
Le gouverneur de la BDL Riad Salamé. Archives AFP
Les mandats d’arrêt internationaux à l’encontre de Riad Salamé ont créé un précédent historique : pour la première fois, un gouverneur de banque centrale en activité fait l’objet d’une notice rouge d’Interpol suite à son refus de se présenter devant les magistrats français. Pire, il demeure à son poste, restant sourd aux appels (souvent tardifs) à sa démission, sans pour autant être inquiété par la justice de son pays ni même être révoqué par le pouvoir politique.
Les accusations qui pèsent sur lui sont lourdes : blanchiment d’argent, enrichissement illicite, évasion fiscale, faux et usage de faux…
Or, face à la gravité de ces charges, les autorités judiciaires libanaises ne manquent pas une occasion d’ajouter du ridicule au déshonneur : de la farce mise en scène par le juge Charbel Abou Samra, tentant en vain de délivrer la convocation au gouverneur, à la décision ubuesque prise cette semaine par l’avocat général Imad Kabalan de lui interdire de quitter le territoire, l’empêchant de facto de comparaître devant la justice étrangère.
Cette léthargie du pouvoir judiciaire n’est plus supportable. Il est impératif, à nos yeux, que les autorités prennent enfin leurs responsabilités et cessent de tordre le droit pour entraver les aspirations légitimes du peuple libanais à la justice : qu’il s’agisse des interventions du parquet et des multiples « demandes en récusation » qui entravent l’enquête sur le drame du 4 août ou des manœuvres dilatoires visant à empêcher M. Salamé de répondre de ses actes. S’il en était encore besoin, la séquence de ces derniers jours rappelle une fois encore l’absolue nécessité de notre combat phare : celui pour l’indépendance de la justice.
Ces péripéties judiciaires montrent bien que Riad Salamé reste plus que jamais le protégé de la classe politique. Le mutisme et la complaisance des ministres de tous bords, à l’issue de leur réunion lundi 22 mai, en sont un exemple flagrant. Il est même assez remarquable de voir que, depuis son arrivée à la tête de la Banque du Liban (BDL) en 1993, les gouvernements et les partis se sont succédé, tandis qu’il est, lui, resté en place. Jusqu’à devenir aujourd’hui le protégé du tandem Nabih Berry-Nagib Mikati, le tout sous l’ombrelle du Hezbollah, qui a tout intérêt à voir se poursuivre la transformation totale du Liban en une économie souterraine faite d’opacité et de trafics en tout genre.
Une économie souterraine qui puise ses racines, bien avant la crise de 2019, dans le mirage économique dont « le magicien » Salamé a été, ces trente dernières années, l’architecte, le pompier et, en définitive, le pyromane. C’est lui qui, au sortir de la guerre, met en place les rouages de la mécanique infernale à l’origine de l’effondrement. Une mécanique qui, au prétexte d’assurer une parité monétaire gonflant artificiellement le niveau de vie des Libanais, consistera à aspirer quoi qu’il en coûte – schéma de Ponzi compris – les capitaux nécessaires pour financer, d’une part, les importations d’un pays qui ne produit rien ; et, d’autre part, un endettement public servant le clientélisme des partis traditionnels.
Mais si le remplacement du gouverneur actuel est d’une urgence absolue, ce n’est même plus tant en raison de ce lourd bilan que des risques que son maintien continue à faire courir sur ce qui reste de notre système monétaire et financier. L’instabilité sur le marché monétaire et la perte de confiance qui devraient en découler pourraient en effet porter le coup de grâce à une économie dévastée. D’autant que le programme de M. Salamé pour ses dernières semaines de mandat semble clair : poursuivre sa politique suicidaire « d’achat de temps » en multipliant les interventions pour maintenir l’illusion d’une « stabilisation » du taux de change, quitte à brûler nos dernières cartouches et laisser son successeur totalement désarmé, quitte aussi à couper le pays du système financier mondial.
Riad Salamé doit donc être au plus vite démis de ses fonctions. Il incombe au pouvoir exécutif de le remplacer selon les règles constitutionnelles en vigueur. Les attentes quant à sa succession sont claires. Tout d’abord, en ce qui concerne son profil : un homme intègre, compétent et surtout loin de tout conflit d’intérêts avec les banques ou le système politique libanais. Ensuite, son mandat : œuvrer à la transparence en mettant en œuvre un audit juricomptable et en nettoyant intégralement les comptes de la BDL ; rétablir une culture de la redevabilité au sein de l’institution par l’application de la séparation des pouvoirs au sein de ses différentes instances de contrôle et régulation. Autre priorité politique monétaire : il faudra libérer et unifier le taux de change en coordination avec le gouvernement et le FMI ; et mettre en œuvre la restructuration bancaire conformément aux principes internationaux, tout en protégeant les droits des déposants. Il lui faudra également soutenir les réformes macroéconomiques demandées par le FMI et, enfin, ramener la BDL à son rôle en cessant toute forme d’activité hors de son champ d’action.
Bien sûr, Riad Salamé n’est pas le seul responsable de la faillite financière, sociale et politique du pays. Bien sûr, les partis traditionnels, en particulier le Hezbollah, sont les principaux obstacles à la construction d’un État. Mais la traduction en justice de Riad Salamé peut justement être le premier coup porté à ce système de corruption et d’impunité.
Par Mark DAOU, député de Aley (mouvement Taqaddom)
Michel DOUEIHI, député de Zghorta
Ramy Finge, ancien candidat à la députation de Tripoli (mouvement Intafid)
Michel Helou, secrétaire général du Bloc national, membre du conseil d'administration et ex-directeur exécutif de L'Orient-Le Jour
Waddah Sadek, député de Beyrouth (Khat ahmar).
commentaires (10)
Je n’ai même pas envie de lire ce long texte que je devine n’avoir été qu’un passe-temps pour ses auteurs. Ces députés dits “du changement” ne sont-ils rien de plus que des chroniqueurs de Presse ?. Ne sont-ils pas supposés être des réformateurs et rien que des réformateurs ? Mais ils semblent incapables de le devenir : la dimension intellectuelle et la Connaissance sont chez eux limitées et banales , les élections les ont porté à la députation en raison de l’irrationalité et la subjectivité des électeurs qui ont sans doute, cru aux apparences
Joe Kassarjian
10 h 10, le 30 mai 2023