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Politique - Sunnisme

Pour la première fois en 40 ans, des muftis élus dans les régions libanaises

"Il n'y a absolument pas d'ingérences politiques dans ces élections", assure le Premier ministre sortant, Nagib Mikati, après avoir voté à Tripoli.

Pour la première fois en 40 ans, des muftis élus dans les régions libanaises

Le Premier ministre sortant, Nagib Mikati (c), lors des élections des muftis des régions au Liban, le 18 décembre 2022. Photo Twitter/@grandserail

Pour la première fois en 40 ans, des élections de muftis se tenaient dimanche dans six régions libanaises, lors d'un scrutin qui vise à nommer six dignitaires de la plus haute instance religieuse sunnite du pays, deux ans après la fin de leur mandat.

Contacté par L'Orient-Le Jour, le responsable de la communication de Dar el-Fatwa, Khaldoun Kawas, explique que durant les quarante dernières années, c'était le mufti de la République qui nommait les muftis des régions. "Mais cette année, les conditions sont appropriées pour la tenue d'élections", dit-il, sans plus d'explications. En 1982, le Liban était envahi par l'armée israélienne, en pleine guerre civile qui avait débuté en 1975 et qui ne s'achèvera qu'en 1990. S'en suit alors une tutelle de quinze ans du régime syrien, avant le départ des troupes de Damas en 2005.

"Le mufti Deriane a préféré tenir ces élections car (...) la décentralisation religieuse est nécessaire pour assurer les besoins de la population", selon une source informée du processus, dans des propos accordés à notre correspondante dans la Békaa, Sarah Abdallah. Cette source précise que le mufti d'une région reste en poste jusqu'à l'âge de 70 ans. Le mufti de la République reste, lui, à la tête de Dar el-Fatwa, jusqu'à l'âge de 72 ans.

L'élection de dimanche a débuté en matinée à Tripoli, au Akkar, à Zahlé, Rachaya, Baalbeck-Hermel  et Hasbaya-Marjeyoun, toutes ces régions étant situées dans le Nord et la Békaa. Le scrutin a été convoqué par le mufti de la République, le cheikh Abdel Latif Deriane, qui, selon des médias locaux, s'est dit à "égale distance de tous les candidats", qualifiant cette élection d'"événement notable sur le plan libanais".

"Pas d'ingérences politiques"

L'armée et les forces de sécurité ont été déployées devant les bureaux de vote. Le Premier ministre sortant, Nagib Mikati, a voté dimanche matin dans sa ville, Tripoli. "Il n'y a absolument pas d'ingérences politiques dans ces élections. Nous avons du respect et de l'affection pour tous les candidats", a-t-il assuré, cité par l'Agence nationale d'information (Ani, officielle).

Le ministre sortant de l'Intérieur, Bassam Maoulaoui, a lui aussi voté dimanche. "L'ambiance est excellente", a-t-il affirmé, après avoir glissé son bulletin dans l'urne également à Tripoli.

Plusieurs députés sunnites ont pris part au scrutin, tels que Karim Kabbara, Mohamad Yehia, ou encore Walid Baarini, dans le Nord, selon notre correspondant dans la région, Michel Hallak.

Le député Walid Baarini glissant son bulletin dans l'urne, le 18 décembre 2022 lors des élections des muftis. Photo envoyée par notre correspondant Michel Hallak

La direction générale des Waqfs islamiques est chargée de déterminer qui peut voter. Il s'agit, entre autres, du Premier ministre en fonction, des anciens Premiers ministres, des membres du Conseil supérieur islamique chérié, des juges chériés, du président des Waqfs, des imams, des membres (sunnites) du Conseil constitutionnel et des fonctionnaires (sunnites) de première catégorie, ainsi que des membres (sunnites) des conseils municipaux, tout comme des personnalités considérées comme faisant partie de l'élite politique et religieuse de la communauté sunnite.

