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Économie - Rapport

L’économie libanaise toujours perdue dans les limbes, constate Bank Audi

L’économie libanaise toujours perdue dans les limbes, constate Bank Audi

Le Liban est dirigé par un gouvernement démissionnaire depuis un an, une fonction présidentielle vacante depuis six mois et un Parlement pas pressé de lancer les réformes attendues. Photo P.H.B.

Rien de rassurant, et encore moins de certain. C’est en ces quelques mots que pourrait se résumer le dernier rapport trimestriel de Bank Audi sur l’économie libanaise, diffusé samedi.

Dirigé par l’économiste Marwan Barakat, le département de recherche de la banque dresse le bilan des trois premiers mois de 2023 marqués par le prolongement d’une crise qui s’éternise depuis près de 4 ans désormais, avec un gouvernement démissionnaire depuis un an, une fonction présidentielle vacante depuis six mois et un Parlement pas pressé d’entamer le processus de réforme du pays.

« Ce statu quo politico-économique s’est traduit par des incertitudes macroéconomiques, des pressions monétaires intenses et des dérives sur le marché des changes », ont constaté les auteurs du rapport, relevant notamment des investissements toujours au plus bas. Faute de données précises, les comptes publics n’ayant plus été mis à jour au-delà de l’exercice 2020, le département de recherche de Bank Audi estime cependant que ces investissements pèsent actuellement moins de 10 % du PIB, contre plus de 20 % avant la crise. Le PIB libanais gravite autour de 20 milliards de dollars, selon les différentes estimations publiées par les organisations internationales qui observent le pays.

Explication sur la balance des paiements

Le rapport revient aussi sur l’un des indicateurs qui a le plus surpris les milieux financiers locaux lors de sa publication par la Banque du Liban, à savoir le solde de la balance des paiements – ou la différence entre l’ensemble des flux d’actifs réels, financiers et monétaires entre les résidents d’une économie et les non-résidents au cours d’une période déterminée. Bank Audi rappelle en effet que celle-ci a enregistré un excédent de 1,175 milliard de dollars sur les trois premiers mois de 2023. Ce résultat tranche avec le déficit de 3,197 milliards de dollars enregistré lors de l’ensemble de l’exercice 2022, plus en phase avec la tendance affichée depuis plusieurs années, signe que le pays décaisse généralement plus de dollars qu’il n’en encaisse.

Pour mémoire

Un contrôle formel des capitaux menace de s’organiser dans le dos des Libanais

Selon Marwan Barakat que nous avons contacté, le surplus inattendu dégagé à fin mars « résulte de l’expansion de l’ordre de 2,005 milliards de dollars des avoirs extérieurs nets des banques, combinée à une contraction de 830 millions de dollars de ceux de la Banque du Liban ». Il ajoute que « la hausse des avoirs extérieurs nets du système bancaire est liée à la baisse des dépôts des non-résidents, qui ont été soustraits des engagements du secteur ». Il conclut son explication en indiquant que sur la baisse de 1,9 milliard de dollars de dépôts de non-résidents pris en compte dans le calcul de la balance des paiements, 1,8 milliard a été provoqué par le changement du taux officiel de la devise nationale qui est passé de 1 507,5 livres pour un dollar à 15 000 livres le 1er février dernier.

Cela signifierait, sauf explications manquantes, que l’excédent de la balance des paiements à fin mars n’est pas liée au fait que le Liban a encaissé plus d’argent de l’étranger qu’il n’en a transféré, mais qu’il résulte en réalité d’une opération comptable, soit de la dévaluation des dépôts de non-résidents en raison du changement de taux officiel et de leur déduction du passif des banques.

Baisse des dépôts

Parmi les autres informations concernant le secteur bancaire listées dans son rapport, Bank Audi relève que les dépôts en devises des banques se sont contractés de 29,5 milliards de dollars depuis le début de la crise, pour atteindre 94,1 milliards à fin mars dernier. Ceux en livres ont régressé de 15 000 milliards de livres sur la même période (52 400 milliards à fin mars).

Les capitaux propres ont en outre diminué de plus de 75 % de fin octobre 2019 à fin mars dernier, pour n’atteindre que 4,9 milliards de dollars. Une fonte provoquée par « les pertes nettes des banques sur la période », précise le rapport. Outre le défaut de l’État libanais sur les eurobonds en mars 2020, les banques ont aussi dû accepter de se faire rembourser des crédits à une valeur inférieure à celle du marché. Pour rappel, le secteur impose toujours des restrictions aux déposants depuis l’automne 2019 sans l’aval d’une loi instaurant un contrôle formel des capitaux.

Au niveau des préconisations, les auteurs du rapport estiment que la priorité des autorités est d’élaborer et de faire voter un budget pour 2023 « sur la base d’un taux de change de marché unifié ». Le rapport de Bank Audi revient enfin sur la nécessité de réformer le secteur de l’électricité, soulignant que « de nombreux plans de réforme du secteur de l’électricité ont été mis en place depuis 2010 sans être véritablement appliqués » et insistant sur le fait « qu’il n’y aura pas de reprise économique sans une restructuration du secteur de l’électricité pour fournir une électricité bon marché, propre et durable ».

Reconnaissant que le ministère de l’Énergie et de l’Eau a accompli certaines avancées significatives ces derniers mois, dont l’ajustement des tarifs, les auteurs du rapport énumèrent les cinq grands chantiers à mettre en œuvre : amélioration de la gouvernance, assainissement des finances, augmentation de la production, développement des énergies renouvelables et développement des investissements dans le réseau via des partenariats public-privé.

Rien de rassurant, et encore moins de certain. C’est en ces quelques mots que pourrait se résumer le dernier rapport trimestriel de Bank Audi sur l’économie libanaise, diffusé samedi.Dirigé par l’économiste Marwan Barakat, le département de recherche de la banque dresse le bilan des trois premiers mois de 2023 marqués par le prolongement d’une crise qui s’éternise depuis près...
commentaires (6)

Dans ce 'pays' les voleurs ont la parole et les innocents se taisent

kassem chady

16 h 41, le 16 mai 2023

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Commentaires (6)

  • Dans ce 'pays' les voleurs ont la parole et les innocents se taisent

    kassem chady

    16 h 41, le 16 mai 2023

  • Hallucinant! Banque Audi, un des artisans de la faillite financière, qui donne des leçons de bonne gestion économique! A inscrire dans les annales!

    otayek rene

    15 h 45, le 16 mai 2023

  • On doit reconnaître à M. Barakat un sens certain de la litote...

    IBN KHALDOUN

    12 h 50, le 16 mai 2023

  • Banque AUDI Se permet de donner des conseils sur l économie?!? mais c est eux avec BDL, la tête du vol des banques et de la perte de notre économie et LL.

    Marie Claude

    08 h 33, le 16 mai 2023

  • Et si ces génies de la banque Audi s’occupaient un peu à trouver un moyen de rembourser leurs clients dont l’épargne est illégalement séquestrée par eux

    Lecteur excédé par la censure

    06 h 39, le 16 mai 2023

  • Dans les cinq grands chantiers, ils en ont oublié un, et de taille : " Remboursement des déposants". Tu rêves Gloups !

    Ca va mieux en le disant

    00 h 46, le 16 mai 2023

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