Les forces de l’ordre en poste devant le restaurant La Rotonde à Paris, lors de la 11e journée de mobilisation contre la réforme des retraites, le 6 avril 2023. Sarah Meyssonnier/Reuters
De Rennes à Marseille, les manifestants sont à nouveau descendus dans la rue hier pour la 11e fois contre la réforme des retraites, alors que les discussions entre syndicats et gouvernement sont dans l’impasse, à une semaine de la décision du Conseil constitutionnel. Avant le départ du cortège parisien, la nouvelle secrétaire générale de la CGT Sophie Binet a fustigé un gouvernement qui « vit dans une réalité parallèle », l’accusant de faire « comme si de rien n’était » face à la « profonde colère » contre la réforme. À ses côtés, le numéro un de la CFDT, Laurent Berger, a observé que « la contestation est toujours aussi forte ». Les syndicats ont estimé à « près de 2 millions » le nombre de manifestants en France hier, en léger recul selon eux par rapport à la dernière action. Le 28 mars, la mobilisation avait marqué le pas, avec « plus de deux millions » selon la CGT, 740 000 selon le ministère de l’Intérieur.
Image symbolique dans le cortège parisien, des heurts ont éclaté en milieu d’après-midi aux abords de La Rotonde, célèbre restaurant du quartier Montparnasse où Emmanuel Macron a fêté son score du premier tour à la présidentielle de 2017. Une partie de son auvent en toile a brûlé avant que les pompiers n’interviennent rapidement. Les heurts se sont poursuivis entre plusieurs centaines de manifestants radicaux et les forces de l’ordre, avec des dizaines d’interpellations.
Appel à une nouvelle mobilisation
Après bientôt trois mois de conflit, les manifestants affichent une détermination à toute épreuve, à l’image de Samy Andrieux, 27 ans, à Clermont-Ferrand, prêt à se mobiliser « autant de temps qu’il le faut » et convaincu que « la colère monte vraiment ». Les grèves étaient cependant moins marquées, notamment à la SNCF, avec trois TGV sur quatre et un TER sur deux et, à Paris, un trafic « quasi normal » pour le métro et le RER. Dans l’éducation, le ministère a recensé moins de 8 % d’enseignants grévistes. Quelques lycées et universités ont fait l’objet de blocages, comme la Sorbonne ou Assas. Côté raffineries, après l’annonce du redémarrage de la production du site Esso-ExxonMobil de Port-Jérôme-Gravenchon (Seine-Maritime), sa voisine TotalEnergies à Gonfreville-L’Orcher reste la seule dont la production est encore arrêtée. Pour cette raffinerie, le tribunal administratif de Rouen a ordonné en référé la suspension de l’arrêté de réquisition de grévistes.
Mais comme depuis le 10 janvier et la présentation de la réforme, le plus gros blocage est surtout à rechercher entre exécutif et syndicats. Après une rencontre qui a tourné court mercredi à Matignon, la chef du gouvernement a affirmé qu’elle n’envisageait « pas d’avancer sans les partenaires sociaux ». Mais la réciproque est moins vraie. Pour Sophie Binet, de la CGT, le gouvernement est « bunkérisé » et sa « capacité à diriger le pays est remise en cause ». De son côté, l’entourage du président de la République, en déplacement en Chine jusqu’à samedi, a rejeté la responsabilité de l’échec du dialogue sur les syndicats, et notamment la CFDT qui n’a pas « voulu entrer dans un compromis ». « Stop à la provocation, on n’est pas sur un ring », a réagi Laurent Berger, ajoutant plus tard que « plutôt que d’être susceptible, il vaudrait mieux être inquiet ».
D’autres batailles sont à prévoir, au moins jusqu’à la décision du Conseil constitutionnel, le 14 avril. Réunie jeudi soir, l’intersyndicale a ainsi appelé à une 12e journée de grèves et de manifestations le 13 avril, la veille de la décision sur la constitutionnalité de la réforme. Laurent Berger a dit espérer que les Sages censurent « l’ensemble de la loi ». À défaut, a estimé le numéro un de la FSU Benoît Teste hier, un feu vert à la procédure de référendum d’initiative partagée (RIP) sur les retraites « peut nous permettre d’entretenir la flamme ».
Source : AFP


Poutine estime que le conflit en Iran a détourné l'attention de Washington de l'Ukraine