Au total, 27,3 % des stations-service en France étaient en rupture d’au moins un de leurs produits. Christophe Archambault/AFP
Le gouvernement français a jugé hier « inacceptable » la poursuite du blocage des raffineries et dépôts de TotalEnergies, en dépit d’un accord majoritaire sur les salaires signé dans le groupe, les conséquences sur de nombreux secteurs d’activité restant importantes.
« Mon père de 91 ans ne se voyait pas faire la queue pendant une heure », dit Virginie dans une station-service du quartier de Fives à Lille, faisant le plein de gazole pour ses parents. Alors qu’une file de voitures débordait sur la rue ces derniers jours, « là, ça a l’air de se calmer », ajoute-t-elle. À Lyon, Serge Almodovar, 56 ans, est déçu : la station qui était indiquée comme « ouverte » sur un site est en fait fermée : « C’est un peu gênant, d’autant qu’il me reste très peu d’essence dans mon réservoir. Je prends ça avec philosophie. Heureusement qu’on ne travaille pas aujourd’hui. J’habite à Lyon et je travaille sur Valence en partie ; toute la semaine, j’ai pris le train. J’espère vraiment qu’il n’y aura pas de grève qui se généralisera également sur les trains », souligne-t-il.
« Vous avez, je pense, plusieurs dizaines de millions de Français qui, à un moment ou à un autre, ont été confrontés à ces difficultés, soit de station fermée, soit de station devant laquelle il faut faire la queue pendant deux ou trois heures », a déploré dimanche matin le ministre des Comptes publics Gabriel Attal lors du « Grand Rendez-vous » Europe1/CNews/Les Échos.
Il a jugé « inacceptable qu’il y ait la poursuite de blocages alors même que des accords majoritaires ont été trouvés pour revaloriser les salaires », estimant également qu’il faudrait « plusieurs jours avant que la situation s’améliore suffisamment pour que les Français le ressentent dans leur vie quotidienne » à la suite des réquisitions de personnels grévistes.
La CGT continue de réclamer 10 % d’augmentation
Un accord sur des augmentations salariales a été conclu dans la nuit de jeudi à vendredi avec deux syndicats majoritaires, la CFDT et la CFE-CGC. L’accord prévoit une « enveloppe » globale de hausse des salaires de 7 %, dont 5 % d’augmentation générale plus une part individuelle qui pourra différer selon les personnes. Il prévoit, en outre, une prime d’un mois de salaire avec un plancher de 3 000 euros et un plafond de 6 000 euros.
La CGT continue, elle, à réclamer 10 % correspondant à « l’inflation plus le partage » des bénéfices engrangés par l’entreprise pétrolière, à savoir 5,7 milliards de dollars pour le seul deuxième trimestre (5,8 milliards d’euros). Le syndicat compte poursuivre le mouvement jusqu’à demain, journée de « mobilisation et de grève » interprofessionnelle à laquelle ont aussi appelé FO, Solidaires et la FSU.
Actuellement, les grèves concernent trois raffineries (sur sept) et cinq gros dépôts (sur environ 200), et sont plus ou moins suivies selon les sites, indique le gouvernement. Il s’agit des sites TotalEnergies de Normandie (raffinerie et dépôt), Donges (raffinerie et dépôt), La Mède (bioraffinerie et dépôt), Flandres (dépôt) et Feyzin (dépôt, la raffinerie étant à l’arrêt pour raison technique).
Légère amélioration à la pompe
Au total, 27,3 % des stations-service du pays étaient considérées samedi « en difficulté », c’est-à-dire affectées par la rupture d’au moins un de leurs produits, selon le gouvernement, soit une légère amélioration par rapport à la veille (28,5 %). En région Île-de-France, ce taux était bien plus élevé : 39,9 % et en progression de près de trois points de pourcentage. En Seine-et-Marne, où 84 stations sur 177 déclarent avoir une difficulté sur au moins un carburant, la préfecture fait état d’une « tendance à l’amélioration par rapport au début de semaine » et a pris des « dispositions particulières d’approvisionnement pour les agriculteurs qui sont en période de récolte, notamment de la betterave, mais aussi (pour) permettre de semer l’orge ».
Face à cette « situation exceptionnelle », le gouvernement a pris deux arrêtés prolongeant jusqu’au 15 novembre l’utilisation du gazole et du supercarburant SP95-E10 de « qualité été » au lieu de la « qualité hiver » qui est généralement applicable à partir du 1er novembre dans les stations-service. Objectif : « Pouvoir plus facilement utiliser les stocks de carburants qui auraient été invendus du fait des grèves », a indiqué le ministère de la Transition énergétique.
Katia DOLMADJIAN avec les bureaux de l’AFP


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