Les déplacements de Gebran Bassil ont soulevé de nombreuses questions, notamment sa récente visite-éclair à Londres. Mais, du Vatican aux rives de la Tamise, en passant par Doha et Paris, le chef du CPL entend porter sur ses épaules le poids de ce qu’il considère comme une crise existentielle libanaise, celle du rôle des chrétiens. Pour lui, la question présidentielle n’est qu’un des aspects, peut-être le plus visible, de cette crise et il faut absolument la traiter car, selon lui, la disparition du Liban, en tant que pays de la diversité et de la coexistence islamo-chrétienne, serait une perte pour le monde et en particulier pour l’Europe.
M. Bassil a donc sollicité des rendez-vous à l’étranger pour évoquer ce thème, en axant sur le problème que constitue la présence massive de déplacés syriens au Liban depuis plus de 10 ans. Avec ses interlocuteurs européens, il a insisté sur le refus de la communauté internationale de favoriser un retour volontaire et sûr de ces déplacés chez eux. Ainsi, au cours de sa visite à Londres, il a exprimé l’incompréhension du Liban face à la position européenne à ce sujet, d’autant que la situation en Syrie est en train, toujours selon lui, de s’améliorer. Au cours de cette visite, il a rencontré le conseiller de la Sécurité nationale pour le Moyen-Orient à la présidence du gouvernement ainsi que des parlementaires. Certains se sont montrés ouverts à la discussion, mais d’autres continuent de refuser toute idée de retour des déplacés syriens chez eux en raison de la menace que représenterait pour eux le régime syrien. Le chef du CPL n’a pas voulu entrer dans un débat sur la situation en Syrie, mais il a mis l’accent sur le danger que représente une présence aussi importante des déplacés syriens sur le tissu social libanais. À ses yeux, c’est un problème crucial pour le Liban, surtout en ce moment précis, où la vacance présidentielle et les polémiques qui l’accompagnent donnent aux chrétiens dans toute leur diversité le sentiment d’être marginalisés. C’est comme si le fameux partenariat entre toutes les communautés instauré par l’accord de Taëf n’est plus respecté comme il le devrait, réveillant les craintes chez les chrétiens de voir leur rôle diminuer et par conséquent de se sentir poussés à quitter leur pays à plus ou moins brève échéance.
Dans ses entretiens à l’étranger, Gebran Bassil, selon ses proches, n’entre pas dans les détails internes libanais. Il se contente d’axer son exposé sur l’importance de la présence des chrétiens du Liban dans cette région du Moyen-Orient, non seulement pour leur rôle constructif à tous les niveaux, mais aussi à cause du modèle d’acceptation de l’autre qu’ils offrent avec leurs partenaires dans le pays.
Toujours selon ses proches, il a ainsi évoqué avec ses interlocuteurs britanniques les émeutes qui ont secoué dernièrement la France et qui ont montré un véritable malaise social. Selon lui, les sociétés occidentales sont aussi fragilisées et c’est pourquoi le monde a plus que jamais besoin de multiplier les espaces de rencontres, de mélange et de diversité pour rapprocher les peuples et les religions, et éviter les affrontements qui naissent souvent de la peur et des frustrations. Or, le Liban est, malgré ses crises et ses divisions, un exemple de l’interaction entre les religions. Il serait donc dommage pour le monde, et notamment pour l’Europe, de le perdre.
C’est pourquoi, selon lui, l’Europe devrait être en première ligne dans la préservation du Liban riche de sa diversité et, par conséquent, dans l’encouragement des chrétiens à rester sur place et à remplir leur rôle traditionnel au sein du système politique et social libanais.
C’est dans ce contexte que M. Bassil évoque la question présidentielle, soulignant qu’il s’agit de la plus haute fonction chrétienne au sein de l’État libanais. C’est pourquoi le choix de la personne est important pour redonner confiance aux chrétiens dans leur avenir dans ce pays, au moment où les crises successives, dans toutes leurs diversités, les poussent au doute et peut-être même au départ. Il faudrait donc, à ses yeux, pousser les Libanais à relancer les institutions de l’État, car l’affaiblissement de celles-ci renforce encore le sentiment d’insécurité chez toutes les composantes sociales et religieuses du pays, tout en favorisant les thèses radicales, d’un côté comme de l’autre. Préserver l’unité du Liban, c’est préserver avant tout l’État et ses institutions. Et pour cela, il faut qu’il y ait un président. Pour Gebran Bassil, celui-ci doit évidemment être accepté de tous, en tout cas des principales forces du pays, mais le choix devrait être en premier lieu chrétien. Or, souligne-t-il, cette considération n’a pas été respectée par le Hezbollah et Amal lorsqu’ils ont désigné leur candidat à la présidence, Sleiman Frangié. Par conséquent il craint que l’élection de ce candidat provoque un déséquilibre dans le fameux partenariat entre les différentes communautés consacré par Taëf au détriment des chrétiens et en faveur du tandem chiite. Ce qui pourrait nuire à l’essence même du Liban.
Ce sont en gros les thèmes développés par M. Bassil avec ses interlocuteurs étrangers. Il reconnaît que l’intérêt qu’il rencontre est variable et que parfois, il a senti chez ses interlocuteurs une certaine lassitude à l’égard du Liban, alors que les priorités de l’Europe sont ailleurs. Mais cela ne l’empêche pas de continuer à essayer d’exposer son point de vue.
Même s’il reste personnellement convaincu que la solution la plus facile serait de lancer un dialogue interne. C’est d’ailleurs ce qu’il avait voulu depuis le début, mais certaines parties ont préféré miser sur une élection qui amènerait un candidat contre la volonté d’autres. Chaque camp a tenté sa chance, mais il est clair désormais qu’aucun n’est en mesure de faire élire son candidat. Combien de temps faudra-t-il pour que les différentes parties acceptent cette idée et se lancent enfin dans un dialogue sans conditions préalables ? Il semble jusqu’à présent que les Libanais aient besoin d’une initiative extérieure pour cela. Bassil tente donc de pousser dans ce sens.


Poutine estime que le conflit en Iran a détourné l'attention de Washington de l'Ukraine
Panégyrique à la limite guignolesque ! Ça frise (et ça touche), hélas le ridicule.
16 h 19, le 07 juillet 2023