Un cycliste traverse un pont détruit près de Borivske, dans la région de Kharkiv, le 23 octobre 2022. Yevhen Titov/AFP
La Russie a réitéré lundi ses accusations contre l’Ukraine en assurant qu’elle était entrée « dans la phase finale » de la fabrication d’une « bombe sale », des allégations balayées par Kiev qui a invité les experts internationaux à venir inspecter ses installations.
Moscou a évoqué pour la première fois ces accusations dimanche lors de conversations téléphoniques entre le ministre russe de la Défense Sergueï Choïgou et ses homologues américain, français, britannique et turc. Il avait alors fait part à ses interlocuteurs de ses « préoccupations » quant à « d’éventuelles provocations de la part de l’Ukraine avec recours à une “bombe sale” ».
Une bombe radiologique ou « bombe sale » est constituée d’explosifs conventionnels entourés de matériaux radioactifs destinés à être disséminés en poussière au moment de l’explosion.
« Selon les informations dont nous disposons, deux organisations ukrainiennes ont des instructions spécifiques pour fabriquer la soi-disant “bombe sale”. Leur travail est entré dans la phase finale », a renchéri lundi le général Igor Kirillov, en charge au sein de l’armée russe des substances radioactives, des produits chimiques et biologiques. Selon lui, « le but de cette provocation est d’accuser la Russie d’utiliser des armes de destruction massive en Ukraine et de lancer ainsi une puissante campagne antirusse dans le monde ».
Ces allégations avaient été immédiatement démenties par les responsables ukrainiens, le chef de la diplomatie Dmytro Kouleba dénonçant des propos « absurdes » et « dangereux », et le président Volodymyr Zelensky appelant le monde à « réagir aussi durement que possible » aux accusations russes.
Lundi, M. Kouleba a ajouté avoir échangé avec le chef de l’Agence internationale de l’énergie atomique, Rafael Grossi, à ce sujet et avoir « officiellement invité l’AIEA à envoyer d’urgence des experts dans des installations pacifiques en Ukraine », ces structures où la Russie « prétend trompeusement » que l’Ukraine y développe une « bombe sale ». M. Grossi « a accepté. Contrairement à la Russie, l’Ukraine a toujours été et reste transparente. Nous n’avons rien à cacher », a-t-il affirmé.
Paix possible
Paris, Londres et Washington ont fustigé ensemble des déclarations « fausses » de Moscou. Les Ukrainiens et les Occidentaux y voient la menace des préparatifs d’une attaque menée sous un faux drapeau, suspectant la Russie d’être prête à faire exploser elle-même une « bombe sale » pour justifier une escalade militaire, par exemple en employant une arme nucléaire tactique en représailles.
Au début de son offensive, Moscou avait déjà accusé l’Ukraine de préparer des armes bactériologiques dans des laboratoires secrets financés par les États-Unis, des allégations qui avaient aussi été démenties par Kiev.
Les allégations de « bombe sale » interviennent alors que les forces russes sont en difficulté sur plusieurs fronts en Ukraine, ayant perdu en septembre des milliers de kilomètres carrés dans le Nord-Est et désormais en recul dans la région de Kherson, dans le Sud, où les autorités d’occupation russe organisent des évacuations de la population face aux avancées de Kiev. Le commandement ukrainien a annoncé lundi avoir repris 90 localités au total aux forces russes dans la région de Kherson, l’un des quatre territoires d’Ukraine dont Moscou a revendiqué l’annexion en septembre.
Moscou a mené ces dernières semaines plusieurs séries de frappes massives, notamment avec des drones de fabrication iranienne, contre des infrastructures critiques ukrainiennes. Ces bombardements ont provoqué dimanche de nouvelles coupures d’électricité à travers le pays. Ces pannes ont poussé les autorités à introduire des restrictions et à appeler les Ukrainiens à rationner leur utilisation pour « stabiliser » la fourniture en électricité.
