Une ligne à très haute tension à Arêches-Beaufort, en France, le 8 septembre 2022. Jeff Pachoud/AFP
Les ministres européens de l’Énergie tentaient hier de s’accorder sur des mesures d’urgence pour enrayer l’envolée des prix du gaz et de l’électricité provoquée par l’offensive russe en Ukraine. Sous pression, la Commission européenne a soumis aux 27 États membres plusieurs pistes de mécanisme avec l’espoir d’aboutir la semaine prochaine à un texte suffisamment consensuel pour être rapidement approuvé.
Le défi est de dégager un consensus entre des pays aux mix énergétiques très variés. Au cœur des débats : les dysfonctionnements du marché européen de l’électricité, où le prix de gros est indexé sur le prix de revient de la dernière centrale mobilisée pour répondre à la demande – souvent une centrale au gaz. Si l’idée de confisquer les superprofits du nucléaire et des renouvelables pour les redistribuer est d’emblée bien accueillie, tout comme un possible objectif pour réduire la consommation d’électricité, les pays membres de l’UE sont en revanche très divisés sur un plafonnement des prix du gaz russe.
Dans l’immédiat, « il s’agit de définir un mandat pour la Commission, de s’accorder sur une série d’objectifs, un calendrier », a précisé la ministre française de la Transition énergétique Agnès Pannier-Runacher. « Il faut être honnête avec les consommateurs : on ne pourra pas amortir complètement le choc énergétique, mais il faut en atténuer une partie », a averti le ministre irlandais Eamon Ryan.
Redistribuer les « superprofits »
La Commission propose de plafonner les revenus des opérateurs du nucléaire et d’énergies renouvelables (éolien, solaire, biomasse, hydroélectrique) qui vendent leur électricité à un prix très au-dessus de leurs coûts de production. Les États pourraient prélever la différence entre ce plafond et le prix du marché pour redistribuer ces « superprofits » aux ménages et entreprises vulnérables. Stockholm, Helsinki et Copenhague défendent « des ajustements temporaires (...) pour minimiser l’impact des prix élevés du gaz », tandis que Berlin et Paris, sous pression politique pour taxer les « superprofits », réclamaient un « mécanisme de contribution ». Rare voix dissonante, le ministre lituanien de l’Énergie Dainius Kreivys s’inquiète d’une mesure « compromettant l’avenir et fragilisant la libre-concurrence », avec une redistribution aléatoire selon les pays. Parallèlement, la Commission veut réclamer « une contribution temporaire de solidarité » aux producteurs et distributeurs de gaz, charbon et pétrole, favorisés par l’envolée des cours mondiaux.
Limiter la consommation
Après l’accord des 27 fin juillet pour sabrer leur consommation de gaz, la Commission propose également de fixer « des objectifs contraignants » pour réduire la demande d’électricité, avec une baisse « d’au moins 10 % de la consommation mensuelle nette » et de 5 % aux heures de pointe. Là encore, la proposition est largement saluée. Un diplomate note la même « grande convergence de vue » concernant le soutien aux fournisseurs d’électricité à court de liquidités, via des aides publiques accrues et des mécanismes antispéculation.
En revanche, nombre de pays ont accueilli fraîchement l’idée de plafonner le prix des livraisons russes de gaz, proposée par Bruxelles pour restreindre encore les revenus du Kremlin. Son impact sur le marché suscite le scepticisme de certaines capitales, alors que le gaz russe ne représente plus que 9 % des importations européennes, contre 40 % avant la guerre. Le secrétaire d’État américain Antony Blinken a appelé hier à accélérer encore cette diversification, « une opportunité formidable (pour l’UE) de se débarrasser une fois pour toutes de la dépendance à la Russie ».
Mais certains pays comme la Hongrie, très dépendante de Moscou sur l’énergie, redoutent des conséquences économiques désastreuses. L’Italie, la Grèce, la Slovénie ou encore la Belgique préconisent, elles, un plafonnement complet des prix du gaz acheté par l’UE, quelle qu’en soit l’origine, y compris pour le gaz naturel liquéfié (GNL) acheminé par bateau.
Julien GIRAULT/AFP


Poutine estime que le conflit en Iran a détourné l'attention de Washington de l'Ukraine
"... Les Européens tentent de s’accorder sur des mesures d’urgence ..." - Salut les européens! Si jamais, nous avons un expert qu'on pourrait vous prêter en consulting. Il est fabuleux. C'est gratuit, mais il y a une seule condition: il faut le garder au moins 50 ans...
11 h 52, le 10 septembre 2022