La mère d’Ahmad Qaadane et la mère d’Alexandra Naggear, deux victimes du 4 août 2020, lors du sit-in hier. Photo Mohammad Yassine
Quelques dizaines de proches de victimes de la double explosion au port de Beyrouth le 4 août 2020 ont manifesté hier devant le Palais de justice, appelant les autorités à laisser l’enquête sur ce drame suivre son cours, alors qu’elle est suspendue depuis décembre 2021. « Nous ne nous lasserons pas de demander que les investigations reprennent », ont scandé les présents au sit-in. Le juge d’instruction près la Cour de justice, Tarek Bitar, a en effet les mains liées suite aux multiples recours abusifs de responsables politiques mis en cause dans l’affaire, et surtout aux accusations lancées contre lui par le procureur général près la Cour de cassation, Ghassan Oueidate, pour « usurpation de pouvoir ». Auparavant, le magistrat avait lancé des poursuites contre Ghassan Oueidate qui avait, en représailles, demandé au parquet et aux services sécuritaires de n’exécuter aucune décision qui émanerait de Tarek Bitar. Ce dernier ne pourrait sortir de l’impasse que si le président du Conseil supérieur de la magistrature (CSM), Souheil Abboud, désigne un magistrat pour l’interroger et le déclarer compétent ou incompétent pour poursuivre le dossier.
Au milieu de dizaines de photos de victimes, William Noun, frère d’un pompier tué le 4 août, a martelé qu’« il faut tourner la page de la négligence dans le dossier de ce cataclysme ». Cécile Roukoz, sœur de Joseph, une victime de la catastrophe, a affirmé à L’Orient-Le Jour avoir rendu visite avec d’autres manifestants au président du CSM et au bâtonnier de Beyrouth, Nader Gaspard, pour leur demander de redoubler d’efforts en vue d’une issue.
Elle a indiqué par ailleurs qu’ils ont rencontré hier les bâtonniers de Lyon et de Marseille, qui leur ont promis de fournir des efforts pour sensibiliser la justice française à leur cause.
Nazih el-Adem, père de Krystel, une autre victime de la double explosion, a accusé la classe politique d’avoir « crucifié la justice pour enterrer la vérité ». « Nous ne menons pas ce combat en notre nom seulement, mais pour les générations futures », indique-t-il, mettant en garde contre « l’impunité ». « Ils misent sur notre faculté d’oubli, mais ne savent pas que notre action se renforce à mesure que le temps passe », a tonné M. Adem.


Poutine estime que le conflit en Iran a détourné l'attention de Washington de l'Ukraine