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Culture - Musique

Au micro, aux platines, à la production et à l’organisation : à Ked, un festival 100 % féminin

Elles ont le « punchline » féroce, mélancolique, rythmé ou sensuel. Six rappeuses se sont succédé sur la scène du Ked, sous l’ombrelle de Beirut & Beyond. Amani Semaan et Yara Mrad, respectivement cofondatrice et chef de programmation, ont emmené « L’OLJ » dans les coulisses du concert qui a mis en avant les talents féminins.

Au micro, aux platines, à la production et à l’organisation : à Ked, un festival 100 % féminin

Six rappeuses se sont succédé sur la scène du Ked. Photo Jana Khoury

Amani Semaan, cofondatrice de Beirut and Beyond, surgit sur la terrasse au deuxième étage du KED. Le festival s’étend sur deux jours, la fatigue commence à se faire sentir. Elle se précipite vers le backstage. Pas de temps à perdre : Frizzy, la chanteuse marocaine chargée d’ouvrir la dernière soirée du festival, débute dans moins d’une heure. Dans les coulisses, plusieurs personnes s’agitent. Amani Semaan et Yara Mrad, la chef de programmation de B&B, trouvent tout de même le temps de se poser avec L’Orient-Le Jour.

La cofondatrice explique d’emblée : « Dans les deux ou trois dernières années, notre collectif a développé son activité sur la scène indépendante et proposé des résidences artistiques. Notre but est de donner la place aux femmes sur la scène, mais aussi derrière les projecteurs. » L’équipe a proposé des ateliers de travail pour former les futures techniciennes et ingénieures son et lumière. Les deux collègues sont désireuses d’ouvrir la porte à la gent féminine, à des secteurs d’activité souvent surreprésentés par les hommes. Elles essaient donc de les familiariser à ce monde en proposant des formations faites par des femmes pour des femmes. « La plupart des personnes travaillant dans ces secteurs sont des hommes. Pour nous, il est difficile d’apprendre de ces personnes. Le jugement, les critiques et les a priori sont, je pense, des facteurs qui poussent les femmes à se désintéresser de l’aspect technique de la scène musicale », estime Yara Mrad.

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Il est bon de rappeler que d’après une étude réalisée en 2021 par l’Université de Caroline du Sud, moins de 2 % des producteurs de musique sont des femmes. Une sous-représentation qui déplaît au collectif. Partant de ce constat, elles essayent tant bien que mal de composer leurs équipes techniques et logistiques par des femmes, à 50 % pour être précis. Ainsi, le but à atteindre n’est pas le remplacement, mais la cohabitation éthique entre hommes et femmes basée sur le respect de l’autre. D’aucuns pourraient critiquer le déroulé d’ateliers composés uniquement de femmes. Mais la chef de programmation explique : « Compte tenu de la place de la femme dans la société libanaise, il est important de créer une safe place pour elles. » B&B œuvre ainsi pour que les femmes puissent apprendre et grandir dans un environnement hors de la doctrine sociale à laquelle elles sont sujettes.

La DJ Noise Diva derrière le platines. Photo Jana Khoury

L’entrée, pas si bruyante, de la diva

Une silhouette un brin nonchalante pénètre alors dans la salle. Munie de son iconique casquette à rubans blancs lui tombant jusqu’aux pieds, Noise Diva, la productrice et DJ du festival, vient s’immiscer dans la discussion. « La seule et l’unique ! » affirment les deux amies d’un air amusé. Pas un mot n’émane de sa bouche, mais son aura avait déjà pris place dans le long fauteuil gris des coulisses. Yara Mrad l’invite alors à prendre la parole. « J’aimerais faire comprendre que les opportunités naissent au sein des communautés. Or, il n’y a pas une réelle société féminine dans la production. Exemple, beaucoup d’hommes que j’ai rencontrés m’ont dit : “Ouais ! Mon coloc est producteur et il m’a appris” », dit-elle d’une voix grave et caricaturale, faisant sourire toutes les personnes présentes. Elle poursuit sur sa lancée et exprime son regret de constater encore aujourd’hui le rôle limité de la femme dans l’industrie : « Honnêtement, la raison principale est la masculinité toxique ancrée dans le système de production musicale capitaliste », estime-t-elle, tout en soulignant que cette situation n’est pas forcément bénéfique pour les hommes non plus. Pour Noise Diva, le féminisme doit servir aux deux sexes, aux femmes pour libérer leur parole et aux hommes pour sortir de ce rôle social auquel ils sont rattachés dès leur plus tendre enfance. Malheureusement, la diva est sollicitée pour des tests micro et doit s’éclipser. Les deux responsables du festival reprennent la conversation au sujet de la place du sexe féminin sur scène et dans les charts.

Beirut and Beyond : une édition portée par des artistes féminines. Photo Jana Khoury

Les femmes actrices du changement

Que faire pour encourager les femmes à se lancer dans l’aventure musicale ? Yara Mrad révèle qu’elle ne cesse de soulever ce point lors de ses rencontres avec la presse. « Je pense que beaucoup d’initiatives entreprises par les plateformes de streaming ayant pour but de mettre en avant les femmes sont contre-productives. Faire une playlist avec, exclusivement, des artistes femmes, au Moyen-Orient, crée une scission avec les hommes. Il faudrait au contraire reconcevoir ces playlists et leur trouver un autre angle. Remplacer les “Top 10 des femmes artistes au Moyen-Orient”, par des “Top 10 des artistes au Moyen-Orient” et y incorporer des femmes. »

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Le problème évident est le manque de visibilité des artistes femmes. Les hommes sont, de facto, bien plus écoutés que leurs collègues du sexe opposé et cela ne règle apparemment pas le problème de visibilité. Mrad développe son point de vue : « Ce genre de choses vient naturellement. Si, à l’instar de Rap & Beyond, les festivals programmaient à leur affiche 50 % d’hommes et 50 % de femmes, on pourrait alors espérer voir plus de femmes dans les classements des artistes streamés. De plus, ces tops et playlists recommandés sont souvent recopiés d’autres sites et plateformes », explique-t-elle. Yara Mrad sait de quoi elle parle, elle a travaillé avec une plateforme de streaming pendant 2 ans.

Quarante-cinq minutes sont vite écoulées. Le temps est venu de laisser les organisatrices se charger de la logistique et de laisser le public profiter des chanteuses Frizzy, Medusa, Xena Elshazli, Nadine el-Roubi, Blu Fiefer et, bien sûr, la seule et unique Noise Diva derrière les platines.

Amani Semaan, cofondatrice de Beirut and Beyond, surgit sur la terrasse au deuxième étage du KED. Le festival s’étend sur deux jours, la fatigue commence à se faire sentir. Elle se précipite vers le backstage. Pas de temps à perdre : Frizzy, la chanteuse marocaine chargée d’ouvrir la dernière soirée du festival, débute dans moins d’une heure. Dans les coulisses, plusieurs...
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