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Culture - Rencontre

Pour Badih Abou Chacra, le théâtre est un nouveau souffle de vie

Il interprète sur les planches du Monnot les 9 et 10 août « Confessions de Beethoven », une performance théâtrale et musicale d’une heure écrite par Alexandre Najjar. Conversation avec un acteur habité.

Pour Badih Abou Chacra, le théâtre est un nouveau souffle de vie

Badih Abou Chacra. Le théâtre est sa manière de respirer. Photo DR

À la fois hakawati et comédien, cet acteur qui tâte de la télévision et du cinéma revient à son terrain de jeux, le théâtre, d’où il est issu pour cette performance intitulée Confessions de Beethoven. Il interprète, sur la musique du pianiste Nicolas Chevereau, des lectures de Beethoven écrites par Alexandre Najjar et traduites en arabe par le poète Henri Zogheib. Une performance hybride présentée sur la scène du Monnot les 9 et 10 août et où le comédien ne personnifie pas le musicien mais le raconte et le transmet au public.

En symbiose avec Alexandre Najjar

Diplômé des beaux-arts de l’Université libanaise, il avait voyagé à New York, Toronto et Boston pour étudier, effectuer des ateliers et élaborer sa formation d’acteur. Mais Badih Abou Chacra ne s’est pas arrêté là. De retour au Liban, il achève son master en préparation d’acteur à l’Université libanaise. Acteur multiple, pour lui, le comédien n’a pas une place spécifique qui le caractérise ou le définit.

Il a sa propre interprétation qui est son identité basée sur une formation académique. C’est dans une méthodologie bien structurée qu’il peut retrouver une liberté de penser et d’interpréter. « Je ne sous-estime pas la télévision ou le cinéma, dit-il, puisque j’en fais souvent, mais il est certain que ce sont deux genres qui tendent plus vers le showbiz que vers la discipline artistique. De plus, le théâtre représente à mes yeux une aire de liberté, d’expérimentation et d’audace, alors qu’à la télé, ce champ est limité. Cette dernière essaye de cibler autant de publics différents, alors que le but premier du théâtre n’est pas uniquement de plaire au public. »

Sur la scène du Monnot, le comédien ne personnifie pas le musicien, mais le raconte au public. Photo DR

Badih Abou Chacra se prépare d’ailleurs différemment pour jouer son rôle au petit écran et sur les planches. « Sur scène, je dois épouser tous les éléments : le décor, la musique, l’interprétation des autres comédiens et le texte de l’auteur. » Il se fait ainsi une sorte de symbiose comme si c’était une orchestration symphonique, alors qu’à la télé, l’acteur prépare son rôle différemment, isolé de tous ces éléments qui viennent se surajouter par la suite. Si le comédien plonge dans ses strates de passé, d’expériences, d’imprévus, afin de les mélanger avec le texte pour en ressortir avec des émotions nouvelles, il dit n’en avoir pas besoin pour les séries télévisées qui ne nécessitent pas une complexité mais bien une réalité accessible à tous. « C’est simplement une méthode et une pratique différentes. »

« Je ne suis pas Beethoven sur scène »

Pour les Confessions de Beethoven, le comédien travaille avec l’écrivain Alexandre Najjar et enclenche un dialogue constant dans ce processus théâtral. « Ce n’est pas la première fois que je travaille avec cet auteur. Nous avons fait d’autres lectures sur scène et j’ai joué dans Corona Days écrite par lui. J’aime sa vision, et son écriture peut être mise sous forme théâtrale. Il lui importe peu que le travail soit énorme ou trop diffusé, tout ce qui compte pour lui, c’est d’appliquer ce qu’il ressent et de le partager. » Et de poursuivre : « Dans ces lectures de Beethoven, ce n’est pas tant le personnage du compositeur qui est le sujet central que ce qui se trouve derrière cet immense musicien et à l’origine de ses compositions. Le public pourrait comprendre combien cette créativité a affecté sa vie négativement et positivement. Et ainsi la vérité apparaît parfois surprenante. Une autre raison pour laquelle j’aime travailler avec Alexandre Najjar, poursuit le comédien, c’est que, malgré toutes ses recherches et ses connaissances, il fait une entière confiance à l’acteur et lui demande de mettre tout ce qu’il a sur la table afin de trimer par la suite. Ce qui donne une entière liberté à l’acteur. »

Pour mémoire

Comme un électron libre

Pour Badih Abou Chacra, le metteur en scène attend que les acteurs lui donnent tout ce qu’ils ont pour former le puzzle. Un acteur qui a des bases académiques est une passerelle vers le public. Ce n’est pas simplement un « réciteur » de texte, mais quelqu’un qui veut faire parvenir un sens à travers le texte. « Dans le théâtre, dit-il encore, c’est la préparation qui est la plus intéressante. Parfois, certaines pièces ne communiquent pas avec le public, mais leur démarche est enrichissante. » Ainsi, dans ces lectures, le comédien ne personnifie pas Beethoven mais transmet sa personnalité. « Je ne suis pas Beethoven sur scène ; peut-être que le public le verra autrement, mais si je voulais l’être, j’aurais créé le caractère de A à Z. Je dois rapprocher Beethoven des spectateurs. »

Badih Abou Chacra bosse, expérimente, se nourrit de chaque expérience. Les pièces qu’il apprécie sont celles qui se préparent avec des improvisations, comme le « Multicultural Theater au Canada où il n’y a pas de texte à la base, mais où la pièce se construit à travers les improvisations. Comme la pièce de Wajdi Abou Matar, The Last Fifteen Seconds, qui se joue depuis 12 ans, nous faisons encore une tournée au Caire à Tunis et au Maroc ». Pour l’acteur, les pièces évoluent et mûrissent au gré des années et des publics. « Si elles restent les mêmes, cela veut dire qu’elles sont trop techniques. »

Le comédien respire le théâtre. C’est son souffle de vie. « Après le 4 août, la respiration n’a pas été interrompue, mais elle n’existe plus, dit-il avec amertume. Elle n’est plus un langage de vie, mais de survie. Nous avons besoin de respirer la vie, de produire, d’être créatifs. Le théâtre permet ce cri de révolte. C’est d’ailleurs pourquoi il est combattu. » « Contre ceux qui veulent nous faire taire et nous empêchent de penser en nous créant des problèmes quotidiens, nous brandissons l’arme du théâtre, celle qui redonne un souffle nouveau », conclut-il.

« Confessions de Beethoven » au théâtre Monnot les 9 et 10 août.


À la fois hakawati et comédien, cet acteur qui tâte de la télévision et du cinéma revient à son terrain de jeux, le théâtre, d’où il est issu pour cette performance intitulée Confessions de Beethoven. Il interprète, sur la musique du pianiste Nicolas Chevereau, des lectures de Beethoven écrites par Alexandre Najjar et traduites en arabe par le poète Henri Zogheib. Une performance...

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