La cellule ministérielle chargée du rapatriement des réfugiés syriens s’est réunie hier au Grand Sérail, sous la houlette du Premier ministre désigné Nagib Mikati. Photo Dalati et Nohra
Le plan de rapatriement de réfugiés syriens annoncé tambour battant il y a quelques semaines, sous l’impulsion de Baabda, semble mal parti. Un ministre proche du camp aouniste admet d’ores et déjà à demi-mot la difficulté de mettre ce plan en œuvre en l’absence de l’aval de la communauté internationale. Parallèlement, un bras de fer politicien se joue autour de ce plan entre des partenaires pourtant alliés mais qui cherchent, chacun de son côté, à marquer des points auprès de l’opinion publique, sans se préoccuper véritablement de la faisabilité d’un tel projet. Réunie hier au Grand Sérail, la cellule ministérielle en charge du dossier des réfugiés syriens est revenue sur son plan de rapatriement de 15 000 personnes par mois, tout en appelant le Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR) à un dialogue à ce sujet, à l’heure où l’organisme onusien, lui, continue de s’opposer fermement à ce plan. Le HCR estime que les conditions nécessaires pour un départ du Liban des réfugiés syriens ne sont toujours pas réunies, dans un communiqué publié à la suite de l’annonce de ce plan.
À l’issue de la réunion au Grand Sérail, le ministre sortant des Affaires sociales, Hector Hajjar, a affirmé que le dossier des réfugiés syriens relevait de ses prérogatives, alors qu’une vive polémique l’a opposé il y a trois jours à son homologue du ministère des Déplacés, Issam Charafeddine, qui a effectué une visite à Damas lundi pour suivre ce dossier. M. Hajjar a également reconnu que le Liban ne pouvait prendre de « mesures unilatérales » pour mettre en œuvre le retour des réfugiés syriens, reconnaissant ainsi l’impossibilité d’appliquer un plan de rapatriement des réfugiés sans l’approbation de la communauté internationale. « Nous ne pouvons pas travailler seuls », a lancé Hector Hajjar. « Le sujet relève des ministères libanais et de l’État syrien ainsi que de la communauté internationale et du HCR. Voilà pourquoi nous ne pouvons pas prendre de mesures unilatérales », a-t-il dit. « Les organisations internationales peuvent penser ce qu’elles veulent, mais le dialogue doit se poursuivre », a ajouté le ministre.
Il a ensuite affirmé que, selon les données des autorités libanaises, « le nombre total de réfugiés syriens au Liban est supérieur à un million et demi ». Le ministre n’a pas répondu aux sollicitations de L’Orient-Le Jour. S’il tente aujourd’hui de rétablir le dialogue avec le HCR, Hector Hajjar avait critiqué la semaine dernière le refus de l’organisme onusien de coopérer. « Nous avons étudié plusieurs propositions et nous allons mettre plusieurs procédures en place. Nous allons également nous réunir avec le HCR pour attirer son attention sur certains détails relatifs à la loi libanaise et à la coopération. Nous avons l’impression dernièrement qu’il n’y a pas assez de coopération, sachant que nous sommes le pays d’accueil et les premiers concernés par cette affaire », avait lancé le ministre lors d’une réunion de la cellule ministérielle il y a une semaine.
« Show off » à la fin du mandat Aoun
Revenant sur le litige qui l’oppose au ministre des Déplacés, un proche de Talal Arslane, Hector Hajjar, qui fait partie du camp présidentiel, a par ailleurs affirmé que « la polémique a éclaté alors qu’on clarifiait certains points essentiels au sujet des prérogatives et de l’approche globale nécessaire à cette question ». « Il a été confirmé que c’est le ministère des Affaires sociales qui est en charge du suivi de ce dossier, en coordination avec le ministère des Affaires étrangères. Les choses sont sur le bon chemin », a assuré Hector Hajjar.
