Georges Siam. Photo DR
Rien ne prédisposait Georges Siam, qui a occupé par le passé des fonctions diplomatiques, à mener une action contre sa banque pour accroître son quota mensuel de retrait. Les restrictions illégales des banques ont pourtant poussé cet homme tranquille à bout : le 4 octobre, il a agi, à sa manière, avec calme mais fermeté, en observant un sit-in dans la branche d’IBL à Hazmieh jusqu’à obtenir gain de cause.
Pour en arriver là, il aura fallu que la colère monte, des semaines durant. « Ma femme avait demandé à débloquer une certaine somme d’argent afin de rejoindre notre fille à Paris, qui avait un problème de santé et avait besoin de sa mère, raconte-t-il à L’Orient-Le Jour. Elle n’a reçu aucune réponse, c’était humiliant. Puis il y a trois semaines, je me suis moi-même rendu à la banque pour demander à ce que le quota mensuel qui nous est accordé depuis le début de la crise et des restrictions sur les retraits soit augmenté, parce qu’il ne correspond plus du tout à la cherté de vie. Là aussi, silence complet. »
À la veille du jour J, Georges Siam contacte sa banque pour demander des nouvelles et essuie un refus. Le lendemain, le mardi 4 octobre, il se dirige alors en personne vers son agence, bien déterminé à en découdre. « Ce n’était pas une action spontanée, j’avais un plan en tête », raconte-t-il. La tendance, en ville, est aux « braquages » et aux prises d’otages plus ou moins violents, au cours desquels des déposants, à bout de nerfs, demandent à retirer leurs dépôts, parfois sous la menace d’une arme, se rendant souvent après à la police. Georges Siam, lui, avait une idée totalement différente en tête.
« J’ai réitéré ma demande auprès de la direction de la branche, en étayant une nouvelle fois mes arguments, dit-il. On a voulu me proposer une somme mensuelle moindre, je n’ai pas accepté. À midi, après quelques tergiversations, on m’annonce que ça ne marchera pas. C’est là que je leur ai affirmé que je ne quitterai pas la banque sans avoir obtenu gain de cause. »
À partir de ce moment, Georges Siam observe un sit-in sans histoire ni esclandre, mais qui met la banque dans l’embarras. À l’extérieur, une presse à l’affût des actions de déposants dans les banques s’approprie l’histoire, avant de se rendre compte que celle-ci est radicalement différente de celles qui l’ont précédée. Pas d’armes, factices ou non, pas de prise d’otages, pas de photos ni de vidéo… Les Forces de sécurité intérieure sont dépêchées sur les lieux, mais le juge que les agents contactent reconnaît l’homme et leur demande de le laisser en paix, ayant compris ses motivations. La police quitte les lieux.
Vers 18h30, il fait presque nuit. Dans la branche, il n’y a plus que le directeur, son assistante et Georges Siam, qui poursuit son sit-in, impassible. « Je leur ai alors dit que je n’allais pas dormir à la banque, qu’il fallait trancher l’affaire et qu’ils le regretteraient s’ils n’accédaient pas à ma demande. » Jusqu’à aujourd’hui, Georges Siam refuse de divulguer ce qu’il avait en tête lorsqu’il a proféré sa menace, mais quoi qu’il en soit, il n’a pas eu besoin de la mettre à exécution. La banque a fini par plier.
« Beaucoup m’ont blâmé de n’avoir pas profité de la situation pour demander plus d’argent, mais ce n’était pas mon objectif, souligne Georges Siam. Ma requête est restée dans les limites du raisonnable. Et j’ai réussi à faire passer un message aux déposants qu’ils peuvent, par des actions pacifiques et ciblées, faire pression sur les banques. Même s’ils sont mis dehors par la police, ils ne devraient pas résister. Imaginez plusieurs actions de ce type chaque jour. Ni les banques ni la police ne sauraient plus où donner de la tête. »
Georges Siam est conscient que la crise en tant que telle ne peut être résolue que par des actions gouvernementales majeures qui n’ont pas encore été entreprises. Toutefois, selon lui, les banques ont la possibilité de se montrer plus compréhensives avec leurs clients. « Les déposants doivent réagir, mais de manière pacifique et sans demander l’impossible, dit-il. Quand j’étais à l’intérieur de la banque, l’association Le Cri des déposants m’a appelé pour proposer un soutien, j’ai refusé son aide parce que le tapage médiatique n’est pas mon but. Plus tard, je leur ai proposé d’adopter une stratégie d’opposition pacifique. Après tout, c’est comme cela que Gandhi a réussi à libérer l’Inde ! »


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11 h 55, le 12 octobre 2022