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Sport - Football

Finale de la Coupe du Golfe : du cauchemar à l’euphorie nationale

Au moins une personne a perdu la vie dans une bousculade survenue à l’extérieur du stade de Bassora, dans le sud de l’Irak, où s’est tout de même tenue la finale de la compétition, remportée au terme d’un match complètement fou par les Lions de Mésopotamie (3-2) face à Oman.

Finale de la Coupe du Golfe : du cauchemar à l’euphorie nationale

Un drapeau irakien déployé à l’intérieur du stade international de Bassora lors de la finale de la Coupe du Golfe remportée par l’Irak face à Oman, sur le score de 3-2. Thaier al-Sudani/Reuters

À peine débutée, la fête était déjà gâchée. Du moins c’est ce que l’on a cru en apprenant à la mi-journée que les alentours du stade international de Bassora s’étaient mués en cohue meurtrière. Un mort (minimum), plusieurs dizaines de blessés, dont une soixantaine dans un « état critique », selon l’Agence d’information irakienne.

Mais pas de quoi perturber la bonne tenue d’un match attendu par des millions d’Irakiens. La preuve : lorsque la télévision nationale prend l’antenne, près d’une demi-heure avant le coup d’envoi, aucune mention de l’événement ne s’invite parmi les commentaires. Encore moins lorsqu’à 19h00 heure locale, les Lions de Mésopotamie se lançaient à la conquête de leur quatrième Coupe du Golfe.

Pourtant, quelques heures plus tôt, tout laissait croire que cette rencontre ne pouvait pas avoir lieu. Surtout lorsque le correspondant de la chaîne qatarie al-Jazeera faisait état de « quatre morts » (sans que ce bilan n’ait été officialisé) et de la possibilité d’un report de la rencontre, voire d’une délocalisation dans un autre pays.

Mais cette hypothèse a rapidement été balayée par les autorités irakiennes qui ne pouvaient se permettre d’assumer les conséquences d’un tel fiasco organisationnel. Et comme cela arrive bien souvent en matière de football, dès que le ballon se met à rouler, tout le reste est soudain relégué au second plan. Pour le plus grand bonheur des 65 000 chanceux parvenus à se frayer un chemin jusqu’à l’intérieur de l’enceinte, cette finale a bien eu lieu, comme si de rien n’était.

Fermeture des grilles

Dès l’aube de ce jour historique pour le pays des deux fleuves, qui accueillait la compétition pour la première fois depuis 1979, des dizaines de milliers de supporters se sont massés devant les grilles du Palm Trunk Stadium.

Dans ce pays féru de football, l’engouement populaire était à la hauteur de l’enjeu pour les Lions de Mésopotamie (surnom de la sélection nationale irakienne), qui avaient l’occasion face à Oman de glaner un titre régional qui les fuit depuis trois décennies.

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Venue de l’autre bout du pays pour assister à cette finale, Sajjad Ahmad a vite déchanté lorsqu’elle s’est aperçue que les environs du stade s’apparentaient à une gigantesque mêlée humaine. Arrivée sur les lieux dès 8 heures avec un ami, après avoir parcouru près de 400 kilomètres depuis la ville de Diwaniya, située au sud de Bagdad, la jeune femme de 17 ans s’est rapidement retrouvée bloquée à plusieurs centaines de mètres de l’entrée, dans l’impossibilité de progresser du moindre centimètre.

« Si j’avais su que cela allait arriver, je ne serais pas venue », a-t-elle déclaré dans des propos rapportés par le correspondant d’al-Jazeera, Ahmad al-Jassem.

Devant cet immense afflux de personnes, dépassant largement les 65 000 places disponibles, la situation s’est très vite tendue au point de devenir hors de contrôle. Pour empêcher d’autres fans de pénétrer dans l’enceinte, les forces de sécurité ont cru bon fermer les grilles aux alentours de 12h30 alors que le stade affichait déjà presque complet.

« L’organisation est zéro »

La jeune femme n’est pas la seule à regretter d’avoir fait le déplacement. Joint par L’Orient-Le Jour, Moustapha (qui préfère être appelé uniquement par son prénom) comptait offrir un cadeau unique à son fils de 10 ans. « J’ai dépensé mes économies pour obtenir ces deux tickets. En tout, ça m’a coûté presque 300 000 dinars (soit l’équivalent de 200 dollars), précise le trentenaire avant de s’insurger. Je suis sûr que 80 % des gens qui sont rentrés n’ont même pas de tickets, alors que nous, qui avons fait les choses dans les règles, on se retrouve dehors. C’est un scandale, l’organisation est zéro. »

Comme l’ont montré nombre de vidéos amateurs partagées sur les réseaux sociaux, des centaines de personnes sont parvenues à escalader les murs de l’établissement sans aucune résistance. Par endroit, certains se sont embourbés dans les étendues boueuses environnantes qu’il n’est pas rare de retrouver dans cette zone proche de là où se mêlent le Tigre et l’Euphrate, encore plus après les grosses intempéries qui se sont abattues sur le sud de l’Irak ces derniers jours.

