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Ah, ce qu’il a changé !


On en avait eu un désagréable avant-goût avec l’élection, à la tête d’une Assemblée nouvelle et chargée de promesses, de son indéboulonnable président, puis de son second. Non moins amère était la pilule qu’il a fallu avaler ensuite, avec la formation des diverses commissions parlementaires ; hallucinant épisode où l’on a vu, par exemple, des élus faisant l’objet de mandats judiciaires s’offrir, en même temps qu’un siège de première classe, un supplément d’immunité (il est vrai que l’on n’est jamais trop prudent). Et encore, tout cela pouvait passer pour simples et inévitables désagréments de rodage de la machine, comparé à cette véritable douche glacée que furent les consultations de jeudi, visant à la désignation d’un nouveau Premier ministre ; enfin, pas si nouveau que ça, lui non plus, puisqu’il en est à son quatrième exercice…


Mais où sont donc passées toutes ces forces du changement dont on fêtait bruyamment l’avènement lors des législatives du 15 mai ? Comme dans les mauvais numéros de magie, c’est dans la trappe de l’indécision, de la désorganisation, des montages machiavéliques et des paris hasardeux qu’elles se sont évanouies sous une pluie de paillettes blanches inondant la scène. Ce sont précisément ces votes blancs, exprimés par dizaines lors d’un sondage aussi grave que le choix d’un chef de gouvernement, qui auront fait la ruine – et la honte ! – du show.


Massivement pratiqué par les deux grands blocs parlementaires chrétiens, pourtant antagonistes, le procédé était d’abord inélégant et, de surcroît, hasardeux. Il revenait pratiquement à dire que nulle personnalité, qu’elle fût ou non en lice, n’était apte à assumer cette fonction, traditionnellement réservée à la communauté sunnite; et si un jour la pareille était rendue, avec intérêts, lors de l’élection d’un chef de l’État chrétien ?


Quoi qu’il en soit, bien connues étaient les motivations du Courant patriotique libre qui s’évertuait en effet à extorquer par avance à Mikati ses ministères de prédilection. Selon toute apparence, Gebran Bassil en a été pour ses frais, l’objet du chantage s’étant empressé d’exclure toute compromission, notamment sur l’épineux dossier de l’électricité. Brumeuses sont, par contre, les raisons qui ont poussé les Forces libanaises à repousser une option Nawaf Salam représentant idéalement pourtant cet espoir de changement chanté sur tous les tons. En lui déniant son soutien à des fins strictement politiciennes, n’est-ce pas cette même aspiration populaire au renouveau, clairement exprimée par ses propres électeurs, que le parti de Samir Geagea a ignorée en misant tout sur le blanc ? Ne vient-on pas d’offrir – sans contrepartie visible – un précieux présent à l’establishment décrié par les foules : de lui concéder une victoire passablement étriquée certes au plan comptable, mais une victoire quand même? Et n’est-ce pas cet écueil qu’ont su éviter, en dépit de leur manque d’expérience, les députés de la thaoura en accordant, pour la plupart, leurs suffrages au challenger ?


Encore plus fumeux est d’ailleurs l’argumentaire développé par les FL pour tenter de justifier leur démarche, laquelle fait de Mikati IV le premier gestionnaire de la période s’étalant jusqu’à l’échéance présidentielle de l’automne prochain. Ainsi, Nawaf Salam serait trop éloigné du théâtre des événements, ce qui est on ne peut plus normal pour un juge à la Cour internationale de justice siégeant à La Haye. Il ne détiendrait pas de projet précis pour le Liban (et les autres, alors ?) Et pour finir, on croit rêver, il aurait omis de manifester sa reconnaissance éperdue à ceux qui, plus d’une fois dans le passé, avaient eu la bonne grâce de proposer sa candidature.


Pas de place, faut-il croire, pour les ours, dans la jungle politique libanaise.

Issa GORAIEB

[email protected]


On en avait eu un désagréable avant-goût avec l’élection, à la tête d’une Assemblée nouvelle et chargée de promesses, de son indéboulonnable président, puis de son second. Non moins amère était la pilule qu’il a fallu avaler ensuite, avec la formation des diverses commissions parlementaires ; hallucinant épisode où l’on a vu, par exemple, des élus faisant l’objet de...