Sadia Agsous : Le roman palestinien en hébreu est une littérature de la résistance
L’hébreu appartient-il aux Juifs ? Pour les quelques auteurs palestiniens ayant choisi d’emprunter cette langue conçue pour d’autres, écrire permet de traverser les frontières invisibles érigées entre les peuples et les cultures. Dans « Derrière l’hébreu, l’arabe : le roman palestinien en hébreu (1966-2017) »*, Sadia Agsous se penche sur l’œuvre de trois d’entre eux. À travers l’analyse des romans de Atallah Mansour (1934-), Anton Shammas (1950-) et Sayed Kashua (1975-), l’auteure « examine la création romanesque produite en hébreu par des Palestiniens depuis 1966 » et, avec elle, « les possibilités de voisinage » entre Israéliens et Palestiniens. L’universitaire franco-algérienne, chercheuse et enseignante spécialisée sur les relations judéo-arabes, répond aux questions de « L’Orient-Le Jour ».
OLJ / Propos recueillis par Stéphanie KHOURI ,
le 28 février 2023 à 00h00
Sadia Agsous, le 21 février 2023. Photo SA
L’existence d’une littérature palestinienne en langue hébraïque peut surprendre. Elle est difficilement comparable à d’autres littératures se trouvant elles aussi à l’intersection de plusieurs cultures. En quoi s’agit-il d’un cas exceptionnel ? Il est vrai que l’écriture palestinienne en hébreu se rapporte au phénomène de la création littéraire dans une langue autre que la « langue vécue ». En ce sens elle n’est pas inédite. L’auteur palestinien se trouve dans une posture similaire à celle d’un auteur libanais ou algérien qui écrit en français. Mais ce n’est pas seulement par le prisme de la langue que j’ai abordé ces Palestiniens hébréophones. J’ai aussi essayé de comprendre le contexte colonial de la réalité israélo-palestinienne – un contexte dans lequel les langues, arabe et hébraïque, s’inscrivent en tant qu’éléments...
L’existence d’une littérature palestinienne en langue hébraïque peut surprendre. Elle est difficilement comparable à d’autres littératures se trouvant elles aussi à l’intersection de plusieurs cultures. En quoi s’agit-il d’un cas exceptionnel ? Il est vrai que l’écriture palestinienne en hébreu se rapporte au phénomène de la création littéraire dans une langue autre que la « langue vécue ». En ce sens elle n’est pas inédite. L’auteur palestinien se trouve dans une posture similaire à celle d’un auteur libanais ou algérien qui écrit en français. Mais ce n’est pas seulement par le prisme de la langue que j’ai abordé ces Palestiniens hébréophones. J’ai aussi essayé de comprendre le contexte colonial de la réalité israélo-palestinienne – un contexte dans lequel les langues,...
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