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Moyen-Orient - Syrie

Le régime resserre son étau sur la population à Deraa

Des manifestations ont éclaté dans ce gouvernorat du Sud syrien, où des secteurs échappent encore au contrôle effectif de Damas, pour protester contre des bombardements lancés par le pouvoir ces derniers jours.

Le régime resserre son étau sur la population à Deraa

Le quartier historique de Deraa el-Balad (dans la ville éponyme du Sud syrien) qui avait été assiégé et bombardé quotidiennement pendant près d’un mois par le régime de Damas il y a près d’un an. Photo AFP prise le 12 septembre 2021

« Nous ne battrons pas en retraite, nous ne battrons pas en retraite. » Après plus de onze années de torture, d’assassinats, d’enlèvements et d’arrestations par le régime Assad, la résistance populaire dans la région de Deraa ne faiblit pas, quel qu’en soit le prix… Le 27 juillet dernier, des dizaines d’habitants sont descendus dans les rues de la petite ville de Tafas, située dans le gouvernorat de Deraa, berceau du soulèvement de 2011, pour manifester leur colère après que les forces loyalistes ont bombardé la localité. Le bilan s’élevait à au moins un mort et quatre blessés, tandis que des bombes tombaient encore jusqu’à ce lundi soir dans les zones agricoles environnantes.

La séquence de violences est intervenue après que le régime syrien a exigé, le 24 juillet dernier, qu’on lui remette des personnes recherchées pour arrestation sur la base d’une liste présentée à un comité de résidents locaux. Alors que ces derniers ont refusé d’accéder à cette demande, ils se sont vus imposer un délai de 48h, suite auquel ils ont réitéré leur réponse. « Deux jours plus tard, les habitants ont été surpris par la proximité des forces du régime et leur stationnement dans les vergers et les fermes entourant la ville », confie Moaed Alzoabi, un activiste de Tafas.

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Alors que le pouvoir n’est pas parvenu à contrôler efficacement certains secteurs de la région au cours des années passées, des forces actives échappent toujours au contrôle des autorités de Damas, qui ne cessent en représailles de terrifier la population. Depuis quelques jours, la crainte d’une campagne militaire d’envergure est sur toutes les lèvres. Encerclés, les 45 000 civils résidant à Tafas ont constaté l’apport de renforts militaires par le régime dans les villes et villages situés autour, faisant peser le risque que la localité soit prise d’assaut.

Mettre au pas Deraa

« Les gens ont peur, les déplacements sont limités vers des zones plus sûres de la ville, loin des lignes de front, voire vers d’autres villages plus sûrs », rapporte Moaed Alzoabi. Pour faire plier les habitants, le régime ressort une carte brandie à plusieurs reprises par le passé : l’occupation de leurs champs et la privation de leurs moyens de subsistance. Une manière, également, de les forcer à payer de grosses sommes d’argent afin qu’ils puissent récupérer leurs récoltes, poursuit l’activiste. « Les habitants font généralement des provisions pendant l’été mais, en cas de siège, l’on vivra une catastrophe humanitaire en moins d’une semaine, surtout si le régime arrête de faire entrer de la farine », note de son côté Amjad Assaf, un journaliste syrien originaire de Deraa.

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Théâtre d’affrontements récurrents entre les forces régulières et des éléments armés locaux qui avaient refusé de conclure un accord avec le pouvoir lors de sa mainmise sur le Sud syrien à la mi-2018, Tafas est dans le viseur des autorités qui cherchent à mettre au pas la province de Deraa en imposant leur contrôle effectif dans tout le gouvernorat. Depuis quatre ans, la région, secouée par des attaques commises contre les forces gouvernementales en représailles à des arrestations et assassinats d’habitants par le régime de Damas, survit dans un équilibre fragile. Reconquise en partie par les forces loyalistes au terme de mois d’affrontements avec les rebelles, la province de Deraa jouissait depuis lors d’un statut spécial. En vertu d’un accord négocié par Moscou, les rebelles ont été autorisés à rester dans la région et à conserver leurs armes légères, tandis que les zones sous leur contrôle ont été placées sous l’autorité nominale du gouvernement syrien. L’armée régulière, les Russes et les Iraniens n’avaient, en revanche, pas été autorisés à contrôler certaines parties, comme la ville de Tafas et le vieux centre de Deraa el-Balad.Il y a près d’un un an, les habitants de ce quartier historique du sud de la ville éponyme étaient bombardés quotidiennement pendant près d’un mois et assiégés par les forces gouvernementales et leur allié iranien. Dorénavant, les habitants de Tafas craignent à leur tour ce scénario. « La population vit en permanence dans un état de terreur, de peur et d’anxiété, raconte Amjad Assaf. Les habitants de la ville craignent le ciblage des quartiers résidentiels ainsi que le manque de produits de base si les opérations militaires se poursuivaient. »

D’autant que d’intenses affrontements ont également éclaté au cours de la semaine dernière dans la province voisine de Soueida, à majorité druze, alors que la tension montait depuis lundi suite à l’enlèvement de deux proches des groupes d’opposition locaux. Dix loyalistes et sept combattants de l’opposition ont été tués le lendemain, selon l’OSDH. Les combats ont cessé mercredi lorsqu’une milice druze locale a affronté une faction pro-Damas, prenant d’assaut son quartier général et arrêtant et tuant des membres qui s’y trouvaient.

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Si cette région était parvenue à rester à l’écart du soulèvement syrien, de nombreux incidents imputés à des gangs armés soupçonnés d’agir pour le compte du pouvoir ont largement détérioré les conditions sécuritaires depuis 2018 et alimenté la colère de la population. L’aggravation de la situation économique a en outre accentué la pression, alors que des manifestations avaient éclaté en février dernier suite à la décision du gouvernement de supprimer plus d’un demi-million de cartes d’approvisionnement permettant de se procurer des denrées alimentaires et du carburant subventionnés par l’État.


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