L’OMS recommande de vacciner les personnes les plus à risque ainsi que les personnels de santé susceptibles d’être confrontés à la maladie de la variole du singe. Eduardo Munoz/Reuters
Le patron de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) a décidé de déclencher le plus haut niveau d’alerte pour tenter de juguler la flambée de variole du singe, qui touche d’abord des hommes ayant des relations sexuelles avec des hommes, mais il a vigoureusement mis en garde durant le week-end contre toute stigmatisation des malades.
« J’ai décidé de déclarer l’Urgence de santé publique de portée internationale (USPPI) pour ce qui concerne l’éruption de variole du singe », a déclaré le Dr Tedros Adhanom Ghebreyesus lors d’un point-presse, précisant que le risque dans le monde était relativement modéré, à part en Europe où il est élevé. Le Dr Tedros a souligné qu’à l’heure actuelle, « cette flambée est concentrée parmi les hommes qui ont des relations sexuelles avec des hommes, et en particulier ceux qui ont des partenaires multiples, ce qui veut dire qu’elle peut être stoppée avec les bonnes stratégies dans le bon groupe ». « Il est essentiel que tous les pays travaillent étroitement avec les communautés d’hommes qui ont des relations sexuelles avec des hommes » pour leur fournir assistance et informations, a insisté le patron de l’OMS.
Stigmatisation et discrimination
« Ces mesures doivent protéger la santé, les droits humains et la dignité de la communauté affectée », a souhaité le Dr Tedros en martelant : « La stigmatisation et la discrimination peuvent être aussi dangereuses que n’importe quel virus. »
Le traitement discriminatoire et l’hostilité infligés aux malades contaminés par le virus du sida sont présents dans tous les esprits, aussi bien des communautés touchées que des dirigeants de l’OMS, d’autant plus qu’ils font hésiter les malades à se faire soigner.
Depuis début mai, quand elle a été détectée en dehors des pays africains où elle est endémique, la maladie a frappé plus de 16 836 personnes dans 74 pays, selon le tableau de bord du Centre américain pour le contrôle et la prévention des maladies (CDC) à la date du 22 juillet.
Washington a salué dans la décision de l’OMS « un appel à l’action de la communauté internationale pour mettre fin à la propagation de ce virus ».
« Une réponse coordonnée et internationale est essentielle pour mettre fin à la propagation de la variole du singe, protéger les groupes les plus à risque de contracter la maladie et lutter contre l’épidémie », a déclaré Raj Panjabi, coordinateur du bureau de la Maison-Blanche sur les pandémies, dans un communiqué.
Si les autorités sanitaires du Royaume-Uni, l’un des épicentres de la maladie, ont fait état d’une baisse du rythme de contagion, le nombre de cas augmente rapidement dans le monde.
Un Nigérian, qui avait quitté la Thaïlande après être devenu le premier cas de variole du singe dans ce pays, a été retrouvé samedi à Phnom Penh au Cambodge et emmené à l’hôpital, selon le ministère cambodgien de la Santé.
Le Dr Tedros a expliqué que le comité d’experts avait été divisé, neuf voix s’étant élevées contre une USPPI, face à six voix en faveur d’une telle mesure. In fine, c’est lui qui a tranché.
« C’est un appel à l’action, mais ce n’est pas le premier », a souligné Mike Ryan, responsable des situations d’urgence de l’OMS.
La qualification d’USPPI est utilisée dans des situations « graves, soudaines, inhabituelles ou inattendues ». C’est seulement la 7e fois que l’OMS a recours à ce niveau d’alerte.
La circulation du virus
Décelée pour la première fois chez l’humain en 1970, la variole du singe est moins dangereuse et contagieuse que sa cousine la variole humaine, éradiquée en 1980.
Dans la plupart des cas, les malades sont des hommes ayant des relations sexuelles avec des hommes relativement jeunes et vivant essentiellement en ville.
Une étude publiée jeudi dans la revue scientifique New England Journal of Medicine confirme que dans 95 % des cas récents, la maladie a été transmise lors d’un contact sexuel, et 98 % des personnes touchées étaient des hommes gays ou bisexuels.
Comment est-on passé d’un virus qui passait en général de l’animal à l’homme, avec une transmission humaine souvent limitée à la famille dans les pays d’Afrique de l’Ouest, où il est endémique, à une transmission dans des dizaines de pays ?
Profitant d’un monde qui s’est rouvert ces derniers temps, le virus a voyagé et réussi à s’installer dans un groupe où il peut circuler plus activement en raison des habitudes sociales (réunions fréquentes, relations sexuelles avec plusieurs partenaires, etc.), a expliqué Rosamund Lewis, principale experte de l’OMS pour la variole du singe.
Soulignant que le groupe principalement affecté était en général très actif en matière de santé, a tendance à se signaler, à se diagnostiquer et à s’entraider, elle estime que la bataille peut être gagnée.
L’Agence européenne des médicaments (EMA) a déclaré vendredi avoir approuvé l’utilisation d’un vaccin contre la variole humaine pour étendre son utilisation contre la propagation de la variole du singe. Ce vaccin est de fait déjà utilisé à cette fin dans plusieurs pays, dont la France.
Le vaccin Imvanex, de la société danoise Bavarian Nordic, est approuvé dans l’UE depuis 2013 pour la prévention de la variole.
L’OMS recommande de vacciner les personnes les plus à risque ainsi que les personnels de santé susceptibles d’être confrontés à la maladie.
Source : AFP


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