Plus d’un million de foyers ukrainiens ont été privés d’électricité à la suite d’attaques russes contre les infrastructures électriques, avait précisé samedi la présidence ukrainienne.
La Russie dénonce de son côté une « augmentation considérable » des tirs ukrainiens visant ses régions frontalières, notamment celles de Belgorod et Koursk où des lignes de défense sont en train d’être construites en cas d’attaque.
De son côté, l’Ukraine a accusé la Russie de retarder délibérément plus de 165 navires destinés au transport de céréales en prolongeant les inspections menées conformément à un accord conclu sur ces livraisons cruciales pour de nombreux pays d’Afrique et d’Asie. « Depuis le 14 octobre 2022, les inspecteurs russes assignés au Centre de coordination conjoint d’Istanbul prolongent significativement l’inspection des navires se dirigeant vers les ports ukrainiens pour recevoir des céréales ou qui ont déjà été chargés et qui sont en route pour leur destination finale », a déploré le ministère ukrainien des Affaires étrangères dans un communiqué.
Dimanche, le président français Emmanuel Macron avait estimé qu’une « paix est possible » en Ukraine lorsque les Ukrainiens « le décideront », alors que Volodymyr Zelensky a répété qu’il ne négocierait jamais avec la Russie tant que Vladimir Poutine sera au pouvoir.
Le président français et le chancelier allemand Olaf Scholz ne manifestent « aucune envie » de participer à une médiation dans les négociations de paix sur le conflit en Ukraine, a dénoncé de son côté le Kremlin. « En ce qui concerne Messieurs Macron et Scholz, ces derniers temps, ils ne manifestent aucune envie d’être à l’écoute de la position de la partie russe et de participer à des efforts quelconques liés à la médiation », a déclaré à la presse le porte-parole du Kremlin, Dmitri Peskov. Il a en même temps fait l’éloge de la « position d’Ankara, bien différente de celles de Paris et de Berlin ». « Ankara manifeste sa volonté de poursuivre les efforts de médiation » qui ont été « hautement appréciés » par le président russe Vladimir Poutine, a souligné M. Peskov.
Source : AFP
Téhéran dément avoir déployé des militaires en Crimée
L’Iran a rejeté lundi les allégations des États-Unis selon lesquelles des militaires iraniens étaient déployés en Crimée pour aider la Russie à mener des attaques de drones en Ukraine. « Nous condamnons fermement ces allégations (...) qui visent à détourner l’attention de l’opinion publique sur le rôle destructif (des États-Unis) dans la guerre en Ukraine (...) en exportant massivement des armes et des équipements » vers Kiev, a déclaré le porte-parole du ministère des Affaires étrangères, Nasser Kanani, lors d’une conférence de presse à Téhéran. Téhéran est accusé depuis plusieurs jours par les Occidentaux de fournir des drones kamikazes à la Russie, et la Maison-Blanche a affirmé jeudi dernier que des militaires iraniens se trouvaient en Crimée, péninsule ukrainienne annexée par Moscou en 2014, pour aider les Russes au maniement de ces engins lancés contre des infrastructures énergétiques et des villes en Ukraine. « Téhéran est maintenant directement engagé sur le terrain en Crimée et a aidé la Russie dans ses opérations », a déclaré le porte-parole du Conseil de sécurité nationale de la présidence américaine, John Kirby. « La République islamique n’est pas impliquée dans la guerre en Ukraine », a répété M. Kanani : « Nous ne fournissons pas d’armes aux belligérants de ce conflit. » Le président ukrainien Volodymyr Zelensky a affirmé pour sa part que la Russie avait commandé « environ 2 000 drones » iraniens pour appuyer sa campagne de bombardements en Ukraine, qui visent notamment des infrastructures électriques. « Selon nos renseignements, la Russie a commandé environ 2 000 Shahed iraniens », des drones kamikazes, a-t-il déclaré.


Poutine estime que le conflit en Iran a détourné l'attention de Washington de l'Ukraine