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Société - Liban

Payer médecins et hôpitaux en dollars... même quand on est assuré ?

Un litige entre médecins et compagnies d’assurances pourrait retomber sur les malades, qui seraient amenés à payer les honoraires des praticiens (dans les hôpitaux) de leur poche, avant de se faire rembourser par l’assureur.

Payer médecins et hôpitaux en dollars... même quand on est assuré ?

Un patient admis dans une unité de soins intensifs pour le Covid-19 dans un hôpital au Liban. João Sousa/L’OLJ

Rien ne va plus entre les compagnies d’assurances et l’ordre des médecins. Celui-ci réclame des impayés en dollars « frais » aux assureurs, à défaut de quoi il pourrait décider de rompre les contrats. Le cas échéant, cela pourrait obliger les Libanais à payer les honoraires des médecins, en cas d’hospitalisation, en dollars et directement à l’hôpital, selon le président de l’ordre des médecins, Youssef Bakhache. La raison? Les médecins, remboursés à l’heure actuelle à hauteur de 75 % en dollars par les assureurs, revendiquent d’être payés à 100 % en billets verts. Si aucune solution n’est trouvée d’ici au 1er avril, ce sera au patient de subir les frais de ce conflit.

Habituellement, un patient qui veut être admis à l’hôpital au Liban a besoin d’un accord préalable de son assureur, qui s’engage ainsi à régler la facture à l’établissement concerné. Si la rupture entre médecins et assureurs se concrétise, les patients devront payer l’ensemble des honoraires de leurs médecins traitants directement à l’établissement, en cas de simple hospitalisation ou encore de chirurgie, et ce, même s’ils sont assurés. Ce serait ensuite aux malades de présenter eux-mêmes une facture à l’assureur pour être remboursés. Un procédé qui garantira, certes, aux praticiens d’être payés à tous les coups, mais qui aura pour effet de laisser les patients aux prises avec les compagnies d’assurances. D’autant plus qu’une telle procédure pourrait s’avérer compliquée dans le cas de certaines chirurgies coûteuses ou d’hospitalisations de longue durée.

Pour mémoire

Hausse en vue des primes d’assurance

Pour tenter d’éviter le pire, « des négociations sont en cours avec les assureurs », indique le Dr Youssef Bakhache qui se dit « soucieux de préserver la santé des Libanais et de garantir leurs droits aux médecins ». « Nous sommes remboursés, depuis deux ans, à hauteur de 50 % en dollars frais de la facture, en raison de la crise économique. Début 2023, nous sommes passés à 75 %, mais nous réclamons la totalité de nos honoraires, surtout que les assurances exigent désormais que les cotisations soient réglées en dollars », explique le président de l’ordre des médecins à L’Orient-Le Jour. Une requête loin d’être acquise. Élie Hanna, président du syndicat des courtiers d'assurance, explique à L’OLJ que les assurances ne sont pas « capables » à l’heure actuelle de payer 100 % aux médecins et qu’il leur faudra « un peu de temps pour remplir ces conditions ».Après avoir réclamé une partie des cotisations en dollars en 2022, les compagnies d’assurances ont imposé à partir de cette année des paiements entièrement en devises étrangères.

Un système de coassurances ?

Selon le président de l’ordre des médecins, les hôpitaux universitaires continuent pour l’instant d’admettre des patients sans leur demander un paiement préalable, en attendant la fin des négociations avec les assurances, avec pour date butoir le 1er avril. Toutefois, il confirme que certains établissements hospitaliers ont d’ores et déjà commencé à encaisser des factures directement auprès des malades. Une tendance confirmée par Élie Hanna, qui indique avoir rencontré « dernièrement quelques cas de patients qui ont payé directement aux hôpitaux et qui ont ensuite présenté des factures ». «Nous sommes en train de traiter ces cas », ajoute M. Hanna. Il reconnaît par ailleurs que « certains patients n’ont pas les moyens de régler de grandes sommes » sans passer par les assurances. « Les négociations entre assureurs et médecins se poursuivent pour essayer de trouver une solution qui puisse satisfaire tout le monde. Et si un patient présente une facture à son assurance, cette dernière n’a pas le droit de refuser de le rembourser », explique-t-il. Selon lui, un changement au niveau du remboursement « pourrait se répercuter sur les patients, parce que les cotisations des assurances vont certainement renchérir ». Pour répondre à la demande des médecins sans léser les patients, Élie Hanna estime que le secteur de l’assurance médicale pourrait bientôt se diriger vers un système de « coassurances » qui suppose que le patient doit acquitter d’une partie de la facture.

