Loving, une exposition à la fois pudique et tendre. Photo Musée d’Art et d’Histoire
Loving, ou Ils se sont aimés. Tel est le thème d’une exceptionnelle exposition que donne à voir le Musée Rath relevant du Musée d’Art et d’Histoire de Genève et qui déroule, en photos sépia et noir et blanc d’une grande subtilité, des relations sentimentales entre hommes. « Ces clichés, précise un communiqué de presse, pris entre les années 1850 et les années 1950, témoignent d'époques et de lieux où l'amour au masculin était, et continue parfois d'être proscrit ». Et elles sont impressionnantes, ces prises de vue, du fait que la plupart montre de jeunes couples saisis spontanément dans des activités de plein air dégageant une grande joie de vivre. Une vision ainsi perçue par La Tribune de Genève : «Loving offre une plongée poétique dans ces amours clandestines ainsi que dans l'histoire du 8e art ». Car, l’histoire de la constitution de cette collection de photos est un apport supplémentaire à sa valeur et à sa portée. Elle a pour auteur un couple d’homosexuels texans nommés Hugh Nini et Neal Treadwell qui, au hasard d'une visite chez un antiquaire de Dallas, tombent en arrêt sur un cliché des années 1920, perdu dans une pile de photos anonymes, qui représente un couple de jeunes hommes enlacés et se regardant de manière indiscutablement amoureuse.
Loving offre une plongée poétique dans ces amours clandestines ainsi que dans l'histoire du 8e art. Photo Musée d’Art et d’Histoire
Plus de 4000 photos du monde entier
Le duo est frappé par le risque pris par ces personnes, posant à l’époque dans le cadre banal d'une banlieue américaine. Ils se reconnaissent dans cette image et décident de pousser plus loin leurs recherches de ces illustrations de l’amour masculin clandestin. Une quête qui les mènera de brocantes en marchés aux puces à travers l'Europe, les Amériques, l’Asie et l’Océanie, tout en écumant les enchères en ligne. Au bout de vingt ans passés dans les archives et les boîtes de carton, ils se retrouvent avec 4000 images de couples homosexuels décrivant ces solides liens du cœur entre hommes, si difficiles à faire accepter. Puis, en 2009, ils choisissent 400 spécimens de ce lot qu’ils réunissent dans un ouvrage publié sous le titre Loving. Des versions en plusieurs langues sortent simultanément dans les librairies du monde entier et rencontrent un succès immédiat. Aujourd’hui les cimaises du musée Rath accueillent, sous l’intitulé Loving, un choix d’images tirées du livre au titre éponyme.
Le travail de longue haleine de Hugh Nini et Neal Treadwell, (aujourd’hui dans leur soixantaine) a dépassé la chasse à la photo pour prendre la forme d’une opération radioscopie, afin de s’assurer que les instantanés qu’on leur proposait représente réellement un couple amoureux. Pour ce faire, ils disent s’être fiés au regard des modèles exprimant, selon eux, de vrais sentiments, malgré tous les efforts pour les cacher. Parmi les autres signes, sur lesquels Hugh Nini et Neal Treadwell se sont appuyés pour authentifier la véracité de la relation qu’ils recherchaient, figurent des alliances, des bracelets et autres bijoux arborés par les partenaires, et qui pourraient être synonymes de leur union. Ils ont aussi remarqué que les cadres choisis par ces hommes pour s’immortaliser sur pellicule étaient identiques à ceux adoptés par les couples hétérosexuels. On les voit poser devant la proue d’un navire, sur une branche d’arbre, à la plage, en forêt, au lit. Ils vont jusqu’à simuler devant la caméra une cérémonie de mariage. Toutes les classes sociales et tous les âges y sont représentés, de l’ouvrier à l’homme d’affaires, en passant par l’étudiant, le soldat et le marin.
Un hommage à cet amour longtemps interdit entre deux hommes. Photo Musée d’Art et d’Histoire
Des images qui parlent d’amour
Une installation poétique sous forme d'hommage au travail mené par les collectionneurs texans accueille le public à l'entrée du musée Rath. L’accrochage porte la signature de l’artiste et photographe zurichois à l’immense créativité, Walter Pfeifferde, qui a notamment réalisé d’impressionnants agrandissements des photos de couples. Dans les salles principales, le public retrouve aussi dans une série de vitrines des portraits pris en studio, des images saisies sur le vif (à la plage, en montagne...) ou encore des photomatons. Du fait de leur nature intime, ces tirages originaux vont du très petit au moyen format.
Pour parachever la présentation, deux vidéos en noir et blanc d'Urs Lüthi ont été programmés. Cet artiste conceptuel suisse, (75 ans), qui se penche notamment sur les questions de l'identité sexuelle, est célèbre dans le monde entier pour ses portraits androgynes aux poses provocantes et ses mises en scènes narcissiques et ironiques. Pour les organisateurs de cette exposition très particulière, « elle témoigne d’un besoin que la démocratisation de la photographie a permis de satisfaire : Celui de consigner une union proscrite entre deux êtres. Ces milliers de clichés retracent un siècle d’histoire photographique, ouvrant une fenêtre sur un monde bien différent du nôtre. Et, rappelant, par la même occasion, les avancées sociales des dernières décennies dans la plupart des pays du globe. Tout en dévoilant les différents visages que peut prendre l’amour au masculin, la collection Nini-Treadwell célèbre l’universalité de l’expression du sentiment amoureux, de l’affection et de l’attachement ».



Arrêtons de jouer à l'autruche... Acceptons nos différents... Bravo à l'OLJ pour nous informer de l'expo au musée à Genève!
16 h 52, le 12 juillet 2023