Résultats

Selon un communiqué de Dar el-Fatwa, le cheikh Mohammad Tarek Imam a été élu mufti de Tripoli avec 66,40% des voix, le cheikh Zaïd Mohammad Bakkar Zakaria mufti du Akkar avec 45,56% des voix, le cheikh Ali Ghazzaoui mufti de Zahlé avec 56,60% des voix, le cheikh Wafic Hijazi mufti de Rachaya avec 85,70% des voix, le cheikh Ayman Rifaï mufti de Baalbeck-Hermel avec 65% des voix et le cheikh Hassan Dallé mufti de Hasbaya-Marjeyoun avec 80,95% des voix.

"L'élection des muftis aujourd'hui est un message clair à toutes les forces politiques au Liban, afin qu'elles se dépêchent d'élire un président de la République qui unisse les Libanais et respecte la Constitution et le Pacte national, ainsi que l'accord de Taëf qui a sorti le Liban de ses conflits", a affirmé le mufti Deriane dans un communiqué rapporté par l'Ani.

Au Liban, Dar el-Fatwa jouit d'un rôle politique relativement influent auprès des responsables sunnites, notamment le Premier ministre, ce poste étant réservé à cette communauté en vertu du Pacte national de 1943. Le cheikh Deriane était réputé proche de l'ex-Premier ministre Saad Hariri, mais celui-ci s'est retiré de la vie politique en janvier dernier.

Pour la première fois en 40 ans, des élections de muftis se tenaient dimanche dans six régions libanaises, lors d'un scrutin qui vise à nommer six dignitaires de la plus haute instance religieuse sunnite du pays, deux ans après la fin de leur mandat.Contacté par L'Orient-Le Jour, le responsable de la communication de Dar el-Fatwa, Khaldoun Kawas, explique que durant les quarante dernières...
commentaires (3)

Ah bon et pourquoi pas des prêtres alors dans les régions chrétiennes et des mollahs dans la banlieue sud et à la frontière. Le monde avance et s’ouvre en évoluant pendant que le Liban ne cesse de reculer en se dirigeant vers l’obscurantisme et le sectarisme. C’est la première étape du plan pour permettre aux enturbanés de faire de même sous prétexte que leur communauté est opprimée. Ces sunnites ont tout faux depuis des décennies et font fausse route une fois de plus, ou alors c’est un complot contre notre pays multiculturel et surtout contre les chrétiens qui ne dit pas son nom. Ils veulent le dominer en jouant chacun son rôle pour permettre à ce qui était impossible hier devienne une norme et pourquoi pas une constitution puisqu’il veulent aussi la changer. Il ne faut pas permettre ce genre d’écart quelqu’en soit le prix.

Sissi zayyat

18 h 54, le 19 décembre 2022

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Commentaires (3)

  • Ah bon et pourquoi pas des prêtres alors dans les régions chrétiennes et des mollahs dans la banlieue sud et à la frontière. Le monde avance et s’ouvre en évoluant pendant que le Liban ne cesse de reculer en se dirigeant vers l’obscurantisme et le sectarisme. C’est la première étape du plan pour permettre aux enturbanés de faire de même sous prétexte que leur communauté est opprimée. Ces sunnites ont tout faux depuis des décennies et font fausse route une fois de plus, ou alors c’est un complot contre notre pays multiculturel et surtout contre les chrétiens qui ne dit pas son nom. Ils veulent le dominer en jouant chacun son rôle pour permettre à ce qui était impossible hier devienne une norme et pourquoi pas une constitution puisqu’il veulent aussi la changer. Il ne faut pas permettre ce genre d’écart quelqu’en soit le prix.

    Sissi zayyat

    18 h 54, le 19 décembre 2022

  • Tenir des élections confessionnelles ne va pas dans le sens du progrès pour le Liban et pousse les communautés à se recroqueviller sur elles mêmes

    Alexandre Choueiri

    16 h 50, le 19 décembre 2022

  • C'est génial cette survivance de l'empire ottoman! Et dans un pays en faillite. C'est donc que contrôler ces hommes de religion en en faisant des fonctionnaires reste une bonne idée ...

    M.E

    15 h 07, le 18 décembre 2022

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