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Lifestyle - Exposition

L’architecte Robert Saliba met en scène 24 bâtiments à valeur patrimoniale

De la maison sur cour au « Bay Window », emblème de l’architecture résidentielle du mandat, en passant par la maison beyrouthine à trois arcades et l’immeuble de rapport, l’évolution de l’architecture résidentielle entre 1840 et 1940 s’expose à Gemmayzé, jusqu’au 16 août.

L’architecte Robert Saliba met en scène 24 bâtiments à valeur patrimoniale

Situé à Gemmayzé, rue Gouraud, le cluster Gholam est un ensemble qui comprend cinq bâtiments datant de l’époque ottomane et de la période du mandat français. Photo DR

L’exposition « Beyrouth architectures résidentielles aux sources de la modernité, 1840-1940 », qui se tient sur un terrain vague en face des escaliers de Gemmayzé, présente tout ce qu’il faut savoir sur les maisons beyrouthines et l’évolution de leur conception de 1860 à 1940. Des relevés architecturaux, des plans, des esquisses et des perspectives de 24 bâtiments et des dessins de façades exécutés à la main en 1994 et 1995 par les étudiants en architecture de Robert Saliba à l’Université américaine de Beyrouth (AUB) dressent un panorama des différents types de bâtiments résidentiels et les innovations dans le domaine des matériaux et des procédés de construction. Pilotée par Beirut Heritage Initiative, elle est tirée du livre de Robert Saliba Beyrouth architectures : aux sources de la modernité, 1920-1940. L’ouvrage, qui renferme des études détaillées sur 35 bâtiments patrimoniaux, retrace « les débuts de l’occidentalisation de l’architecture domestique de Beyrouth entre la fin du XIXe et la fin de la Seconde Guerre mondiale qui voit l’émergence de la maison dite « maison beyrouthine » et son évolution en immeuble urbain de rapport », explique l’auteur, avant de préciser que dans le cadre de ce projet, lui et ses étudiants avaient répertorié en 1994, 735 bâtiments à valeur patrimoniale, dans 22 secteurs périphériques du centre-ville. Selon lui, « 20 à 30 % de ces bâtiments ont été démolis ou dévastés par la double explosion du 4 août 2020 ». Par ailleurs, il signale que l’accrochage qui se déroule à Gemmayzé est dédié à la « mémoire de l’ancien président de l’ordre des ingénieurs et architectes, Assem Salam (décédé en 2012), qui m’a encouragé à mener à terme mon ouvrage et à le publier ».

Les façades détruites de la rue Pasteur. Photo DR

Le hall central, une structure constante jusqu’en 1930

Au fil de la visite, se dévoilent les principaux styles architecturaux ainsi que les édifices les plus marquants, situés à Zokak el-Blatt, rue du patriarcat, Mousseitbé, Bachoura, Ras el-Nabeh, Gemmayzé, rue d’Arménie (Mar Mikhaël), Aïn Mreissé et Manara (Ras Beyrouth), qui constituaient les zones rurales avant 1860. En effet, Beyrouth à la fin du XVIIIe siècle n’est encore qu’une bourgade retranchée dans ses murailles. Dès les années 1850, la ville dépasse ses remparts. La campagne environnante s’organise en quartiers qui gravitent autour du noyau historique, Bayrout al-Kadima, siège du pouvoir économique, et dont le port sera réaménagé en 1890-1894.

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La prospérité de la ville et l’essor de son commerce attirent de nouveaux venus. La ville s’étend vers Gemmayzé, Mar Mikhaël et Mina el-Hosn. Là s’implantent des maisons ottomanes à trois arcades et hall central, remplaçant la ferme agricole dite « maison sur cour », une structure à un étage composée d’une succession de pièces formant un rectangle, et qui dans certains cas, comporte dans sa partie médiane un liwan à grand arc brisé s’ouvrant sur une cour. De la maison ottomane à l’immeuble de rapport, le plan à hall central restera l’élément constant de l’architecture résidentielle entre les années 1870 et 1930. Il est présent au sein des « immeubles-maisons » qu’on voit apparaître, suite à l’urbanisation croissante de la périphérie, dans un alignement le long des voies de circulation. Ces bâtiments offrent des appartements de petite et moyenne surface de 140 à 170 m2 avec une largeur de hall central de trois à quatre mètres. Les grands dépassent les 220 m2, avec une largeur de hall central de quatre à cinq mètres.

L’affiche de l’exposition. Photo DR

Les maisons du mandat

Entre-temps, à partir du milieu des années 1920, Beyrouth voit l’émergence des bâtiments en béton. Leurs vérandas et leurs Bay Windows en façade dominent l’architecture résidentielle. Les trois arcades ont disparu, remplacées par les baies, mais le plan à hall central garde cependant une organisation spatiale. Par ailleurs, selon le texte explicatif d’un des panneaux de l’exposition, « les balustrades en béton moulé deviennent un élément distinctif de l’architecture résidentielle éclectique ». Quant au fer forgé, « il est importé en petites sections et plié selon les formes souhaitées par des forgerons locaux. En l’absence de soudure, les pièces étaient assemblées par attaches (colliers), rivets et des boulons ».

