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Nos Lecteurs ont la Parole

De la nécessité d’un dialogue national

Si « l’homme de l’homme est comptable » (Aragon) et si toutes les guerres, aussi bien celle de 100 ans que celle des frères ennemis, se terminent par une négociation qui laisse insatisfaites toutes les parties ayant nécessairement dû faire des concessions et jeter du lest, mais laisse en même temps toutes les parties satisfaites car ayant arrêté la saignée, épargné des vies et des destructions et abouti à l’établissement de la paix, une paix qui quelle qu’elle soit est un bien suprême de l’humanité, alors toute politique ne menant pas à la paix, et par la négociation si besoin est, est traîtresse de l’homme.

Dans sa descente précipitée aux enfers, le Liban en est une démonstration, une douloureuse illustration, la guerre des frères étant la plus meurtrière des guerres.

Comptable de l’homme libanais, c’est au patriarche maronite qu’a été confiée la gloire du Liban (majdou Loubnan ou’tya lahou), non celle des maronites ou des chrétiens, mais celle du Liban terre de rencontre et d’ouverture.

Sa Béatitude monseigneur Béchara Raï, patriarche maronite d’Antioche et de tout l’Orient, conscient de cette responsabilité, appelle au dialogue et, pour ce faire, préconise une conférence pour le Liban.

Mais avec la guerre en Ukraine qui s’éternise et enlise avec elle l’Europe et l’Occident, avec les prémices d’une nouvelle guerre froide USA-Chine, le Liban aujourd’hui ne représente qu’une minime goutte d’eau dans le cours des intérêts globaux et nul ne semble prêt à s’atteler à cette tâche pour un pays qui, à cause de l’incompétence, la corruption et l’égoïsme de sa classe dirigeante, s’autodétruit.

Le sursaut, le réveil ne sauraient venir que de l’en-soi du pays du Cèdre afin de préserver ce qui reste de lui et de ses amitiés arabes et internationales.

Une conférence assurant un dialogue entre toutes les parties demeure cependant la solution.

Celle-ci est préconisée aussi bien par le président de la Chambre Nabih Berry, dont la stature nationale et internationale n’a plus à être établie, que par le leader druze Walid Joumblatt, dont la voix porte écho bien au-delà de sa communauté et du Liban.

Quant au Hezb, il ne semble pas aller à l’encontre de cette idée.

Mais le Liban étant un pays malheureusement de plus en plus confessionnel, c’est aux confessions que revient semble-t-il toujours le dernier mot ! Aussi c’est à celui à qui incombe la responsabilité de la gloire du Liban d’appeler à cette première réunion, à cette première conférence de toutes les forces religieuses libanaises pour établir les conditions et renforcer la volonté du vivre en commun, pour vilipender les positions destructrices de ce vivre en commun et réaffirmer l’unité des Libanais à l’intérieur de frontières internationales reconnues et de confessions matrices du vivre en commun.

Et alors seulement les appels au dialogue politique pourront porter des fruits et rétablir les règles d’un jeu politique pipé, et alors l’appel au dialogue politique pourra et devra se faire, car le temps presse et l’enfer n’attend pas.

Depuis les accords de Taëf, partie intégrante de la Constitution, le président de la République jouit de moins de prérogatives et n’a besoin d’aucun programme spécifique, celui-ci étant dorénavant l’apanage du Conseil des ministres. Mais il a besoin d’une vision pour le pays et d’une personnalité sensible à tous les courants de la vie du pays. Amputé de beaucoup de ses anciens droits et prérogatives, le président n’en demeure pas moins le symbole pérenne de l’unité du pays et son élection se doit de représenter l’adhésion ou tout au moins l’assentiment d’une grande majorité de la population et de sa représentation parlementaire. Grâces doivent être rendues au président Berry qui, malgré des critiques indues venant surtout de personnalités chrétiennes, utilise sa connaissance de la Constitution et son habilité en jouant du quorum pour éviter l’élection d’un président a minima. Son interprétation des règles constitutionnelles permet de sauver l’honneur du maronite qui sera élu avec l’assurance d’une représentation à la hauteur de la charge et de sa solennité et affirmera la représentativité nécessaire à cette charge.

Aussi il faudra passer par un double dialogue communautaire et politique afin d’assurer cette élection qui seule permettra un président symbole de l’unité nationale et de sa volonté de vivre en commun en symbiose avec un gouvernement en charge, lui, de gouverner : un président timonier et un gouvernement gouvernail pour sortir le Liban de l’ornière et le mener aux rives anciennes de sa vitalité (isalihi ila chati’ el-aman), pour nous mener tous à bon port.

Ambassadrice, professeure de géopolitique et de relations internationales

Les textes publiés dans le cadre de la rubrique Courrier n’engagent que leurs auteurs. Dans cet espace, L’Orient-Le Jour offre à ses lecteurs l’opportunité d’exprimer leurs idées, leurs commentaires et leurs réflexions sur divers sujets, à condition que les propos ne soient ni diffamatoires ni injurieux ni racistes.


Si « l’homme de l’homme est comptable » (Aragon) et si toutes les guerres, aussi bien celle de 100 ans que celle des frères ennemis, se terminent par une négociation qui laisse insatisfaites toutes les parties ayant nécessairement dû faire des concessions et jeter du lest, mais laisse en même temps toutes les parties satisfaites car ayant arrêté la saignée, épargné des...

commentaires (1)

Excellent article, très raisonnable.

Raed Habib

06 h 08, le 08 décembre 2022

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Commentaires (1)

  • Excellent article, très raisonnable.

    Raed Habib

    06 h 08, le 08 décembre 2022

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