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Lifestyle - This Is America

Depuis New York, des « yeux » braqués sur les injustices en Iran

De multiples « yeux », œuvres d’artistes iraniennes en exil aux États-Unis, scrutent et dénoncent les injustices subies par leurs consœurs dans leur pays d’origine depuis le Franklin D. Roosevelt Four Freedoms Park, à New York.

Depuis New York, des « yeux » braqués sur les injustices en Iran

L’œil exprimant la vision de la célèbre photographe Shirine Neshat. Photo tirée du site officiel Four Freedoms Park Conservancy

Impossible d’échapper au regard inquisiteur et dénonciateur perçant l’espace et les continents pour se braquer sur l’Iran depuis le Franklin D. Roosevelt Four Freedoms Park, à New York. Dans cet imposant parc-monument ouvert à tous les horizons et aux libertés dont ce président a été le champion, se tient une spectaculaire installation multimédia sur le thème Eyes On Iran (Les yeux sur l’Iran) inaugurée le 28 novembre dernier et visible jusqu’au 1er janvier 2023. L’expression des grands remous qui agitent actuellement ce pays y est impressionnante. « Lorsque nous disons que nous devons garder les yeux sur l’Iran, nous voulons dire que ce qui s’y passe mérite non seulement notre attention, mais aussi notre vision », a déclaré la célèbre photographe et vidéaste de grand renom Shirin Neshat lors du lancement de cet événement. Cette artiste iranienne résidant à New York a déployé un agrandissement couvrant la largeur d’une esplanade de l’une de ses photographies d’un œil de femme intitulée Offered Eyes. Dans le blanc de l’œil, elle a inscrit en calligraphie farsie un extrait du poème de Forough Farrokhzad intitulé Pity the Garden.

Un tapis persan en briques, solide et puissant. Photo tirée du site officiel Four Freedoms Park Conservancy

Un regard transperçant les espaces

Ailleurs, dans le ciel, un autre œil flotte au-dessus de la statue de la Liberté tel un nuage. Un regard-message qui déchire l’espace, réalisé par l’artiste conceptuel américain Hank Willis Thomas, en collaboration avec l’artiste iranienne Mahvash Mostala, qui a précisé : « Cette installation a été faite en solidarité avec les femmes iraniennes, en particulier la jeune génération qui a férocement porté sa voix sur la scène internationale. Ce moment de notre histoire est un reflet déterminant de leur puissance partout dans le monde. »

L’installation a été délibérément placée dans un lieu situé en face de l’iconique bâtiment des Nations unies. Lors de la cérémonie d’ouverture, l’ancienne secrétaire d’État Hillary Clinton avait exprimé son soutien à la campagne visant à retirer l’Iran de la Commission de l’ONU sur le statut de la femme. Et ce dans le contexte de « la détérioration de la situation des droits de l’homme en République islamique d’Iran ». Une campagne qui a visiblement porté ses fruits puisque le Conseil économique et social des Nations unies (Ecosoc) a voté mercredi, sous l’impulsion des États-Unis, l’expulsion « immédiate » de l’Iran de la Commission de la condition de la femme (CSW) pour le reste de son mandat (2022-2026).Des artistes, des militants et des personnalités politiques s’étaient joints à Mme Clinton pour dénoncer les violations des droits humains et de ceux des femmes dans ce pays. Pour ce qui est de l’installation en elle-même, elle a été conçue par un collectif d’artistes qui affirment avoir « voulu travailler en solidarité avec la courageuse Iranienne Mahsa Amini, qui a payé de sa vie le prix de la liberté, et avec ses compatriotes luttant dans ce même but ». Cette jeune femme kurde iranienne est décédée en détention le 16 septembre après avoir été arrêtée pour avoir enfreint le code vestimentaire strict de la République islamique pour les femmes. Un décès qui suscite depuis trois mois des vagues de manifestations réprimées par les autorités en Iran. L’installation a été complétée par l’apport de huit autres artistes iraniennes qui se sont exprimées dans ce même esprit. Flottant notamment parmi des branches d’arbre du parc, des motifs de tapis persans ont été imprimés sur résille par l’artiste conceptuelle Shirin Towfiq, tandis que des bandanas rouges, blancs et verts, aux couleurs du drapeau iranien, ont été noués par Aphrodite Désirée Navab autour de leurs troncs. Un dessin de tapis portant une liste de noms des manifestants tués a été reproduit sur le pavé par Sepideh Mehraban.

Un message universel et dans toutes les langues. Photo tirée du site officiel Four Freedoms Park Conservancy

Un sentiment d’urgence

Selon le New York Times, « ce spectacle dans son ensemble se lit comme un simple et singulier appel à l’attention générale. En tant qu’art de protestation, il est extrêmement efficace. Le message est clair, et des détails, comme ceux de la photographie de Soleimani (la main de Mahsa Amini tenant un hijab blanc, symbole de protestation) ainsi que de la mise en scène, confèrent à l’ensemble un indéniable sentiment d’urgence ». Considérées séparément, la plupart de ces créations veulent surtout laisser une impression de chagrin subtil, loin de toute colère, et surtout rester inoubliables. Notamment avec Shirin Towfiq à travers ses tapis volants et leur imaginaire de conte de fées qui résonnent comme une résignation rêveuse.

L’œuvre de l’artiste conceptuel américain Hank Willis Thomas. Photo tirée du site officiel Four Freedoms Park Conservancy

Pour clore le cycle des conférences et des rencontres organisées autour de Eyes On Iran, Jon Batist, auteur-compositeur-interprète américain, lauréat d’un Grammy, a présenté une interprétation de Baraye, la fameuse chanson de protestation populaire de l’artiste iranien Shervin Hajipour. Ce dernier avait été arrêté par des responsables iraniens en septembre dernier et libéré sous caution en octobre. Si « l’œil était dans la tombe et regardait Caïn », comme l’écrivait Victor Hugo dans son poème intitulé Conscience, où il évoquait Caïn hanté par son frère Abel qu’il avait tué, ici des yeux de toutes les dimensions veulent poursuivre des crimes contre l’humanité. Même s’ils sont commis à l’autre bout du monde. Le cadre choisi, le Franklin D. Roosevelt Four Freedoms Park, pour porter les voix de tous les opprimés sous toutes les latitudes et spécialement en Iran, était des plus adéquats. Cet espace ouvert de 30 000 m2 célèbre les quatre libertés que ce président avait énoncées dans son discours sur l’état de l’Union de 1941 : la liberté d’expression, la liberté de religion, la liberté de vivre à l’abri du besoin et la liberté de vivre à l’abri de la peur. Tout ce qui manque aujourd’hui en République islamique d’Iran et, sans doute, dans de nombreuses régions d’un monde fatigué de tant d’injustices…

Impossible d’échapper au regard inquisiteur et dénonciateur perçant l’espace et les continents pour se braquer sur l’Iran depuis le Franklin D. Roosevelt Four Freedoms Park, à New York. Dans cet imposant parc-monument ouvert à tous les horizons et aux libertés dont ce président a été le champion, se tient une spectaculaire installation multimédia sur le thème Eyes On Iran (Les yeux sur l’Iran) inaugurée le 28 novembre dernier et visible jusqu’au 1er janvier 2023. L’expression des grands remous qui agitent actuellement ce pays y est impressionnante. « Lorsque nous disons que nous devons garder les yeux sur l’Iran, nous voulons dire que ce qui s’y passe mérite non seulement notre attention, mais aussi notre vision », a déclaré la célèbre photographe et vidéaste de grand renom Shirin Neshat lors...
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