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Économie - Finances publiques

Le vote sur le budget 2022 suspendu, nouvelle séance le 26 septembre

Le vote sur le budget 2022 suspendu, nouvelle séance le 26 septembre

Le Parlement libanais réuni le 16 septembre à la place de l’Étoile pour discuter du projet de budget de 2022. Hassan Ibrahim/Flickr/Parlement libanais

Sans réelle surprise, et alors que des braquages en série se déroulaient dans plusieurs régions du Liban hier, menés par des déposants excédés par les restrictions bancaires en vigueur depuis le début de la crise il y a trois ans, le vote sur le projet de budget 2022 n’a pas abouti hier au Parlement. À peine deux heures après le début des débats, le président de la Chambre Nabih Berry a ainsi levé la séance faute de quorum et l’a reportée au lundi 26 septembre.

Peu avant la suspension de la séance, le chef du législatif avait estimé qu’il y avait une « tentative » de provoquer un défaut de quorum. Il a exhorté les députés à approuver le budget vendredi, affirmant qu’il devrait sinon suspendre la session pendant « huit ou neuf jours ». S’il a concédé que le budget n’était pas optimal, il a appelé les députés à faire de leur mieux pour l’améliorer.

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Cette séance parlementaire, planifiée sur trois jours, avait déjà mal débuté mercredi, annulée faute de quorum également. Ces deux derniers jours, les députés devaient donc se réunir pour adopter le budget annuel de l’État qui aurait dû être finalisé fin 2021. De plus, son adoption est l’une des réformes exigées par le Fonds monétaire international (FMI) pour débloquer une aide de trois milliards de dollars sur quatre ans et relever ainsi les finances du Liban. Une délégation du FMI arrivera à Beyrouth lundi pour une mission de trois jours afin de « tenter d’accélérer » le processus de mise en œuvre des réformes prioritaires prévues dans l’accord préliminaire signé avec le Liban fin avril.

Tollé sur le dollar douanier

Vers 16 heures hier, le Parlement a donc commencé à voter les articles du budget 2022. Selon le bureau de presse de Nabih Berry, la Chambre a approuvé un triplement des salaires des fonctionnaires, y compris les retraités, les forces de sécurité et les contractuels. Concrètement, cela représente « une enveloppe de 2 490 milliards de livres libanaises par mois », selon une source au sein du Parlement. Un vote qui deviendra finalement le premier et le dernier de la séance, l’évocation suivante du dollar douanier provoquant un tollé dans la salle.

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« Alors que trois taux (12 000, 14 000 et 20 000 livres le dollar) étaient étudiés, le Premier ministre désigné Nagib Mikati a proposé d’adopter un taux de 15 000 livres pour un dollar sur une courte période, et d’octroyer au gouvernement les prérogatives de le modifier par la suite. » Une position qui a alors poussé plusieurs députés à quitter la réunion, et par conséquent à torpiller le quorum. Avant que la séance ne soit levée, les députés n’avaient donc abordé que le deuxième article, celui des dépenses. « Si le gouvernement avait adopté des chiffres corrects et clairs il y a six mois, nous aurions adopté le budget il y a six mois », a précisé le député Ibrahim Kanaan, contacté par L’Orient-Le Jour.

Les réactions des députés

Parmi les députés qui se sont retirés de la séance, l’on retrouve Ghassan Hasbani (Forces libanaises, Beyrouth II), qui a déclaré à la chaîne al-Jadeed qu’il avait quitté la séance parce qu’il ne voulait pas être « un faux témoin ». Il a affirmé que la base et les chiffres du projet sont « chaotiques » et qu’« aucun budget n’est meilleur que le budget actuel ». Après la suspension, le député Georges Adwan (FL, Chouf) a déclaré que son parti avait provoqué la perte du quorum. « À la dernière minute, des modifications et des augmentations ont été apportées aux chiffres du budget. Nous avons discuté du document sans clôturer les comptes, ce qui est inacceptable », a-t-il poursuivi. « Nous sommes prêts à rester au Parlement et à dormir ici jusqu’à ce qu’un bon budget avec de bons chiffres soit approuvé, mais la méthode de travail actuelle ne respecte pas la loi. »

Pour sa part, le député Ali Hassan Khalil (Amal, Sud III) a fait savoir qu’il considérait le fait de se retirer de la séance comme un « droit démocratique », mais a ajouté que les citoyens libanais sont les seuls à être lésés par l’absence de budget. Le vice-président du Parlement, Élias Bou Saab, a lui aussi commenté les discussions enflammées au sein de l’hémicycle. « Ce n’est pas ainsi que l’on discute d’un budget, a-t-il indiqué après la suspension de la séance. Ceux qui ont créé le chaos doivent savoir que cela n’a profité à personne. » Il a ajouté qu’il n’aurait peut-être pas voté en faveur du projet de budget, mais qu’il était ouvert à la discussion, concluant qu’« il y a des demandes légitimes, mais nous n’arriverons à rien de cette façon ».

Le ministre sortant des Finances Youssef Khalil a lui soutenu que le budget 2022 tente d’imiter celui des pays plus développés en donnant la priorité à la santé et à l’approvisionnement alimentaire. « La différence est que les ressources du gouvernement libanais sont limitées », a-t-il commenté. Enfin, dans une déclaration prononcée pendant la session, le Premier ministre a déclaré que le Parlement devait « faire primer l’intérêt national sur le populisme ». « Nous ne devons pas rester dans un état de déni », a ajouté Nagib Mikati, qui s’est longuement exprimé sur les différents volets de ce dossier.

« Au cours des dernières années, les dépenses représentaient 17 milliards de dollars. Cette année, elles s’élèvent à un milliard de dollars et nous nous efforçons également d’équilibrer les dépenses et les recettes », a notamment déclaré le Premier ministre. « Il nous a été posé beaucoup de questions sur l’état des infrastructures routières », a-t-il dit encore, ajoutant que le Liban avait besoin « d’environ 3 700 milliards de livres libanaises pour l’entretien des routes, soit 100 millions de dollars ». Or, dans le budget, l’enveloppe allouée à ce poste n’est que de 250 milliards de livres, soit environ 6 millions de dollars, a encore noté le chef de l’exécutif.

Nagib Mikati a de plus prévenu que l’absence d’accord sur le budget condamnait le pays à continuer de fonctionner selon la règle du douzième provisoire (ou du moins selon l’interprétation très extensive que les autorités en font depuis des années). Ce qui, en pratique, signifie que les dépenses et les recettes seront toujours calculées en fonction d’un taux de change de 1 507,5 livres pour un dollar, a encore rappelé le Premier ministre.

Il a aussi indiqué que le ministère des Finances avait commencé à préparer l’avant-projet de budget pour 2023, tout en assurant qu’il n’y avait pas encore de retard par rapport aux délais constitutionnels.


Sans réelle surprise, et alors que des braquages en série se déroulaient dans plusieurs régions du Liban hier, menés par des déposants excédés par les restrictions bancaires en vigueur depuis le début de la crise il y a trois ans, le vote sur le projet de budget 2022 n’a pas abouti hier au Parlement. À peine deux heures après le début des débats, le président de la Chambre Nabih...
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