Un secteur qui se vide

Pour le Dr Youssef Bakhache, ce conflit avec les assureurs risque de drainer encore plus le secteur médical, déjà mis à mal par l’émigration de nombreux médecins depuis le début de la crise économique. « L’Allemagne et la France contactent nos médecins en permanence. La majorité de nos infirmières sont parties en Belgique. Si rien n’est fait pour améliorer la situation financière des praticiens, on risque de perdre plus de monde », soupire-t-il. « Le Liban manque d’anesthésistes, de radiologues, de pédiatres spécialisés dans la chirurgie cardiaque et de médecins urgentistes. Il nous faut 300 urgentistes, il n’en reste plus que 30 dans le pays », affirme-t-il. Un chirurgien qui a requis l’anonymat confirme. « Nous nous sommes tus pendant deux ans, parce que la crise économique battait son plein. Mais nous ne pouvons plus accepter de ne pas être entièrement remboursés, surtout que les assurances encaissent leurs cotisations en dollars. D’autant plus que les hôpitaux, eux, sont entièrement remboursés », affirme-t-il. « Si la situation ne s’améliore pas, davantage de médecins vont partir. Personnellement, j’arrive à m’en sortir parce que je suis célibataire, mais ceux qui ont des familles s’en vont », poursuit-il.

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commentaires (3)

Pour votre information c’est Monsieur Assaad Mirza le président de l’association des compagnies d’assurances (ACAL) et non pas Mr Elie Hanna qui lui est le président du syndicat des courtiers d’assurances. . J’aurai préféré que le président de l’ACAL donne son avis vu qu’il est le seul habilité à parler au nom des assureurs .

Chadarev

09 h 31, le 28 mars 2023

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Commentaires (3)

  • Pour votre information c’est Monsieur Assaad Mirza le président de l’association des compagnies d’assurances (ACAL) et non pas Mr Elie Hanna qui lui est le président du syndicat des courtiers d’assurances. . J’aurai préféré que le président de l’ACAL donne son avis vu qu’il est le seul habilité à parler au nom des assureurs .

    Chadarev

    09 h 31, le 28 mars 2023

  • Chère Zeina Antonios, les chiffres avancés ne sont pas précis. Les medecins etaient supposés être payés a hauteur de 50% jusqu'à fin 2022. On est étonné que le plus grand reassureur du pays (80% du marché) decide de deduire 15% de plus et nous dit, c'est a prendre ou a laisser. Donc on est tombé a 35%. Certaines assurances nous paie encore en cheque! Que les banques n'accepte plus. Les negociations sont parties pour remonter ce taux a 75% alors que les assurances voulaient payer 65% encore 1 an. C'est la que l'accord c'est arrêté. De plus, les factures de l'année passée sont encore en grosse partie non payées. Ne vous demandez plus pourquoi les médecins quittent.

    Elie Eter

    09 h 04, le 28 mars 2023

  • "… Elie Hanna: si un patient présente une facture à son assurance, cette dernière n’a pas le droit de refuser de le rembourser …" - à quel tarif? Tout le monde sait qu’il le "tarif individu", et le "tarif assurances", négocié avec des discounts de gros…

    Gros Gnon

    06 h 18, le 28 mars 2023

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