé. Ils ont ajouté que ce même ratio n’était que de 33,2 % en 2020, une année marquée par l’accélération de la crise et les restrictions liées au Covid-19. Une importante partie des importations étaient encore subventionnées cette année-là, lors de laquelle le taux de change dollar/LL avait commencé à sérieusement décrocher. La monnaie nationale a perdu 98 % de sa valeur en près de 4 ans (passant de 1507,5 livres pour un dollar à environ 91 000 livres actuellement, selon le site lirarate.org.). Le mécanisme de subvention du taux de change que la Banque centrale ouvrait depuis fin 2019 à plusieurs catégories d’importations, dont celles concernant les carburants et les produits pharmaceutiques ont commencé à être levées à partir de 2021.

Les auteurs du rapport remarquent également que la facture des importations de « produits de luxe » (2 milliards de dollars et 10,49 % du total), comme « la joaillerie ou les voitures » (1,69 milliards et 8,83 %) avait dépassé en 2022 celles des « médicaments et du lait pour nourrisson », respectivement à 2 % (341 millions de dollars) et 0,1 % du total. Ils constatent par ailleurs que les importations de produits pharmaceutiques, dont font partie les médicaments, ont baissé de plus de moitié entre 2018 et 2022 (de 1,33 milliard à 551 millions de dollars). Les importations de carburants restent les plus élevées.

À noter que la hausse des importations de voitures est liée au fait que les importateurs ont anticipé l’alignement au taux de change du marché parallèle employé pour calculer les droits de douanes en livres à partir des prix hors taxes en dollars qui a commencé fin 2022  - la hausse du fameux « dollar douanier », qui était jusqu'à décembre 2022 encore bloqué sur l’ancienne parité officielle. Les auteurs du rapport relèvent également que seule une partie de la joaillerie importée est réexportée une fois transformée.

Le rapport a été réalisé pour Mercy Corps par l’équipe Lebanon Crisis Analytics Team (LCAT), soutenue par l’Agence américaine pour le développement international (USAID) et cofinancée par l’Union européenne.  

Dans un rapport thématique intitulé Lebanon’s Import Bill: Jewelry Before Baby Formula, publié le 5 juillet, l’ONG Mercy Corps a mis en exergue les incohérences révélées par l'examen des importations libanaises en 2022, par rapport au contexte de crise que traverse le pays depuis 2019.« Pendant les crises économiques, les importations sont généralement en baisse en raison des...

commentaires (11)

J'ai lu le rapport (disponible sur le web), et j'ai noté les points suivants. 1) Le rapport note le fait que le Liban exporte aussi beaucoup de métaux et de pierres précieuses. Cependant les chiffres de l'exportation sont restés stables entre 2021 et 2022, tandis que ceux de l'importation ont explosé, dépassant même ceux de 2018 (même en tenant compte de l'inflation). Il est peu probable que les libanais aient été soudain pris de désirs de luxe. Une explication possible est que l'or soit un moyen de préserver les richesses puisque les gens ne font plus confiance aux banques. Une autre explication pourrait être que les joailliers ont importé davantage en 2022 pour éviter des droits de douane plus élevés en 2023. 2) Le point dans le rapport de Mercy Corps qui est pour moi le plus intéressant n'est pas évoqué dans l'article: C'est le fait que les importateurs peuvent ne plus avoir recours aux banques pour importer de la Turquie et de la Chine, et qu'ils peuvent avoir recours à des "bureaux d'échange" (exchange offices) et des "confirming houses" qui permettent de payer en cash à Beyrouth et qui se chargent de faire parvenir l'argent à sa destination. Si c'est vrai, cela limite fortement l'impact des mesures anti-blanchiment que les banques prennent ou prendront.

Nagi Nahas

15 h 00, le 16 juillet 2023

Tous les commentaires

Commentaires (11)

  • J'ai lu le rapport (disponible sur le web), et j'ai noté les points suivants. 1) Le rapport note le fait que le Liban exporte aussi beaucoup de métaux et de pierres précieuses. Cependant les chiffres de l'exportation sont restés stables entre 2021 et 2022, tandis que ceux de l'importation ont explosé, dépassant même ceux de 2018 (même en tenant compte de l'inflation). Il est peu probable que les libanais aient été soudain pris de désirs de luxe. Une explication possible est que l'or soit un moyen de préserver les richesses puisque les gens ne font plus confiance aux banques. Une autre explication pourrait être que les joailliers ont importé davantage en 2022 pour éviter des droits de douane plus élevés en 2023. 2) Le point dans le rapport de Mercy Corps qui est pour moi le plus intéressant n'est pas évoqué dans l'article: C'est le fait que les importateurs peuvent ne plus avoir recours aux banques pour importer de la Turquie et de la Chine, et qu'ils peuvent avoir recours à des "bureaux d'échange" (exchange offices) et des "confirming houses" qui permettent de payer en cash à Beyrouth et qui se chargent de faire parvenir l'argent à sa destination. Si c'est vrai, cela limite fortement l'impact des mesures anti-blanchiment que les banques prennent ou prendront.