Une construction à Achrafieh. Photo DR

Pour ce qui est du Bay Window, il s’est diffusé rapidement de 1925 à 1935, s’étendant dans divers quartiers. « C’est un balcon d’inspiration parisienne, mais importé de Grande-Bretagne », fait observer Robert Saliba. « Il est fermé en encorbellement avec fenêtrage, exprimant en façade la position de la baie centrale. » Et l’architecte de souligner que « parallèlement à l’expansion des bâtiments à véranda et à l’adoption du béton comme matériau principal de construction, le bâtiment à Bay Window est le dernier type d’immeuble de rapport introduit. Il est considéré comme l’emblème de l’architecture résidentielle du mandat, de même que le bâtiment à baie centrale avec balcon fut le produit de la période ottomane tardive ». L’exposition met l’accent sur les quartiers péricentraux où se trouve « la plus forte agrégation de bâtiments datant de la période ottomane tardive et du mandat français. Des constructions gravement touchées par la double explosion du 4 août 2020. Elle vise également deux objectifs : sensibiliser les Libanais au patrimoine architectural et conserver et transmettre un héritage ». « Cette exposition a été rendue possible grâce au financement du ministère de la Culture et celui de la Transition Écologique, et au soutien de Jade Tabet ex-président de l’ordre des ingénieurs et architectes de Beyrouth », précise l’architecte Yasmine Dagher qui, au cours de ce parcours, a été pour L’Orient-Le Jour une guide passionnée et passionnante. Elle saura captiver sur le patrimoine bâti, les personnes les plus réticentes !

L’immeuble Kettané, rue May Ziadé. Photo DR

La conception graphique est signée Richard Kahwagi. La scénographie est réalisée par Ghaith (Abi Ghanem) et Jad (Melki) Studio qui ont recrée en 3D les détails des façades, comme les trois arcades, le Bay Window, la véranda ou encore l’encadrement d’une porte d’entrée.

Horaires d’ouverture : du mardi au samedi, de 16 heures à 20 heures.

Bio express de Robert Saliba

Robert Saliba est ancien professeur associé d’architecture et d’urbanisme à l’Université américaine de Beyrouth, titulaire d’une maîtrise en urbanisme de l’Université du Michigan à Ann Arbor (1980) et d’un doctorat en histoire de l’urbanisme et de l’architecture de l’Université de Paris VIII (2004). Il est l’auteur de Beyrouth architectures, aux sources de la modernité, 1920-1940 paru aux éditions Parenthèses, en 2009,

et de l’ouvrage Récupération du centre-ville de Beyrouth : la zone de conservation Foch-Allenby et Étoile publié par Steidl, en 2004. Saliba est récipiendaire de la bourse britannique Chevening pour la recherche postuniversitaire (1996-1997) et a été professeur invité en design urbain et reconstruction d’après-guerre au département d’architecture de l’Université technique de Darmstadt, en Allemagne, au printemps 2011. Ancien consultant en aménagement du territoire pour des organisations internationales telles que la Banque mondiale et l’ONU-Habitat, il a également travaillé en tant qu’associé en planification urbaine à l’Agence de réaménagement communautaire de la ville de Los Angeles (1980-1983).

L’exposition « Beyrouth architectures résidentielles aux sources de la modernité, 1840-1940 », qui se tient sur un terrain vague en face des escaliers de Gemmayzé, présente tout ce qu’il faut savoir sur les maisons beyrouthines et l’évolution de leur conception de 1860 à 1940. Des relevés architecturaux, des plans, des esquisses et des perspectives de 24 bâtiments et des...
commentaires (3)

Il y a une erreur dans l’article: le projet n’a pas été rendu possible grâce au financement “des ministères de la culture et de l’environnement” comme indique par erreur mais grâce au financement des Ministères FRANCAIS de le Culture et de la Transition Ecologique. Il est important de le noter et de publier un rectificatif.

Tabet Jad

14 h 01, le 26 juillet 2022

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Commentaires (3)

  • Il y a une erreur dans l’article: le projet n’a pas été rendu possible grâce au financement “des ministères de la culture et de l’environnement” comme indique par erreur mais grâce au financement des Ministères FRANCAIS de le Culture et de la Transition Ecologique. Il est important de le noter et de publier un rectificatif.

    Tabet Jad

    14 h 01, le 26 juillet 2022

    • Bonjour, merci pour votre commentaire. L'erreur a été rectifiée.

      L'Orient-Le Jour

      14 h 14, le 26 juillet 2022

  • L'architecture c'est le charme de Beyrouth;

    Stes David

    09 h 03, le 26 juillet 2022

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