Un dessin représentant les accusés lors du verdict énoncé contre eux, mercredi soir, à Paris. Élisabeth de Pourquery/France Televisions via Reuters
Plus de six ans après les attentats du 13 novembre 2015, la cour d’assises spéciale de Paris a condamné mercredi soir Salah Abdeslam, le seul membre encore en vie de commandos qui ont fait 130 morts, à la perpétuité incompressible, la peine la plus lourde du code pénal. Un verdict qui apporte satisfaction et soulagement pour les parties civiles.
Au terme de dix mois d’une audience historique, les cinq magistrats professionnels ont suivi les réquisitions du ministère public, qui avait demandé cette sanction rarissime à l’encontre du seul accusé du box reconnu par la cour comme coauteur des attaques de Paris et Saint-Denis qui avaient « sidéré » la France. La perpétuité incompressible rend infime la possibilité d’une libération. Elle n’avait jusque-là été prononcée qu’à quatre reprises.
Salah Abdeslam, en polo kaki dans le box, est resté impassible à l’énoncé du verdict. Pendant la lecture du délibéré par le président Jean-Louis Périès, qui a duré moins d’une heure, il a gardé les bras croisés, le regard dur. Ses avocats, Mes Olivia Ronen et Martin Vettes, avaient plaidé contre cette perpétuité incompressible, une « peine de mort lente ».
Hier, ses avocats s’interrogeaient sur le sens de cette peine, la plus lourde prévue par le code pénal. « Là où cette décision ne me paraît pas conforme à la justice, c’est que Salah Abdeslam écope de la même peine qu’Oussama Atar (commanditaire présumé des attentats, NDLR) qui a été condamné exactement dans les mêmes termes », a regretté Me Martin Vettes, sur France Inter. Salah Abdeslam a tué « par procuration ». « La sanction n’est pas lourde, elle est juste », lui a indirectement répondu le patron du parquet national antiterroriste (Pnat), Jean-François Ricard, interrogé sur France Info.
Le Français de 32 ans, à l’isolement total en prison depuis plus de six ans, a affirmé à plusieurs reprises au cours des débats avoir « renoncé » à déclencher sa ceinture explosive le soir du 13 novembre 2015, par « humanité ». Le gilet explosif dont il était porteur « n’était pas fonctionnel », remettant « sérieusement en cause » les déclarations de l’intéressé sur son « renoncement », a souligné la cour. Le 13 novembre 2015, des commandos islamistes avaient ouvert le feu sur des terrasses de café et de restaurants, attaqué la salle de spectacles du Bataclan pendant un concert et trois kamikazes s’étaient fait exploser aux abords du Stade de France pendant une rencontre de football opposant la France et l’Allemagne.
Se reconstruire
Elle l’a reconnu coupable d’être « coauteur » d’une scène unique de crime. Il est ainsi condamné à la perpétuité incompressible pour les seules tentatives de meurtres sur les policiers intervenus lors de l’assaut du Bataclan.
Dans la salle d’audience spécialement construite pour ce procès, qui n’avait jamais connu une telle affluence, seuls des murmures ont accueilli la condamnation du principal accusé.
De nombreuses parties civiles, serrées sur les bancs de bois clair, se sont étreintes après le verdict, rendu au terme de 148 jours de débats marqués par près de 400 dépositions de rescapés et proches de victimes. D’autres avaient les larmes aux yeux. « Le chemin face à cette horreur a été de se reconstruire en groupe, et pas individuellement. On avait besoin de se serrer les coudes et d’entendre ce que la justice avait à nous dire après six ans et demi », a réagi Arthur Dénouveaux, président de l’association de victimes Life for Paris et rescapé du Bataclan.
Philippe Duperron, président de l’association 13Onze15, considère que la « réparation » des victimes « consistait essentiellement dans la tenue du procès, la possibilité offerte de s’exprimer, de déposer leur douleur et leur souffrance. Maintenant, cela dépend de chaque individu, certains avaient besoin de cette peine » de prison, ajoute-t-il. « Dix mois de procès, ça aide à se reconstruire. C’est fini, ça va faire un vide », résume Sophie, rescapée du Bataclan, soulagée et les larmes aux yeux après l’annonce du verdict. « Les peines sont assez lourdes », estime Sophie, émue. « Ils ne sortiront pas tout de suite de prison. On va savourer, je ressens beaucoup de soulagement. » Pour Bruno Poncet, lui aussi rescapé du Bataclan, « c’est un vrai soulagement d’en avoir fini avec le procès. Je suis venu quasi tous les jours. Ça n’a pas toujours été facile. Il y a une peur du vide aujourd’hui mais il est temps d’en sortir », explique-t-il.
L’ancien président de la République François Hollande, qui était venu témoigner au procès, a salué la fin d’un procès « exceptionnel » et « exemplaire ». « Les coupables ont été jugés dans le respect du droit », a-t-il estimé.
Les magistrats professionnels ont condamné les 19 coaccusés de Salah Abdeslam – six étaient jugés par défaut – en écartant la qualification terroriste pour un seul d’entre eux, Farid Kharkhach. Il a été condamné à deux ans d’emprisonnement ferme pour une association de malfaiteurs en vue de commettre une escroquerie et devait sortir de prison. Les peines prononcées pour les autres vont de quatre ans, dont un an ferme, à la perpétuité.
Perpétuité pour Abrini
Le ministère public avait réclamé cinq condamnations à perpétuité à l’encontre de cinq des 14 accusés présents. Outre Salah Abdeslam, la cour a condamné Mohammad Abrini à cette peine, assortie d’une période de sûreté de vingt-deux ans. « L’homme au chapeau » des attaques de Bruxelles en mars 2016, qui était aussi « prévu », mais a renoncé à faire partie des commandos du 13-Novembre, a été reconnu complice des attentats. Le Suédois Osama Krayem, le Tunisien Sofien Ayari et le Belgo-Marocain Mohammad Bakkali ont également été reconnus complices des attaques, mais condamnés à trente ans de réclusion assortis d’une sûreté des deux tiers. Le Pakistanais Mohammad Usman et l’Algérien Adel Haddadi, les deux « opérationnels contrariés » qui auraient dû faire partie des commandos selon l’accusation, mais ont été bloqués sur la route du retour de Syrie, ont écopé chacun de dix-huit ans de réclusion. Les avocats généraux avaient demandé vingt ans à leur encontre.
Les peines prononcées à l’égard de ceux qui avaient apporté une aide ponctuelle à la cellule jihadiste sont globalement en deçà des réquisitions. Les trois accusés qui comparaissaient libres ont été condamnés à des peines d’emprisonnement assorties du sursis et ne retourneront pas en prison. Ils affichaient sourires et soulagement, et ont été réconfortés par quelques parties civiles qui se sont spontanément approchées d’eux.
« On a la sensation après le verdict qu’on tourne une page. On a eu un long procès, ouvert toutes les portes. (Les juges) ont pris une décision qui était très motivée. Les peines prononcées ne sont pas excessives », a souligné Me Gérard Chemla, avocat de plus d’une centaine de parties civiles. « On est à un moment satisfaisant pour tout le monde, en tout cas pour la justice », a-t-il ajouté.
Les cinq hauts cadres du groupe État islamique présumés morts en Syrie et jugés par défaut, dont le commanditaire des attentats Oussama Atar, ont été condamnés à la perpétuité incompressible. Un sixième homme emprisonné en Turquie et également jugé en son absence a été condamné à trente ans de réclusion.
Source : AFP


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