Certains campent en plein Londres en attendant la cérémonie de couronnement de Charles III, prévue le 6 mai. Kevin Coombs/Reuters
Inconditionnels de la monarchie britannique et dignitaires étrangers affluent à Londres pour le couronnement de Charles III samedi lors d’une cérémonie chrétienne fastueuse et sans équivalent en Europe. Le Royaume-Uni n’avait plus connu cela depuis 70 ans. Huit mois après avoir accédé au trône à la mort d’Elizabeth II, le souverain de 74 ans, suivi de la reine consort Camilla, 75 ans, recevra la couronne et l’onction à l’abbaye de Westminster devant 2 300 invités et certainement des centaines de millions de téléspectateurs. Si l’événement a été préparé sans grand engouement dans un Royaume-Uni en pleine crise du coût de la vie, les admirateurs les plus fervents de la royauté se sont installés parfois une semaine à l’avance près du palais de Buckingham pour être aux premières loges. Les invités étrangers – Emmanuel Macron, le prince Albert de Monaco ou encore Jill Biden, l’épouse du président américain – sont arrivés à Londres vendredi, où une réception a été organisée en leur honneur. Les dernières mises au point ont été finalisées lors de répétitions des parades et de la cérémonie elle-même, qui commencera à 10h (heure locale) et durera deux heures. Car tout est réglé au millimètre pour ce rituel ancré dans près de 1 000 ans d’histoire, avec couronnes serties de diamants, tenues en velours et sceptres en or, mais que peu de Britanniques ont vu de leur vivant, celui d’Elizabeth II remontant à 1953. « Ce sera un moment historique et un spectacle exceptionnel, se réjouit déjà Margaret Tinsley, 81 ans, rencontrée près du palais de Buckingham. C’est quelque chose qu’on n’a jamais connu. » Lyn Fowler, retraitée, trouve cependant l’atmosphère bien moins festive que pour les 70 ans de règne d’Elizabeth II l’année dernière : « C’était plus excitant, plus palpitant, là je suis un peu déçue. »
Retour du débat sur la royauté
Chef de l’Église d’Angleterre protestante, Charles prêtera serment et recevra l’onction de l’archevêque de Canterbury. Puis la couronne de saint Édouard sera posée sur sa tête. La reine consort Camilla, seconde épouse de Charles après son divorce de la princesse Diana, sera également couronnée. Accompagné par près de 4 000 militaires, le couple royal repartira vers le palais de Buckingham où les membres actifs de la monarchie salueront la foule depuis le célèbre balcon. Le fils cadet de Charles, Harry, fera le déplacement à l’abbaye, sans sa femme Meghan et leurs deux enfants, et ses faits et gestes à distance des premiers rangs seront scrutés. Il devrait être absent du balcon, à moins d’un geste de réconciliation entre la famille et le prince exilé depuis 2020 en Californie, qui tire depuis à boulets rouges sur la royauté, notamment sur son frère William et sa belle-mère Camilla.
« C’est un moment d’énorme fierté nationale, a estimé le Premier ministre Rishi Sunak. C’est une expression de notre caractère national et une occasion pour nous de regarder vers l’avenir dans un esprit de service, d’espoir et d’unité. » Car Charles a cherché à donner un coup de jeune à son couronnement, plus court que celui de sa mère, invitant des responsables de cultes non chrétiens.
Tout a été fait pour impliquer le public lors des trois jours de festivités, qui se poursuivront dimanche par des repas entre voisins et un concert au château de Windsor puis lundi par un jour férié. Avec l’ironie dont les Britanniques ont le secret, Charles et Camilla ont même enregistré une annonce qui sera diffusée dans le métro londonien incluant le fameux « Mind the gap » alertant sur l’écart entre le quai et le train.
Mais Charles III reste bien moins populaire que son héritier William, déjà très impliqué dans les affaires publiques, qui s’est offert un bain de foule jeudi avec son épouse Kate dans un pub du quartier londonien de Soho. Et bien de Britanniques ont l’esprit ailleurs, surtout dans l’inflation bloquée à plus de 10 % depuis des mois. L’approche du couronnement a également donné l’occasion de rouvrir le débat sur l’avenir de la monarchie. Chaque camp a retenu ce qui l’arrangeait des divers sondages réalisés pour l’occasion : l’institution reste défendue par une large majorité de Britanniques, mais ce soutien recule, surtout chez les jeunes.
Quasi invisibles sous Elizabeth II, les militants antimonarchie appellent à manifester samedi à Londres, où plus de 11 000 policiers seront déployés dans le cadre de l’opération « Golden Orb ». Hors du Royaume-Uni, dans les 14 autres royaumes dont Charles III est chef d’État, l’ambiance est parfois glaciale. Le Belize et la Jamaïque ont dit vouloir devenir rapidement des républiques, comme l’avait fait la Barbade en 2021. « Beaucoup de Jamaïcains avaient une affection chaleureuse pour la reine Elizabeth II, a expliqué la ministre Marlene Malahoo Forte. Mais ils ne s’identifient pas au roi Charles. »
Germain MOYON/AFP


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