« Lorsqu’ils ont fermé les portes du stade, les gens ont commencé à s’énerver et à pousser vers l’avant, raconte Moustapha, qui a rapidement fait le choix de s’extirper de la nasse. J’ai tout de suite senti que ça allait mal tourner. Alors, j’ai pris mon fils par la main pour que l’on se sorte de là. Voir le match n’avait plus aucune importance à ce moment-là. »

Stade de substitution

Fixé sur leur sort, Moustapha et son fils se sont repliés sur la solution de secours bricolée en urgence par les autorités. Sommés de quitter la zone par le service d’ordre, les milliers de fans repartis bredouilles du Palm Trunk Stadium ont été redirigés vers l’autre grand écrin de Bassora : le stade olympique d’al-Minaa, l’antre du club de football éponyme de la ville, situé à une vingtaine de kilomètres.

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Un stade de substitution affrété dans l’urgence à la suite d’une réunion entre le Premier ministre Mohammad Chia al-Soudani et le gouverneur de Bassora. Pour tenter d’apaiser la colère des supporters refoulés, des écrans géants ont été installés sur les principales places de la ville. De quoi leur donner la possibilité de regarder le match en plein air.

« C’était mieux que rien, concède Moustapha. On a quand même pu regarder le match et célébrer la victoire. Mais je vais longtemps regretter de ne pas avoir vécu ce moment dans le stade. Et je ne risque pas de me faire rembourser... »

Fièvre nationale

Sur le terrain, les Lions de Mésopotamie auraient difficilement pu provoquer autant d’émotions contraires chez leurs supporters. Portés par un public en fusion, les hommes de l’entraîneur espagnol Jesus Casas ouvrent le score dès la 24e minute d’une frappe croisée d’Ibrahim Bayesh qui fit une première fois grimper le niveau sonore (1-0).

Puis au terme de 90 minutes assez brouillonnes, où les deux équipes ont peiné à se procurer des occasions franches, les Omanais obtiennent un penalty à la 82e minute après visionnage de la VAR par l’arbitre roumain István Kovacs.

Mais la parade héroïque du gardien irakien Jalal Hassan a douché les espoirs des visiteurs... jusqu’aux arrêts de jeu. Une fois, mais pas deux, Hassan n’a pas réussi à réitérer son exploit et s’incline devant un deuxième penalty converti par Salaah al-Yahyaei au bout du bout du temps additionnel (1-1, 90e+10).

Le niveau de dramaturgie passe un palier supplémentaire pendant les prolongations. Alors que tout le monde se prépare à assister à une crispante séance de tirs au but, Amjad Attwan obtient un autre penalty (116e), pour l’Irak cette fois-ci, qu’il transforme sous les hourras du public (2-1).

Une joie de courte durée puisque la riposte omanaise d’Omar Maliki intervient trois minutes plus tard (2-2). Mais loin de se laisser abattre par cette nouvelle égalisation, Manaf Younis propulse de la tête un coup franc idéalement tiré par Attwan et scelle la victoire irakienne dans l’hystérie générale (3-2, 120e+2).

À Bagdad, klaxons et pétards donnaient le ton dans le quartier commerçant de Kerrada, tandis que sur l’emblématique place Tahrir les drapeaux irakiens étaient déployés par centaines, selon des journalistes de l’AFP.

Le drame en préambule du match aura vite été effacé. Peut-être pour le mieux puisqu’au terme de ce match qui restera longtemps gravé dans les mémoires des supporters irakiens, le pays s’est offert une nuit d’ivresse nationale dont il avait bien besoin.


À peine débutée, la fête était déjà gâchée. Du moins c’est ce que l’on a cru en apprenant à la mi-journée que les alentours du stade international de Bassora s’étaient mués en cohue meurtrière. Un mort (minimum), plusieurs dizaines de blessés, dont une soixantaine dans un « état critique », selon l’Agence d’information irakienne. Mais pas de quoi perturber...

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