La ministre britannique de l’Intérieur Suella Braverman écoute le Premier ministre Rishi Sunak lors d'une session de questions réponses avec les parlementaires à Londres, le 8 mars. Photo AFP Photo/PRU
Le gouvernement britannique est monté au front hier pour défendre son projet visant à restreindre drastiquement le droit d’asile pour mettre fin aux traversées illégales de la Manche, vivement dénoncé par le haut-commissaire de l’ONU aux droits de l’homme. Ce texte présenté la veille rend de fait inaccessible l’asile aux migrants arrivés illégalement. Il prévoit l’expulsion rapide des migrants arrivés par ce biais. Il leur interdit de demander l’asile et, ultérieurement, de s’installer au Royaume-Uni ou de demander la nationalité britannique. Et il facilite aussi la détention des migrants jusqu’à leur expulsion vers un pays tiers jugé sûr.
Le projet de loi, qui intervient après de précédents durcissements de la législation sur l’immigration, a provoqué une levée de boucliers de la part d’associations d’aide aux réfugiés, qui l’estiment contraire au droit international. Hier, le haut-commissaire des Nations unies aux droits de l’homme s’est dit « profondément inquiet ». « Une telle interdiction générale empêchant les personnes de demander l’asile et d’autres formes de protection internationale au Royaume-Uni serait en contradiction avec les obligations du Royaume-Uni en matière de droits humains et de droits des réfugiés, a réagi Volker Türk. La législation soulève également plusieurs problèmes spécifiques en termes de droits humains, notamment la violation du droit à un examen individuel et l’interdiction du refoulement et des expulsions collectives, ainsi que la détention arbitraire des immigrants. »
La veille, le Haut-Commissariat de l’ONU pour les réfugiés avait pour sa part accusé Londres de vouloir « mettre fin au droit d’asile ». L’ex-footballeur Gary Lineker, désormais présentateur star de la BBC, a comparé sur son compte Twitter le langage du gouvernement sur les réfugiés à « celui utilisé par l’Allemagne dans les années 1930 », s’attirant les foudres de députés conservateurs. Le groupe audiovisuel public a promis d’avoir une « conversation franche » avec lui.
Représenter les Britanniques
« C’est précisément parce que nous voulons aider les personnes les plus vulnérables dans le monde (...) que nous devons faire en sorte que notre système ne soit plus exploité et dépassé par les migrants illégaux », a martelé hier au Parlement le Premier ministre Rishi Sunak face aux attaques de l’opposition. « Arrêter les bateaux n’est pas que ma priorité, c’est la priorité des Britanniques », a-t-il ajouté. Avant lui, la ministre de l’Intérieur Suella Braverman, tenante d’une ligne dure sur l’immigration, s’était employée à répondre aux critiques : « Ce n’est pas raciste de dire que nous avons trop d’immigrants illégaux qui abusent de notre système d’asile. »
Le gouvernement se dit « confiant » sur le fait que son texte est compatible avec le droit international. Mais dans une lettre rattachée au projet de loi, il reconnaît ne pas pouvoir confirmer totalement que le texte respectait la Convention européenne sur les droits de l’homme. Rishi Sunak, qui a fait du contrôle de l’immigration une de ses priorités, s’est dit prêt à mener la bataille légale autour du texte afin de « reprendre le contrôle de nos frontières une fois pour toutes ».
Il est attendu vendredi en France pour rencontrer le président français Emmanuel Macron, quelques mois après la signature d’un accord entre Londres et Paris visant à renforcer leur coopération dans la lutte contre l’immigration clandestine. L’an dernier, plus de 45 000 migrants sont arrivés au Royaume-Uni par la Manche sur de petites embarcations, souvent au péril de leur vie, et plus de 3 000 depuis le début de l’année. Ces migrants, dont beaucoup demandent l’asile dans le pays, sont logés dans des hôtels aux frais de l’État, suscitant parfois des tensions localement, d’autant que le système d’asile peine à traiter cet afflux de demandes.
Source : AFP


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