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Culture

Comme un électron libre

Portrait

Il a certes du talent, mais avant tout une philosophie de vie. L'acteur libanais Badih Abou Chacra croit dans le pouvoir du peuple. Son pays est son combat, celui qu'il mène sur les planches ou dans l'œil d'une caméra.

Danny MALLAT | OLJ
22/06/2017

Badih Abou Chakra est né et a grandi dans le village de Amatour. L'aîné d'une fratrie de trois, il vit son enfance et son adolescence à l'ombre bienveillante des oliviers d'un village où l'on prend le temps de vivre. C'est au sein d'une grande famille, dans une maison aux parois habillées de livres, entouré de parents professeurs de littérature et d'histoire qu'il se construit : « Les amis de mes parents, poètes, artistes et écrivains ont jalonné mon enfance, et l'art et la culture sont entrés très tôt dans ma vie par la bonne porte, celle de la sensibilité et non celle de la notoriété et des médias. » Et d'avouer : « J'étais loin de me douter que je rejoindrais un jour cette sphère. Pour nous, l'art était destiné à une élite, celle qui prenait l'avion sans consulter son compte en banque, ou rejoignait les universités prestigieuses, forte du soutien financier des parents. Nous étions les enfants d'une école de village et nos rêves n'avaient pour horizon que les plaines et les vallées verdoyantes du Chouf. »

À l'heure où l'on n'enseigne plus la sagesse...
À l'âge de 17 ans, quand il rejoint la capitale, c'est pour confronter la guerre et son chaos. 1988 : la métropole sent le soufre, les partis politiques prolifèrent, les appartenances religieuses se déchirent. « Et moi, dit-il, je n'existais que par mes lectures et mes connaissances du monde. Je n'adhérais à aucune faction. Seule la liberté de penser m'animait. » À Beyrouth où il poursuit ses études scolaires, il rate ses classes et décide d'interrompre ses études secondaires. Il présente son bac en auditeur libre et l'obtient ! « Je considère que les écoles et les universités d'aujourd'hui vous enseignent le moyen de décrocher un emploi et de gagner votre vie. Ils oublient l'essentiel, la recherche de la sagesse », souligne l'acteur.

La scène de la vie
En 1998, après avoir obtenu son diplôme de l'Université libanaise de Beyrouth avec un baccalauréat spécialisé en interprétation, la télé devient son premier terrain de jeu. Il multiplie les séries avec Marwan Najjar mais réalise que ses horizons restent fermés. Il décroche alors une bourse pour l' « Actors Studio » aux États-Unis et y débarque un 11 septembre ! Une date fatidique où les espoirs de Badih Abou Chacra se figent avec la vie des Américains. Mais il ne baisse pas les bras. Déterminé, il choisit de rester, décroche un emploi dans un restaurant libanais, s'attelle à faire des ateliers, pour finalement rejoindre le Canada qu'il avoue être une véritable terre d'accueil. « Le Canada est une nation, les États-Unis une entreprise ». Après avoir fondé une famille, il prend conscience de son appartenance, à 40 ans passés. Et sent l'appel du pays. « Le Liban est en voie de développement et je veux faire partie de cette aventure. »
Actuellement, Badih Abou Chacra est au haut de l'affiche. Tant au théâtre qu'au cinéma. Il multiplie les rôles. Après Vénus à la fourrure ou Yalla 3a'belkon Chabab, ou encore Nuts, on l'a vu en danseur émérite et habité dans l'émission « Dancing with the Stars ». On le verra encore cet été en récitant pour Jordi Savall et dans la pièce de Roméo Lahoud Bint el-jabal. Pour lui, l'existence du théâtre est une réforme en soi. Il doit être spontané, porteur d'émotions vraies et d'idées suggérées pour que celles-ci puissent être transmises auprès d'un public qui les prendra... ou pas. La douleur ou la joie dans le théâtre, celles qui vont droit au cœur, se doivent d'être les seules armes.
Le plus important est d'agir. C'est ce que fait Badih Abou Chacra. Du théâtre. Du cinéma. De la télé. De la danse et surtout de la résistance. Ne dit-on pas en anglais, et à bon escient, « To act » ?

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