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Société - Congrès

À Berlin, la société civile libanaise promet une abolition prochaine de la peine capitale

Sur quatre parlementaires invités, un seul a fait le déplacement, le député Georges Okais des Forces libanaises.

À Berlin, la société civile libanaise promet une abolition prochaine de la peine capitale

Une partie de la délégation libanaise au 8e Congrès contre la peine de mort à Berlin. Photo A-M.H.

C’est une poignée d’irréductibles qui représentent le Liban à Berlin au 8e Congrès international contre la peine de mort, organisé par l’organisation ECPM (Ensemble contre la peine de mort) du 15 au 18 novembre. Irréductibles car, dans un Liban en crise, où les droits de l’homme ne sont jamais prioritaires, et encore moins les droits des condamnés, quelques membres de la société civile libanaise continuent de mener le combat pour l’abolition de la peine capitale. Avec la ferme conviction qu’ils sont tout près du but, et que le Liban sera le premier pays arabe à grossir les rangs des 109 États abolitionnistes. D’une part, ils promettent de présenter très rapidement une nouvelle proposition de loi au Parlement. Et préparent la relève et la nouvelle génération à poursuivre le combat. Car le moratoire de facto en vigueur au Liban est réversible. La sensibilisation et l’information de l’opinion publique ne doivent donc pas s’arrêter.

Objectif : l’abolition universelle

« Je vous annonce que prochainement, le Liban va abolir la peine capitale. Le projet est prêt. Nous allons pousser pour son adoption au Parlement. » C’est le message très applaudi qu’a adressé la société civile libanaise à la communauté internationale à Berlin. Un message véhiculé par Ogarit Younan, militante de la première heure contre la peine de mort, cofondatrice avec le militant Walid Slaiby de l’Université Aunohr pour la non-violence et les droits humains. Un message d’un optimisme à tout rompre. Un brin exagéré, vu l’enlisement de la crise libanaise et le vide présidentiel qui ne présagent rien de bon. Car la classe politique a d’autres chats à fouetter que de se pencher sur un dossier d’une grande sensibilité politique et communautaire qui ne fait pas l’unanimité. Ses représentants étaient d’ailleurs les grands absents de l’événement abolitionniste le plus important au monde, sous prétexte d’obligations électorales. Sur quatre députés invités, un seul a fait le déplacement, le député Georges Okais, des Forces libanaises. « Une présence à titre personnel », confie-t-il à L’Orient-Le Jour. Mais qui montre l’engagement du parti politique qu’il représente en faveur de l’abolition. « Dès que le brouillon de loi est prêt, je le signe », promet-il.

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« De nombreux blocs parlementaires soutiennent l’abolition de la peine capitale », assure Ogarit Younan, énumérant les partis qui se sont déjà prononcés en faveur de l’abolition, notamment les Forces libanaises, les Kataëb, le Courant patriotique libre, nombre de parlementaires issus de la contestation populaire, les députés du Parti socialiste progressiste (bloc Joumblatt)… Elle rappelle dans ce cadre l’engagement du Liban en décembre 2020 en faveur du moratoire universel, lors de la 75e session de l’Assemblée générale des Nations unies. Une victoire abolitionniste qui fait suite à la première victoire enregistrée en 2001. « Nous avions alors réussi à faire abolir la loi condamnant toute personne qui tue à la peine de mort systématique », explique la militante. Avec pour arguments essentiels le risque élevé d’erreurs judiciaires, la contradiction d’une peine capitale qui tue pour dissuader les criminels et le refus citoyen d’une justice qui tue.

Plus d’un millier de personnes de 90 pays participent au congrès ECPM de Berlin, parmi lesquelles des personnalités politiques de haut rang, les ministres allemands des Affaires étrangères et de la Justice, Annalena Baerbock et Marco Buschmann, le garde des Sceaux français Éric Dupond-Moretti, la secrétaire générale d’Amnesty International Agnès Callamard. Sans oublier les représentants de l’association française ECPM, sa présidente Aminata Niakate, son directeur exécutif Raphaël Chenuil-Hazan. L’objectif de cet événement, qui se déroule chaque trois ans, est l’abolition universelle. « Chaque année, deux États environ sautent le pas. Et en 2022, nous espérons enregistrer quatre abolitions », promet M. Chenuil-Hazan. Pour ce faire, l’organisation française qui s’impose comme la référence internationale dans le dossier se tourne vers l’Afrique, un continent qui avance à pas de géant dans la lutte contre la peine capitale. « En 30 ans, sur les 55 États membres de l’Union africaine, 26 l’ont abolie, 15 appliquent un moratoire à long terme sur les exécutions et 15 maintiennent la peine capitale », selon ECPM. D’où la présence importante de personnalités politiques africaines de premier plan.

