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Moyen-Orient - Focus

Charles III, un ami fidèle pour les monarchies arabes

Charles III, un ami fidèle pour les monarchies arabes

Le prince Charles participe à une danse traditionnelle en Arabie saoudie lors du festival de la culture Janadriya à Riyad, en février 2014. Photo d'archives, Fayez Nureldine/AFP

Devenu roi, le silence devrait s’imposer à Charles III. Tenu de ne pas interférer avec l’exécutif élu, le monarque britannique ne pourra plus suggérer ses opinions politiques comme il a pu le faire par le passé. Sa défunte mère s’était pour sa part gardée d’intervenir durant ses 70 années de règne, assumant pleinement son rôle symbolique de chef de l’État. Si le nouveau roi a promis de respecter la Constitution, il a cependant eu le temps en sa qualité d’héritier de faire entendre son opinion sur certains sujets tels que l’écologie, l’islam ou des dossiers sensibles du Moyen-Orient. Anglican traditionnel, vouant une admiration à la religion de Mahomet ainsi qu’au christianisme orthodoxe, le prince Charles avait notamment partagé à plusieurs reprises sa vision des relations entre les mondes islamique et occidental. Dans sa position officielle, il a également contribué à entretenir de bonnes relations avec les alliés de la couronne au Moyen-Orient, notamment les monarques qui ont gagné leur indépendance face à l’Empire britannique et qui ont su préserver leur régime des bouleversements politiques survenus dans la région.

Admiration de l’islam

Sortant quelque peu de sa réserve, l’héritier de la couronne britannique a depuis longtemps fait connaître sa sympathie pour la cause palestinienne – il ne s’est jamais rendu en Israël en visite officielle – ainsi que son opposition à l’invasion de l’Irak décidée par George W. Bush en 2003. Selon son biographe, Robert Jobson, s’il avait alors été chef de l’État, il aurait mené bataille contre le Premier ministre de l’époque, Tony Blair, pour empêcher Londres de participer à cette aventure désastreuse. Conscient des changements sociétaux en cours, il a fait planer l’idée dans les années 1990 de transformer le titre du monarque britannique de « Défenseur de la foi » (Defender of the Faith) en « Défenseur des fois » (Defender of Faith) pour refléter la diversité religieuse croissante de la Grande-Bretagne. S’il a désormais renoncé à changer cet intitulé, son admiration pour l’islam ne semble pas avoir faibli, lui qui avait commencé à apprendre l’arabe pour mieux comprendre le Coran. Peu après être devenu le mécène du centre d’Oxford pour les études islamiques en juin 1993, il prononçait un discours resté dans les mémoires. « Le besoin de l’Occident et de l’Islam de vivre et de travailler ensemble dans notre monde de plus en plus interdépendant n’a jamais été aussi grand », avait-il déclaré, ajoutant que « ce qui lie nos deux mondes est bien plus puissant que ce qui nous divise ».

Un message qui résonne aujourd’hui d’autant plus que la crise énergétique mondiale, aggravée par la guerre en Ukraine, a remis le Moyen-Orient et ses dirigeants au cœur de la scène géopolitique mondiale. Parmi les chefs d’État venus assister aux funérailles de la reine Elizabeth II hier à Londres, certaines têtes couronnées de la région. Si des bruits avaient couru quant au déplacement du sulfureux prince héritier saoudien, Mohammad ben Salmane, le royaume wahhabite a fait marche arrière pour éviter la polémique entourant son dirigeant de facto, accusé par les services de renseignements américains d’avoir approuvé l’assassinat du journaliste saoudien Jamal Khashoggi dans le consulat de son pays à Istanbul en 2018. Aussi, c’est le ministre d’État, le prince Turki ben Mohammad al-Saoud, qui a représenté l’Arabie saoudite pour cet événement d’envergure planétaire. Fidèle allié de la couronne britannique, le roi de Jordanie, Abdallah II, né d’une mère britannique, a, quant à lui, assisté à la cérémonie funéraire dans l’abbaye de Westminster avant de partir pour New York où se tient cette semaine la première Assemblée générale des Nations Unies en présentiel depuis la pandémie de coronavirus. Signe des bonnes relations avec les monarchies de la région, Mohammad ben Maktoum, l’émir de Dubaï qui a connu des démêlés avec la justice londonienne à la suite de son divorce médiatisé et aux accusations de séquestration de sa fille, s’est pour sa part entretenu avec le nouveau roi hier matin.

Liens privilégiés entre monarchies

En tant que prince héritier, Charles a contribué à maintenir des liens privilégiés avec les anciennes colonies britanniques au Moyen-Orient, notamment les monarchies qui ont résisté aux coups d’État et aux révolutions. En février 2021, le média d’investigation Declassified UK, qui se présente comme indépendant, a recensé plus de 95 réunions entre le prince Charles et les dirigeants de familles régnantes au Moyen-Orient depuis le début des printemps arabes, une décennie plus tôt. C’est ainsi à la demande du ministère britannique des Affaires étrangères que le futur roi s’est rendu à Bahreïn, en Arabie saoudite, au Qatar, en Jordanie, au Koweït et au Maroc, rien qu’en 2011, l’année des soulèvements qui ont balayé la région et fait craindre un effet de contagion aux souverains en place. Dénoncées comme une tentative de blanchiment des autocrates de la région, partisans du statu quo, ces rencontres se sont succédé alors que la répression politique s’est accentuée dans ces pays. Preuve s’il en faut de la primauté accordée à ces partenariats, le déplacement de Charles à Riyad pour présenter ses condoléances au moment du décès du prince héritier saoudien Sultan ben Abdelaziz en octobre 2011. Ministre de la Défense, celui-ci avait déboursé des milliards en contrats d’armements avec Londres. Car au cœur des relations bilatérales se joue aussi l’avenir de l’industrie militaire britannique. Les contrats de défense entre les monarchies de la région et Londres s’élevaient ainsi à plus de 14,5 milliards de livres sterling entre 2011 et 2021, selon le média précité.

Si des bruits de corruption circulaient déjà autour des accords passés entre le prince Sultan et le gouvernement britannique, le quotidien britannique The Sunday Times a révélé cet été que le prince Charles avait, quant à lui, reçu trois millions d’euros en liquide entre 2011 et 2015 de la part de l’ancien Premier ministre qatari cheikh Hamad ben Jassim ben Jaber al-Thani. La commission nationale des œuvres de charité a classé l’affaire sans suite, alors que le bureau du prince héritier a confirmé avoir transmis la somme dans son entièreté à l’une de ses fondations. L’année dernière, le même journal, de tendance conservatrice, avait affirmé que l’homme d’affaires saoudien Mahfouz Marei Mubarak ben Mahfouz, généreux donateur à des œuvres caritatives liées à la monarchie britannique, aurait été décoré par le futur roi en 2016 sur fond de soupçon de trafic d’influence par des intermédiaires gravitant dans son entourage. Des histoires désormais classées, qui ne devraient pas entraver le travail de représentation du nouveau monarque.


Devenu roi, le silence devrait s’imposer à Charles III. Tenu de ne pas interférer avec l’exécutif élu, le monarque britannique ne pourra plus suggérer ses opinions politiques comme il a pu le faire par le passé. Sa défunte mère s’était pour sa part gardée d’intervenir durant ses 70 années de règne, assumant pleinement son rôle symbolique de chef de l’État. Si le nouveau...

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