Emmanuel Macron pendant le défilé du 14-Juillet, hier sur les Champs-Élysées. Sarah Meyssonnier/Reuters
Emmanuel Macron s’est efforcé hier de préparer les Français à une rentrée et un hiver difficiles en raison de la guerre en Ukraine. Il a aussi tenté, en esquissant une série de réformes, de redonner un cap à son quinquennat. « Il faut nous préparer tous à ce que (la guerre) dure. L’été et le début de l’automne seront sans doute très durs », a lancé le président, en évoquant la situation d’« économie de guerre » à laquelle le pays est confronté, lors de son interview du 14-Juillet. « Le vrai changement des derniers jours (...) c’est la décision russe de commencer à couper le gaz », a-il ajouté en référence à la fermeture du gazoduc russe Nord Stream vers l’Europe, officiellement pour des raisons de maintenance. « La Russie utilise l’énergie, comme elle utilise l’alimentation, comme une arme de guerre », a asséné le chef de l’État. « Nous devons aujourd’hui nous préparer à un scénario où il nous faut nous passer en totalité du gaz russe », a-t-il averti.
Emmanuel Macron renouait pour la deuxième fois, après 2020, avec la tradition de l’interview du 14-Juillet observée par ses prédécesseurs. C’était aussi et surtout sa première interview télévisée depuis sa réélection en avril et les législatives, qui l’ont vu perdre en juin sa majorité absolue à l’Assemblée nationale. Le président s’est efforcé de gommer le sentiment de flottement laissé par ce début de second quinquennat, avec la nomination tardive du gouvernement d’Élisabeth Borne, le choix de ne pas vraiment faire campagne aux législatives et au final la perte de la majorité absolue.
Missions de réassurance
Plus tôt dans la matinée, le président avait assisté sous un soleil radieux au défilé militaire du 14-Juillet, dans un contexte stratégique marqué par le retour de la guerre en Europe. Au total, quelque 6 300 personnes ont défilé cette année, dont près de 5 000 à pied, devant une foule compacte tout le long du cortège. Le spectacle a mobilisé 64 avions, un drone, 25 hélicoptères, 200 chevaux et 181 véhicules motorisés. Ouvert par la Patrouille de France et son célèbre ruban bleu, blanc, rouge, le défilé s’est achevé en musique avec une chanson composée pour l’occasion, intitulée France, interprétée par Candice Parise.
Le défilé s’est ouvert par les drapeaux de 9 pays étrangers invités, pour la plupart voisins de la Russie ou de l’Ukraine : Estonie, Lettonie, Lituanie, Pologne, République tchèque, Slovaquie, Hongrie, Roumanie, Bulgarie. Des troupes françaises, récemment déployées sur le flanc est de l’Europe, leur ont emboîté le pas. Paris y a nettement renforcé ses missions de réassurance depuis le début de la guerre. Quelque 500 soldats français ont été dépêchés d’urgence fin février en Roumanie dans le cadre de l’OTAN et Paris se dit prêt à augmenter son contingent si besoin. La France participe également à des missions de réassurance terrestres et aériennes en Estonie et ses avions de combat Rafale contribuent à protéger le ciel polonais.
Ajuster les moyens aux menaces
Compte tenu de la guerre en Ukraine mais aussi de l’inflation, le président Emmanuel Macron a annoncé mercredi soir une nouvelle loi de programmation militaire (LPM) 2024-2030 pour « ajuster les moyens aux menaces ». Le chef de l’État a amorcé en 2017 une nette remontée en puissance des crédits défense après des années de disette. Le budget des armées doit atteindre 44 milliards d’euros en 2023. Mais le conflit de haute intensité qui se joue en Ukraine a mis en lumière les carences de l’appareil français de défense, notamment en matière de munitions. Il s’agit aujourd’hui de « reconstituer plus vite et plus fort certains stocks, savoir produire davantage de matériels adaptés à cette guerre de haute intensité sur notre sol, faire des choix d’innovation », a fait valoir mercredi le chef de l’État.
Malgré la dégradation des finances publiques sous le coup de la crise sanitaire, l’Élysée espère rassembler les oppositions autour du sujet défense, qui bénéficie d’un consensus relatif au sein de la classe politique. L’enjeu touche également au poids de la France en Europe et sur la scène internationale, à l’heure où la plupart des pays de l’UE se réarment, à commencer par l’Allemagne, qui a débloqué un fonds spécial de 100 milliards d’euros pour sa défense.
L’édition 2022 du défilé a été l’occasion de montrer les nouveaux matériels des armées françaises, comme le blindé de reconnaissance Jaguar, aux côtés du blindé de nouvelle génération Griffon qui remplace progressivement le véhicule de l’avant blindé (VAB) dans les forces terrestres. Le défilé aérien, auquel participaient plusieurs appareils européens dont des Rafale grecs, incluait pour la première fois le drone Reaper, employé au Sahel pour traquer et tuer les jihadistes, alors que la France est en plein recalibrage de sa présence militaire sur le continent africain.
Source : AFP


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