Les lauréats du prix Nobel de la paix, le directeur de Memorial, le Russe Ian Ratchinski ; Natalia Pintchouk épouse du Biélorusse Ales Beliatski, père de l’ONG de défense des droits humains Viasna, incarcéré dans son pays ; et l’Ukrainienne Oleksandra Matviïtchouk, chef du Centre ukrainien pour les libertés civiles (CCL), à Oslo, le 10 décembre 2022. Sergei Gapon/AFP
En recevant leur prestigieuse récompense samedi à Oslo, les lauréats ukrainien, russe et biélorusse du Nobel de la paix ont appelé à ne pas baisser les armes contre la guerre « folle et criminelle » que Vladimir Poutine a lancée en Ukraine.
Issus des trois principaux États protagonistes du conflit, le Centre ukrainien pour les libertés civiles (CCL), l’ONG russe Memorial, dissoute sur ordre de la justice, et le militant biélorusse Ales Beliatski, emprisonné dans son pays, ont été couronnés pour leur engagement en faveur « des droits humains, de la démocratie et de la coexistence pacifique » face aux forces autoritaires.
« La paix pour un pays attaqué ne peut être atteinte en déposant les armes, a déclaré la chef du CCL, Oleksandra Matviïtchouk. Ce ne serait pas la paix, mais l’occupation. » Créé en 2007, le CCL documente les crimes de guerre commis par les troupes russes en Ukraine : les tortures et les assassinats, les destructions d’immeubles d’habitations, d’églises, d’écoles et d’hôpitaux, les bombardements des couloirs d’évacuation, les déplacements forcés de population...
Conséquence des bombardements sur les infrastructures énergétiques ukrainiennes, Mme Matviïtchouk a écrit son discours de remerciement pour le Nobel à la lueur d’une bougie, a-t-elle confié.
En neuf mois d’invasion russe, « plus de 27 000 épisodes » de crimes de guerre ont été dénombrés, selon elle, et c’est « seulement le sommet de l’iceberg ». « La guerre transforme les gens en nombres. Nous devons redonner un nom à toutes les victimes de crime de guerre », a-t-elle souligné.
Les « ambitions impériales » de Poutine
La voix étranglée par l’émotion dans son discours à l’hôtel de ville d’Oslo, paré de fleurs rouges de Sibérie, Mme Matviïtchouk a de nouveau appelé à la création d’un tribunal international pour juger « Poutine, (son allié le dirigeant biélorusse Alexandre) Loukachenko et d’autres criminels de guerre ».
« Cette année, pour la première fois, la langue de l’Ukraine, notre langue ukrainienne, a été entendue » à Oslo, s’est réjoui le président ukrainien Volodymyr Zelensky, dans son allocution quotidienne. « Je félicite Mme Oleksandra, ses collègues et tous les défenseurs ukrainiens des droits de l’homme », a-t-il ajouté.
Le colauréat russe, le président de Memorial, Ian Ratchinski, a quant à lui dénoncé les « ambitions impériales » héritées de l’URSS qui « fleurissent toujours aujourd’hui ». La Russie de Vladimir Poutine a détourné le sens historique de la lutte antifasciste « au profit de ses propres intérêts politiques », a-t-il dit. Désormais, « résister à la Russie équivaut à du fascisme », a-t-il déploré.
Une dénaturation qui fournit « la justification idéologique à la guerre d’agression folle et criminelle contre l’Ukraine », a-t-il affirmé, malgré les sévères sanctions prévues par Moscou pour ceux qui critiquent publiquement son « opération militaire spéciale ».
Fondée en 1989, Memorial a œuvré pendant des décennies à faire la lumière sur les crimes commis sous Staline et préserver la mémoire de ses victimes, puis à collecter des informations sur la violation des libertés et des droits en Russie.
Dans un contexte de musellement de l’opposition et des médias, l’ONG a été dissoute fin 2021 par la justice russe, qui a aussi ordonné la saisie de ses bureaux à Moscou le 7 octobre, le soir même de l’attribution du Nobel.
« Aujourd’hui, le nombre de prisonniers politiques en Russie est supérieur à leur nombre total dans toute l’Union soviétique au début de la période de la perestroïka dans les années 1980 », a noté M. Ratchinski.
Internationale des dictatures
Le troisième lauréat du Nobel, Ales Beliatski, père de l’ONG de défense des droits humains Viasna, est incarcéré depuis juillet 2021. Dans l’attente d’un procès où il encourt jusqu’à douze ans de prison pour « contrebande » d’espèces au profit de l’opposition au régime répressif de M. Loukachenko, le militant de 60 ans n’a pas été autorisé à transmettre un discours de remerciement pour le Nobel. Son épouse Natalia Pintchouk, qui le représentait à la cérémonie, n’a pu que répéter quelques-uns de ses mots, notamment ses appels à se dresser contre « l’internationale des dictatures ».
En Ukraine, la Russie vise à établir « une dictature vassale, la même chose que la Biélorussie d’aujourd’hui, où la voix du peuple opprimé est ignorée, avec des bases militaires russes, une énorme dépendance économique, une russification culturelle et linguistique », a dit M. Beliatski, par la voix de sa femme.
Sur le plan diplomatique, Emmanuel Macron s’est entretenu dimanche au téléphone avec Volodymyr Zelensky pour notamment préparer la nouvelle conférence de soutien à l’Ukraine qui se tiendra mardi à Paris. « Avec le président Zelensky, nous avons préparé les conférences que la France accueille mardi : une première, internationale, pour répondre aux besoins de l’Ukraine pour passer l’hiver, et une seconde avec les entreprises françaises qui s’engagent dans la reconstruction du pays », a indiqué le président français sur Twitter.
Sur le terrain, les forces ukrainiennes ont attaqué samedi soir la ville de Melitopol (sud de l’Ukraine) occupée par la Russie, ont indiqué des sources officielles prorusses et d’autres fidèles à Kiev. Cette ville stratégique, qui comptait un peu plus de 150 000 habitants avant la guerre, est située dans la région de Zaporijjia, dont Moscou revendique l’annexion. Les deux camps ont communiqué des informations contradictoires sur les cibles des frappes et les victimes. Les troupes russes se sont emparées de Melitopol au début de leur offensive lancée le 24 février.
Enfin, l’ex-président russe et actuel numéro 2 du Conseil de sécurité, Dmitri Medvedev, a affirmé dimanche que Moscou fabriquait les « moyens de destruction les plus puissants » basés sur de « nouveaux principes », en menaçant de s’en servir contre l’Occident. « Notre ennemi ne s’est pas retranché uniquement dans le Gouvernement de Kiev (une entité territoriale administrative de la Russie impériale) (...) Il est aussi en Europe, en Amérique du Nord, au Japon, en Australie, en Nouvelle-Zélande et dans d’autres endroits ayant prêté allégeance aux nazis de notre temps », a écrit M. Medvedev.
Source : AFP


Poutine estime que le conflit en Iran a détourné l'attention de Washington de l'Ukraine
Mais il est fou ce Medvedev, un autre criminel , ils ont oublié que nous sommes au 21eme siècle.
18 h 43, le 12 décembre 2022