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Économie - Dette

Le rapport bénéfices/risque des eurobonds libanais toujours « attractif »

L’État a plus que jamais intérêt à profiter de ce momentum pour racheter sa dette à moindres frais, insiste Camille Abousleiman.

Le rapport bénéfices/risque des eurobonds libanais toujours « attractif »

La place de l’Étoile à Beyrouth où se situe notamment le Parlement. Photo P.H.B.

Publié jeudi soir, le dernier rapport du cabinet de conseil en investissements financiers EMFI (Emerging Finance, basé à Londres) a rebondi sur la récente visite d’une délégation du Fonds monétaire international à Beyrouth pour dresser un constat similaire à celui de l’organisation. Les analystes d’EMFI jugent ainsi que le processus de réformes que les autorités libanaises doivent lancer pour espérer une aide financière n’avance pas, alors que le pays, lui, continuer de s’enfoncer dans une crise toujours plus profonde.

Ils estiment cependant qu’à leur valeur actuelle sur le marché, soit 6,5 à 6,9 cents pour un dollar (c’est-à-dire qu’un investisseurs ne peut récupérer que 6,5 à 6,9 % de leur valeur de base en les revendant à d’autres investisseurs), les eurobonds libanais affichent un « rapport bénéfice/risque attractif », même dans les scénarios les plus pessimistes. Et ce malgré le contexte actuel, comme le fait que le Liban ait fait défaut sur le remboursement de sa dette en dollars en mars 2020.

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Les eurobonds – des obligations régulièrement émises par le Liban depuis la fin des années 1990 pour lui permettre de s’endetter en dollars sur le marché (alors que les bons du Trésor lui permettent de s’endetter en livres) – sont depuis quelques mois les obligations les moins chères du monde parmi les titres de dette souveraine, devant ceux du Venezuela (8,5 cents en moyenne). Ces eurobonds totalisent plus de 30 milliards de dollars en valeur nominale, mais n’en valent actuellement plus que près de 2 milliards sur le marché. Ils sont détenus aux deux tiers par des investisseurs étrangers (selon un rapport publié cette année par Bank of America). La BDL en possède pour un peu plus de 5 milliards de dollars.

Trouver des vendeurs

« À moins de 7 cents, les titres libanais peuvent effectivement sembler alléchants, mais uniquement pour les fonds d’investissement spécialisés dans le rachat de dette décotée (ainsi que les fonds vautours, NDLR) », commente pour L’Orient-Le Jour le directeur du département de recherche de Byblos Bank Nassib Ghobril. Il rappelle que si les prix des eurobonds sont aussi bas, c’est parce que les autorités libanaises n’ont réalisé aucun progrès concret dans le processus de restructuration de la dette depuis plus de deux ans.

« En cas de restructuration, les eurobonds seront réévalués à un niveau qui sera certainement supérieur à 10 cents pour un dollar par titre. Les perspectives sont très incertaines, mais si le processus de réformes et de restructuration de la dette redémarrAIT, même avec du retard, l’investisseur qui parvient à racheter des eurobonds au prix actuel pourrait effectivement faire un bon coup », expose encore Nassib Ghobril. « Cela dit, toute la difficulté pour ces investisseurs est de trouver quelqu’un qui accepterait de vendre à ce prix-là », conclut-il. EMFI considère ainsi que la valeur de recouvrement pourrait osciller de « 12,9 à 30,1 % » en incluant les intérêts dus depuis le défaut.

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Les auteurs du rapport ajoutent que la plus-value réalisée par un investisseur qui rachèterait un eurobond à son prix actuel serait particulièrement juteuse, avec des revenus annuels qui lui permettraient de réaliser une plus-value de 26 à 138 %, en comptant le principal et les intérêts. Dans le pire des scénarios estimé par EMFI, soit un haircut (décote) du principal (le montant de l’eurobond à l’achat) et le fait que l’État ne paye que 14 % de la valeur de ces eurobonds dans deux à quatre ans (en supposant que l’État libanais entreprend les réformes nécessaires), EMFI estime que l’investisseur pourra bénéficier d’un rendement annuel de 15 % en achetant des eurobonds au prix actuel.

Intérêt de dépenser les réserves

Considérant que les projections d’EMFI sont crédibles, l’ancien ministre du Travail et spécialiste du marché des titres de dette Camille Abousleiman maintient que l’intérêt de l’État libanais n’est évidemment pas le même que celui des investisseurs dans cette équation. « Je le répète depuis plusieurs mois : le pays a une opportunité unique de racheter une partie de sa dette extérieure. Le tout à un prix extrêmement bas (moins de 7 % de sa valeur initiale) en incluant les intérêts courus et non payés, vu que les perspectives sont mauvaises aussi bien au niveau national que sur les marchés internationaux où l’appétit des investisseurs est en berne, détaille-t-il. Toute portion rachetée permettra au Liban d’économiser des montants considérables au moment de la restructuration (qui consistera en une opération d’échange des anciens titres contre de nouveaux aux conditions agréées par les parties, NDLR) et lui permettra d’améliorer sa position lors des négociations avec les autres détenteurs. »

Quant à la question de l’intérêt, pour un pays en crise et dont les réserves en devises s’amenuisent de jour en jour, de mettre à peu près un milliard de dollars sur la table pour racheter sa propre dette, l’avocat estime qu’il coule de source. « Pour un montant de loin inférieur de celui dépensé en 2022 pour diverses interventions infructueuses sur le taux de change, le Liban a la possibilité de réduire de façon significative sa dette externe, d’autant plus que les eurobonds sont, en pratique, prioritaires par rapport aux dépôts bancaires dans la hiérarchie des créances, car ils constituent une créance directe de l’État libanais qui est régie par la loi de l’État de New York, ce qui fait peser un risque potentiel sur les actifs de la BDL en cas de prolongement de la situation actuelle », fait-il enfin valoir.


Publié jeudi soir, le dernier rapport du cabinet de conseil en investissements financiers EMFI (Emerging Finance, basé à Londres) a rebondi sur la récente visite d’une délégation du Fonds monétaire international à Beyrouth pour dresser un constat similaire à celui de l’organisation. Les analystes d’EMFI jugent ainsi que le processus de réformes que les autorités libanaises...

commentaires (1)

Je suis parfaitement d'accord avec M.Abousleimane. si l'etat, reussit a les racheter a un prix aussi derisoire , il se degage de tout engagement a leur echeance , moment ou l'eurobon est rembourse a son prix d'emission. Le coupon sera t il compte sur la valeur nominale du bon (C est la regle) ou sur sa valeur de marche (7 cents) ?Le probleme c'est d assurer le financement de ce rachat, les portes du credit international etant hermetiquement fermees.

Antoine Albert Najjar

02 h 53, le 25 septembre 2022

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Commentaires (1)

  • Je suis parfaitement d'accord avec M.Abousleimane. si l'etat, reussit a les racheter a un prix aussi derisoire , il se degage de tout engagement a leur echeance , moment ou l'eurobon est rembourse a son prix d'emission. Le coupon sera t il compte sur la valeur nominale du bon (C est la regle) ou sur sa valeur de marche (7 cents) ?Le probleme c'est d assurer le financement de ce rachat, les portes du credit international etant hermetiquement fermees.

    Antoine Albert Najjar

    02 h 53, le 25 septembre 2022

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