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Politique - Décryptage

Le dossier des réfugiés syriens revient en tête des soucis du pouvoir libanais

La petite phrase sur les réfugiés syriens (ou « déplacés » si l’on s’en tient au terme utilisé par le Liban officiel) prononcée par le Premier ministre Nagib Mikati lundi lors d’une cérémonie de l’ONU au Grand Sérail a créé l’événement. D’abord par son contenu, M. Mikati laissant clairement entendre que le Liban pourrait prendre des mesures qui ne devraient pas plaire à la communauté internationale, et ensuite parce que c’est lui qui l’a dite, alors qu’il est connu pour son côté conciliant et son aptitude à arrondir les angles. « J’appelle la communauté internationale à aider le Liban pour faire revenir les déplacés syriens dans leur pays, sans quoi le Liban se retrouverait dans une position qui n’est pas souhaitable vis-à-vis des pays occidentaux, à savoir l’expulsion des Syriens du Liban », avait-il lancé. Selon une source ministérielle qui suit de près le dossier, M. Mikati a sciemment prononcé cette phrase pour tirer la sonnette d’alarme auprès des diplomates occidentaux et les pousser à prendre conscience du poids que représente la présence massive de ces réfugiés pour le Liban en crise. Car, en dépit de toutes les argumentations de l’État libanais, la communauté internationale continue à être intraitable sur le sujet, insistant pour les maintenir au Liban et rejetant toute idée de retour, dans la mesure où les conditions requises pour cela ne sont pas assurées.

L'éditorial de Issa Goraïeb

L’appel du vide

Les Occidentaux invoquent d’une part l’absence de sécurité en Syrie, alors que le pouvoir libanais estime qu’une grande partie du pays est désormais (relativement) calme, et affirment d’autre part que les conditions d’un retour « digne » des réfugiés ne sont pas assurées. Récemment, il a même été question d’une nouvelle exigence internationale : s’assurer qu’une fois en Syrie, les réfugiés ne seront pas contraints à faire leur service militaire. Lorsque cette condition a été évoquée devant des responsables libanais, ceux-ci ont répondu que ces sujets peuvent être intégrés dans le cadre d’un dialogue sur les conditions du retour, à condition que celui-ci soit entamé.

À la conférence sur les réfugiés qui s’est tenue récemment à Bruxelles, le Liban s’est ainsi heurté à une opposition de la part de la communauté internationale à toute idée de retour des déplacés syriens chez eux. Les autorités libanaises, qui avaient préparé un dossier complet pour montrer à quel point la présence de ces réfugiés est devenue lourde, n’ont pu obtenir un encouragement pour pousser ceux qui le désirent et le peuvent à rentrer chez eux. La partie libanaise est d’autant plus irritée qu’elle affirme qu’il n’y a pas de distribution équitable des aides étrangères entre réfugiés syriens et population libanaise. De plus, au cours des dernières rencontres internationales sur le sujet des réfugiés, les représentants libanais ont eu le sentiment que la priorité est désormais accordée aux réfugiés ukrainiens et qu’il n’y a donc plus autant de fonds à distribuer aux réfugiés syriens et aux communautés hôtes. En outre, le Liban a dressé une carte de la présence des déplacés syriens sur son sol, de laquelle il ressort que les risques de frictions, de troubles sécuritaires et de tiraillements sociaux sont renforcés. Enfin, du fait de la crise, les prestations dont bénéficient les forces de l’ordre sont en baisse alors même qu’elle sont soumises à de fortes pressions en raison de la multiplication des missions.

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Le Liban se trouve donc devant un véritable problème qui, selon les dirigeants en place, menace sa stabilité sociale et sécuritaire. Si sa voix n’est pas entendue et si ces difficultés ne sont pas prises en compte, il menace de prendre des mesures unilatérales pour alléger son fardeau. Dans ce contexte, souligne-t-on dans les milieux du pouvoir, il ne s’agit nullement d’une attitude raciste, d’un manque de générosité sociale ou de solidarité humaine, mais d’un souci de survie, pour un peuple et pour une nation. Le Liban pourrait donc commencer par appliquer strictement la loi sur les déplacés et les réfugiés. En effet, selon la définition légale, ces derniers sont des personnes qui, pour diverses raisons, quittent leur pays et ne peuvent pas y revenir. Or de nombreux Syriens qui ont ce statut au Liban vont en Syrie régulièrement. Le Liban pourrait ainsi commencer par décider de ne plus les laisser entrer sur son territoire et ce ne serait là qu’une première mesure qui pourrait être suivie d’autres, toujours dans le respect de la loi, indique-t-on. Les milieux dirigeants libanais ne veulent pas à l’heure actuelle s’étendre sur les raisons de la position de la communauté « donatrice » sur ce sujet. Certains parlent d’un refus de donner une carte au régime syrien et d’autres d’une volonté de maintenir la pression sur l’intérieur libanais. Mais il est certain que le Liban craint de plus en plus les conséquences de la présence des déplacés syriens sur sa stabilité. Plus encore, même s’il ne le dit pas ouvertement, le Liban craint aussi le poids de la présence syrienne sur ses équilibres démographiques. En effet, chaque année, selon les chiffres officiels, il y a 20 000 naissances syriennes, alors que le pays a connu une vague d’émigration au cours des dernières années, 200 000 entre 2018 et 2021 et 40 000 au cours de la première moitié de 2022. Il y a donc de réels motifs d’inquiétude, et Nagib Mikati a voulu le souligner.


La petite phrase sur les réfugiés syriens (ou « déplacés » si l’on s’en tient au terme utilisé par le Liban officiel) prononcée par le Premier ministre Nagib Mikati lundi lors d’une cérémonie de l’ONU au Grand Sérail a créé l’événement. D’abord par son contenu, M. Mikati laissant clairement entendre que le Liban pourrait prendre des mesures qui ne devraient...

commentaires (3)

Les "postures" de kellon face au probleme des refugies Syriens releve de la demagogie pure. Le seul objectif de la canaille du pouvoir est de complaire au regime du boucher de Damas et de pouvoir mettre en place des procedures pour livrer les opposants au regime Syrien entre les mains des tortionnaires de Ali Mamlouk.

Michel Trad

11 h 57, le 22 juin 2022

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Commentaires (3)

  • Les "postures" de kellon face au probleme des refugies Syriens releve de la demagogie pure. Le seul objectif de la canaille du pouvoir est de complaire au regime du boucher de Damas et de pouvoir mettre en place des procedures pour livrer les opposants au regime Syrien entre les mains des tortionnaires de Ali Mamlouk.

    Michel Trad

    11 h 57, le 22 juin 2022

  • ah bon ? par ce que dame scarlett y croit serieusement ? que les responsables ont des soucis quelconques a part arriver a leurs buts personnels ? REALLY ? de tte facon, comme l'a ecrit: charite bien ordonnee commence par soi meme! proverbe applique par les occidentaux face a la crise ukrainienne mais pas que : face aussi a la decadence, l'incompetence & la desastreuse gouvernance de ces memes responsables libanais soucieux !

    Gaby SIOUFI

    09 h 15, le 22 juin 2022

  • Please do that, Mikati...find a deal to put them out.

    Marie Claude

    07 h 52, le 22 juin 2022

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