Le Premier ministre sortant avec l’ambassadeur d’Égypte, hier. Photo Dalati et Nohra
Le jeu est serré. Les cœurs balancent entre deux noms : celui de l’actuel chef du gouvernement Nagib Mikati, et celui de Nawaf Salam ancien ambassadeur à l’ONU et juge à la Cour internationale de justice (CIJ). Bien qu’ayant des chances plus ou moins égales à en croire les dernières intentions de vote, tout se jouera finalement dans les prochaines 48 heures qui nous séparent des consultations parlementaires contraignantes. Car, jusqu’à hier soir, les choix n’étaient pas encore définitifs pour un grand nombre de protagonistes qui affirmaient à tour de rôle que leur position s’affinera en fonction de celles de leurs alliés respectifs. À la manière d’un jeu de poker dans lequel personne ne veut dévoiler ses cartes avant les autres, plusieurs partis traditionnels et formations de l’opposition qui penchaient en faveur de la désignation de M. Salam attendaient que le paysage se décante avant d’annoncer leur mise. C’est également le cas du Courant patriotique libre, qui, à ce jour, entretient le suspense sur son choix final.
L’annonce faite en soirée du Parti socialiste progressiste qui a finalement donné le ton et tranché en faveur de Nawaf Salam pourrait toutefois changer la donne dans la mesure où elle serait susceptible de provoquer une réaction en chaîne et entraîner dans son sillage tous les hésitants. C’est le cas notamment des Forces libanaises, qui pourraient suivre la position exprimée en coulisses par plusieurs députés indépendants, à l’instar de Neemat Frem ou encore Michel Moawad, députés respectivement du Kesrouan et de Zghorta, et Adib Abdel Massih, député du Koura, voire le député de Tripoli Achraf Rifi, qui n’a pas écarté l’éventualité de désigner M. Salam, « si une majorité de députés de l’opposition s’accordaient à le faire », selon des sources informées.
En dépit du coup de pouce donné par le PSP, les FL, pourtant en concertation continue avec le camp joumblattiste, maintiennent le flou. C’est aujourd’hui que la formation chrétienne doit tenir sa réunion hebdomadaire pour annoncer à son tour la couleur. « Tout dépendra de l’ampleur du soutien que peut recueillir M. Salam », confie un cadre FL qui laisse entendre que rien n’est encore décidé.
Prenant les devants, le PSP, lui, a fini par trancher et levé l’énigme en se prononçant officiellement en faveur de Nawaf Salam, un ami de Walid Joumblatt. Ce dernier penchait au départ pour M. Mikati, non pas tant par conviction que par réalisme, ne souhaitant pas aller à l’encontre des desiderata de son ami, le président du Parlement Nabih Berry. La décision du parti joumblattiste avait été précédée par l’annonce du parti Kataëb (quatre députés) de sa volonté de soutenir Nawaf Salam, qui était dès le départ leur favori.
L’inconnue aouniste
Le Courant patriotique libre souffle pour sa part le chaud et le froid. Son chef, Gebran Bassil, avait assuré à la chaîne LBCI il a une dizaine de jours que le choix de M. Mikati était complétement écarté. Une position que confirment des sources proches du CPL, qui assurent que la formation aouniste attend, elle aussi, que les forces de l’opposition et de la contestation s’entendent sur un candidat pour décider de le soutenir. « Sinon, nous opterons pour le vote blanc », a déclaré lundi à L’Orient-Le Jour Rindala Jabbour, membre du bureau politique, comme pour complètement éliminer l’option Mikati. En même temps, Simon Abiramia, député de Jbeil, insufflait une autre possibilité : celle de reconduire l’actuel Premier ministre si ce dernier se pliait aux conditions placées par M. Bassil (notamment le limogeage du gouverneur de la Banque du Liban Riad Salamé).
Le Hezbollah, qui tente depuis de convaincre son allié d’assouplir sa position à l’égard de M. Mikati, réussira-t-il à le faire ? « C’est mal connaître Gebran Bassil que de prendre pour argent comptant ce qu’il dit. Il ne fera rien qui puisse importuner le Hezbollah », assure un responsable politique sous couvert d’anonymat. Pour lui, Gebran Bassil ne fait que « manœuvrer, un art qu’il maîtrise à la perfection ».
La débandade des contestataires
Du côté des treize députés de la contestation, c’est la débandade. Lundi soir, la réunion prévue entre eux devait fixer une fois pour toute la tendance et tenter de rassembler les points de vue. Les avis étaient divisés entre ceux qui souhaitaient nommer Khaled Ziadé, directeur d’un centre de recherche d’études politiques à Beyrouth, ambassadeur du Liban en Égypte et représentant au sein de la Ligue arabe et ceux qui favorisaient la désignation de Nawaf Salam. C’est le cas notamment de Marc Daou et Najat Saliba du parti Taqaddom, qui ont placé leurs pairs devant le fait accompli en publiant en cours de journée un communiqué appuyant l’ancien représentant du Liban à l’ONU. Seraient également en faveur de ce choix : Waddah Sadek de Khatt Ahmar, et potentiellement Rami Fanj et Yassine Yassine qui penchaient déjà pour cette option.
Au cours de la réunion, la volonté de faire front avec un seul et même nom était patente, la majorité s’étant prononcée au départ en faveur de Khaled Ziadé, indique une source informée. Les récalcitrants avaient promis de revenir avec une réponse hier après avoir consulté leur formation respective. Au final, les trois députés ont maintenu leur choix et réussi même à entraîner avec eux d’autres hésitants, notamment Rami Fanj et Yassine Yassine.
Du côté des députés de Saïda – Abdel Rahman Bizri, Oussama Saad et Charbel Massaad –, leur principe directeur est de ne pas voter pour Nagib Mikati. Une position qui va à l’encontre du souhait de Bahia Hariri, qui œuvre d’arrache-pied pour assurer la reconduction du milliardaire tripolitain, confie un analyste politique de Saïda sous couvert d’anonymat. On ne sait toujours pas toutefois quelle est la seconde option pour ces trois députés et s’ils vont appuyer M. Salam.
Dans le camp qui se dit favorable à la reconduction de M. Mikati, les choses sont un peu plus claires : outre le tandem chiite, les Marada, voire certains indépendants qui ne se sont pas encore prononcés, et les sunnites indépendants ont rejoint le cortège sans surprise. Neuf d’entre eux se sont déjà engagés à désigner le Premier ministre démissionnaire lors d’une série de réunions qui ont eu lieu au domicile de Nabil Badr, député de Beyrouth et chef d’orchestre du groupe proche de la mouvance haririenne. Il s’agit de Mohammad Sleiman, Bilal Hchaïmé, Ahmad Rustom, Karim Kabbara, Abdel Aziz Samad, Ahmad Kheir, Walid Baarini et Sajih Attié (grec-orthodoxe soutenu par les anciens haririens). Les jeux sont donc loin d’être faits. Il reste 24 heures pour que le paysage se clarifie. À moins d’un report de l’échéance, une option qui reste sur la table.





Comment un homme intègre peut il être nommé 1er ministre? CPL et consorts ne le permettraient pas et obéiront aux ordres du Hezbollah.
15 h 55, le 22 juin 2022