Ce droit à la vie si cher aux jeunes

Dans ce contexte encourageant, le pays du Cèdre fait figure de parent pauvre. S’il n’exécute plus depuis 2004, il continue de prononcer des peines capitales. Sa société civile est, de plus, affaiblie par l’éclatement de la coalition nationale pour l’abolition de la peine de mort et par le décès d’une figure militante autrefois majeure, le père Hady Aya, fondateur de l’association Justice et miséricorde qui lutte pour les droits des détenus. Mais à Berlin, sont aussi engagées l’Association libanaise pour les droits civils (LACR) représentée par le professeur universitaire Rafic Zakharia, l’AJEM représentée par l’avocate Lina Aya ainsi que l’ancienne condamnée à mort Antoinette Chahine qui vient d’être nommée ambassadrice au Liban de l’association française ACAT (Association chrétienne contre la torture et la peine de mort). Pour rappel, celle-ci avait été condamnée à mort en 1997, dans le cadre du procès de l’attentat survenu trois ans plus tôt contre l’église Notre-Dame de la Délivrance à Zouk, avant d’être finalement innocentée le 24 juin 1999 après cinq ans et demi de détention. De même, six jeunes Libanais de 18 à 31 ans (au sein d’un groupe de huit), sélectionnés par ECPM pour faire partie du tour pour l’abolition (#AbolitionNowTour) et contribuer à stopper la peine de mort, ont fait leurs débuts dans le monde abolitionniste, encadrés par l’activiste Tania Awad Ghorra. « Ce projet du droit à la vie me ressemble. Je suis engagée dans la culture de la non-violence et dans les droits de l’homme », dit à L’OLJ Nadine Moubarak, l’une de ces jeunes. « J’ai côtoyé des condamnés à mort, renchérit Murielle Khalifé, une assistante sociale. J’ai senti l’intensité de leur souffrance psychique. Ils ont certes fauché la vie de quelqu’un, mais n’ont-ils pas droit à une autre sanction que celle de perdre la vie? » Au sein de ce groupe de jeunes militants, la fille d’Antoinette Chahine, Joya Saliba, qui « ne supporte pas d’imaginer que quiconque pourrait endurer les souffrances subies par (s)a mère lorsqu’elle était dans le couloir de la mort », mais aussi Miriam Fenianos et Reem Abou Hamdane. « Je viens d’une famille engagée au service des droits de l’homme, de la non-violence et du bénévolat », dit cette dernière. Artiste plasticienne, c’est à travers son art qu’elle entend militer contre la peine capitale. Et en réponse à la classe politique qui prétend que ce n’est pas le moment, Ali Mahmoud, l’aîné du groupe, rétorque : « C’est toujours le moment », insiste-t-il, affirmant que « l’abolition de la peine capitale est de la responsabilité de chaque citoyen libanais ».

C’est une poignée d’irréductibles qui représentent le Liban à Berlin au 8e Congrès international contre la peine de mort, organisé par l’organisation ECPM (Ensemble contre la peine de mort) du 15 au 18 novembre. Irréductibles car, dans un Liban en crise, où les droits de l’homme ne sont jamais prioritaires, et encore moins les droits des condamnés, quelques membres de la société civile libanaise continuent de mener le combat pour l’abolition de la peine capitale. Avec la ferme conviction qu’ils sont tout près du but, et que le Liban sera le premier pays arabe à grossir les rangs des 109 États abolitionnistes. D’une part, ils promettent de présenter très rapidement une nouvelle proposition de loi au Parlement. Et préparent la relève et la nouvelle génération à poursuivre le combat. Car le moratoire de...
commentaires (1)

Et si les parents de la victime insistent sur l'application de la loi du talion prescrite par le Coran(Sourate de la Vache, verset 178), quel texte juridique pourrait-on leur opposer? Il est aussi difficile au Liban d'imposer l'abrogation de la peine capitale que de légaliser le mariage civil...

Georges MELKI

11 h 06, le 21 novembre 2022

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Commentaires (1)

  • Et si les parents de la victime insistent sur l'application de la loi du talion prescrite par le Coran(Sourate de la Vache, verset 178), quel texte juridique pourrait-on leur opposer? Il est aussi difficile au Liban d'imposer l'abrogation de la peine capitale que de légaliser le mariage civil...

    Georges MELKI

    11 h 06, le 21 novembre 2022

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