    Nagi Nahas

    15 h 00, le 16 juillet 2023

  • MercyCorps...?Qui est l ONG MercyCorps "américaine"? Allez chercher.

    Marie Claude

    16 h 39, le 11 juillet 2023

  • Les bijoux et les voitures de luxe rapportent en taxes et autres à ces voleurs plus que les médicaments et le lait pour nourrissons sur lesquels il n’ont pas beaucoup de marge de manœuvre. Alors ne cherchons pas des justifications à leurs actes de pillage qui n’a jamais cessé puisqu’on a pris les mêmes et qu’on recommence. A quoi s’attendent les libanais en laissant des mafieux à la tête de leur pays, ceux la memes qui les ont dépouillés sans que ça les fasse réagir de la façon qui convienne à la situation?

    Sissi zayyat

    16 h 12, le 11 juillet 2023

  • Mercy corps fait du sensationnalisme bon marché. Ils auraient dû mieux comprendre l'industrie libanaise de la joaillerie avant d'écrire des choses pareilles. L'OLJ aurait dû également analyser et commenter ces chiffres au lieu de les rapporter tels quels.

    Henoud Wassim

    16 h 11, le 11 juillet 2023

  • Dans l'absolu c'est inacceptable. Cependant il faut savoir que au Liban nous avons une industrie de transformation, et nous exportons des produits de joaillerie. Peut etre faudrait il considerer un net entre importation et exportation

    LH

    14 h 20, le 11 juillet 2023

  • Il n'y a pas d'incohérences...le libanais pourri achète pour les riches et se fout des pauvres et des enfants ...tout simplement

    Emile G

    13 h 34, le 11 juillet 2023

  • Actuellement, aucune couverture ou presque de la sécurité sociale, et de la coopérative des fonctionnaires d'Etat, ni pour les hospitalisations , et presque rien pour les médicaments. L'argent, en général, s'est déplacé d'un groupe actif à un groupe possessif ayant profité de la corruption du système monétaire facilité par les politiques, profitant à leurs moutons. Pour cela, ils ont acheté des biens pour encore profiter au futur, tandis que les gens dépourvus de leurs biens, vivent la famine avec leurs familles, et meurent à domicile sans pouvoir atteindre un hôpital qui les reçoit. Un crime commis comme il n'y a jamais eu pareil dans une société.

    Esber

    12 h 30, le 11 juillet 2023

  • Mercy Corps, no mercy in Lebanon ! L'affairisme à tous les étages, la prévarication, les législations ou absence de règles contraignanres dictées par les cartels/monopoles ne pourront se régler que par la dissolution du régime mafio-oligarchique, chose qui n'est pas à l'ordre du jour tant que l'immense majorité de la population demeure dans une passivité complice.

    IBN KHALDOUN

    12 h 00, le 11 juillet 2023

  • 1- Taxer, lors de l'enregistrement, les achats de voitures neuves de luxe (ou au dela d'une certaine puissance) afin de compenser l'ex dollar douanier. 2- subventions uniquement pour les produits à fabrications locales. 3- taxes negative ou subventionner les énergies alternatives (solaires ou éoliens) 4- un vrais service de douane et d'impôts sur les revenus sans wasta ni pots de vin qui traque les grand fraudeurs, c est a dire la plupart des hommes politiques multimillionnaires. 5- taxer TOUTES les donations étrangères, y compris ceux reçus par le hezb de la part de l'Iran ou des trafiquants!, n'es ce qu'avec seulement ca on peut résoudre la crise. 6- vendre les 200 milles missiles du hezb à l'Ukraine, cela permettrait de nourrir 2 millions de libanais durant 5 ans !! (Calculette à l'appui) Nous sommes malheureusement encore a des années lumières de cela....!

    Aboumatta

    09 h 34, le 11 juillet 2023

  • Taxez tout jusqu'a la moelle

    Elementaire

    08 h 21, le 11 juillet 2023

  • La solution n’est pas de limiter les importations, mais d’appliquer une taxation progressive et aggressive sur les produits de luxe. La raison pour laquelle les voitures ont été importées en quantités anormalement élevées est l’une des taxations les plus basses au monde (à cause du taux de change favorable appliqué aux voitures).

    Akote De Laplak

    23 h 34, le 10 juillet 2023

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