Des militaires ukrainiens tirent en direction des positions russes près de la ville de Bakhmout, le 8 mars, qui pourrait tomber « dans les prochains jours », selon le secrétaire général de l’OTAN. Aris Messinis/AFP
Le groupe paramilitaire russe Wagner a revendiqué hier la prise de la partie orientale de Bakhmout, ville au cœur de combats depuis des mois dans l’est de l’Ukraine qui pourrait tomber « dans les prochains jours », selon le secrétaire général de l’OTAN. Dans le même temps, les ministres de la Défense de l’Union européenne sont, eux, réunis à Stockholm pour peaufiner un plan de livraisons d’obus et de munitions à l’Ukraine, avec un premier volet d’aide d’urgence d›un milliard d’euros.
« Les unités Wagner ont pris toute la partie orientale de Bakhmout, tout ce qui est à l’est de la rivière Bakhmoutka » traversant la cité, a affirmé, dans un message audio, le patron de l’organisation paramilitaire Evguéni Prigojine. Alors que les forces ukrainiennes défendant la ville sont menacées d’encerclement, le patron de l’Alliance atlantique Jens Stoltenberg a dit ne pas « exclure que Bakhmout tombe finalement dans les prochains jours ». « Cela ne reflète pas nécessairement un quelconque tournant de la guerre, a-t-il affirmé devant la presse. Mais cela souligne que nous ne devons pas sous-estimer la Russie. Nous devons continuer à soutenir l’Ukraine. »
La chute de Bakhmout laisserait « la voie libre » à l’armée russe dans l’est de l’Ukraine, selon le président ukrainien Volodymyr Zelensky, qui a annoncé cette semaine renforcer les unités déployées pour tenir la ville. Après Bakhmout, les Russes « pourraient aller plus loin. Ils pourraient aller à Kramatorsk, ils pourraient aller à Sloviansk, la voie serait libre » pour eux « vers d’autres villes d’Ukraine », a averti M. Zelensky dans une interview à la chaîne américaine CNN diffusée hier.
Bataille symbolique
Malgré la défense acharnée des Ukrainiens depuis le début de la bataille pour Bakhmout, en août, la Russie s’est jurée de conquérir la ville. La bataille est la plus longue et la plus meurtrière depuis le déclenchement de l’offensive russe en février 2022. Si la valeur stratégique de cette ville est contestée, elle a gagné une importance symbolique au vu des lourdes pertes subies par les deux camps. Moscou est en effet à la recherche d’une victoire depuis ses revers cinglants de l’automne et espère que la chute de la ville pourra lui ouvrir le contrôle de la partie du Donbass, région industrielle de l’est de l’Ukraine, qui lui échappe encore. Les troupes de Wagner mènent cette attaque au prix de pertes très importantes, de l’aveu même d’Evguéni Prigojine. Les Russes semblent contrôler les accès à la ville au nord, au sud et à l’est, ne laissant qu’une route de sortie par l’ouest aux Ukrainiens.
Les spéculations vont dès lors bon train depuis des semaines sur un retrait tactique des troupes ukrainiennes de Bakhmout. Dans son dernier compte rendu, l’Institut pour l’étude de la guerre (ISW) a d’ailleurs estimé que les troupes du Kremlin avaient « vraisemblablement » capturé la partie orientale de Bakhmout après un « retrait contrôlé » des forces ukrainiennes. Mais M. Zelensky a récusé toute volonté de céder la cité, ordonnant même mardi d’y envoyer des renforts.
Livraisons d’obus
Réunis à Stockholm avec leur homologue ukrainien Oleksiï Reznikov, les 27 ministres de la Défense de l’UE peaufinent dans ce contexte un plan d’urgence pour livrer d’ici à quelques semaines des obus à Kiev, alors que les stocks européens sont eux-mêmes sous pression. Le projet vise à la fois à répondre aux besoins immédiats de l’Ukraine, qui en tire des milliers chaque jour et fait face à un manque criant d’obus de 155 mm pour ses canons, et à doper les capacités de l’industrie de défense européenne à long terme. En marge de la réunion de Stockholm, Oleksiï Reznikov a par ailleurs récusé les informations du quotidien américain The New York Times attribuant à « un groupe pro-ukrainien » le spectaculaire sabotage des deux gazoducs Nord Stream en mer Baltique en septembre. Le Kremlin, qui accuse les Occidentaux du sabotage, a aussi rejeté ces informations, y voyant une tentative de « détourner l’attention » des responsables.
De son côté, le secrétaire général des Nations unies Antonio Guterres a rencontré Volodymyr Zelensky à Kiev, un déplacement consacré à la prolongation de l’accord avec la Russie sur les exportations de céréales ukrainiennes par la mer Noire, qui arrive à expiration le 18 mars. Selon lui, l’accord a jusqu’à présent permis l’exportation de 23 millions de tonnes de céréales ukrainiennes, contribuant « à faire baisser le coût mondial des denrées alimentaires » au bénéfice en particulier des pays en développement.
Le secrétaire général de l’ONU a en outre dénoncé hier les images « choquantes » d’une vidéo virale dans laquelle un soldat ukrainien, prisonnier, semble avoir été exécuté. « Un autre rappel tragique que les lois de la guerre doivent être strictement respectées », a-t-il déclaré. Sur la vidéo d’une douzaine de secondes, on voit un homme en uniforme militaire mais désarmé en train de fumer une cigarette. Un autre homme, hors champ, dit en russe, apparemment à un camarade : « Filme-le. » « Gloire à l’Ukraine ! » rétorque l’Ukrainien, et, immédiatement, des rafales le transpercent. L’homme derrière la caméra lâche alors : « Crève, salaud. » La vidéo « semble authentique », avait indiqué plus tôt le Haut-Commissariat de l’ONU aux Droits de l’homme.
Source : AFP


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