Issam Charafeddine, lui, n’a pas assisté à la réunion tenue hier au Grand Sérail. Sollicité par L’OLJ, il n’était pas non plus disponible pour un entretien. Très attaché au dossier du rapatriement des réfugiés syriens qu’il considère comme faisant partie de ses prérogatives, M. Charafeddine s’était rendu lundi en Syrie où il a rencontré le ministre syrien de l’Administration locale et de l’Environnement, Hussein Makhlouf, chargé par Damas du suivi de ce dossier. « La Syrie est prête à accueillir tous ceux qui souhaitent rentrer et s’engage à leur offrir les services nécessaires, ainsi que l’aide médicale et l’éducation », avait déclaré M. Charafeddine. Le ministre syrien, lui, avait affirmé que les portes de la Syrie sont « ouvertes pour un retour » des réfugiés.
Sauf que, pour l’instant, Damas ne semble pas prêt à accélérer ce retour, constate Ziyad el-Sayegh, directeur exécutif du Civic Influence Hub et spécialiste de la question des réfugiés. « Il est clair que le régime syrien ne veut pas vraiment que ces réfugiés rentrent au pays », confie-t-il à L’OLJ. « Prenons le cas des réfugiés issus des régions de Qalamoun, Zabadani et Qousseir (situées dans l’ouest de la Syrie) qui sont aujourd’hui sous le contrôle du Hezbollah. Le régime a-t-il l’intention de rapatrier les habitants de ces localités ? Ces régions sont désormais une plaque tournante de la contrebande et un changement démographique est en train de s’y opérer », dénonce-t-il.
Du côté des autorités libanaises, Ziyad el-Sayegh estime qu’« il n’y a pas vraiment de plan de rapatriement digne de ce nom ». « Le projet présenté est tout simplement un acharnement thérapeutique populiste. Le président de la République Michel Aoun essaie de marquer des points avec ce dossier, pour dire qu’il a effectué une avancée. Il s’agit d’une opération de “show off” à la fin du mandat Aoun », accuse le spécialiste. Il appelle par ailleurs les autorités à coopérer avec le HCR. « Je ne comprends pas pourquoi ils se mettent le HCR sur le dos. Cet organisme est responsable du dossier des réfugiés syriens auprès de la communauté internationale. Il faut donc que le gouvernement établisse un protocole de coopération avec lui », indique-t-il.
Un incendie dans un campement de réfugiés syriens à Ersal, à la frontière libano-syrienne, hier. Photo envoyée par Sarah Abdallah
Quatorze tentes brûlées dans un camp de réfugiés de Ersal : pas de victime
Quatorze tentes de réfugiés syriens ont été détruites hier dans un incendie dans un campement situé dans le village de Ersal, dans la Békaa, et frontalier de la Syrie, qui n’a pas fait de victime. Ce village accueille un nombre record de réfugiés syriens, qui vivent dans leur majorité dans des sites informels.
Les quatorze abris de fortune ont été entièrement brûlés, selon notre correspondante dans la Békaa, Sarah Abdallah. Le feu a par la suite été maîtrisé par la Défense civile. Plus tôt dans la journée, une épaisse fumée noire avait recouvert ce campement composé de dizaines de tentes, selon une image du sinistre. Plusieurs témoignages avaient fait état d’une forte détonation avant le déclenchement de l’incendie, sans que l’origine de ce bruit ne soit identifiée à ce stade. La piste de l’explosion d’une bonbonne de gaz est envisagée.
Plusieurs incendies ont déjà détruit des campements de réfugiés syriens où les conditions de vie et de sécurité sont lamentables. Certains feux ont fait des victimes.




Il faut absolument mettre un terme au différend entre le ministre des Déplacés et le ministre des Affaires sociales,membres d'un même gouvernement,au sujet des prérogatives.Pour cela, il faut définir clairement le mot "déplacés".Si ce mot englobe les réfugiés syriens, alors ce dossier relève logiquement des prérogatives des deux ministres!
23 h 06, le 14 septembre 2022