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Malin et demi !

Tout comme ses précédentes, la brève visite que vient d’effectuer Amos Hoschstein à Beyrouth aura surtout servi à mettre en lumière (s’il en était encore besoin !) les anomalies, bizarreries, extravagances et autres incongruités de la position officielle de notre pays dans l’affaire des frontières maritimes avec Israël.


Maigre consolation, l’État parle cette fois d’une même voix. Mais il n’aura récupéré son organe qu’au terme d’une longue période de discordances entre ses principaux piliers ; entre-temps, et sans attendre un hypothétique accord, l’État hébreu mettait les bouchées doubles et passait à l’exploitation de ses chantiers offshore. Cette voix libanaise enfin retrouvée, encore faut-il constater toutefois qu’elle est tremblotante, bêlante, chevrotante, du moment qu’elle n’est définie et soutenue par aucune espèce de document écrit. C’est par voie strictement verbale en effet que la thèse nationale a été communiquée au médiateur américain, en réponse à une formule de compromis que ce dernier avait présentée depuis près de quatre mois : le Liban avait décliné celle-ci, mais sans offrir d’alternative, et seule l’arrivée d’une plateforme flottante à proximité des eaux litigieuses a sorti Beyrouth de sa criminelle torpeur : depuis, ce n’était que des Help, help, Mister Hochstein !


Toujours est-il qu’aux dernières nouvelles, le Liban renoncerait désormais à ses vues maximalistes (la ligne 29) et s’accommoderait d’un tracé plus réaliste englobant néanmoins, dans son intégralité, le champ Cana, en échange de quoi la totalité du champ Karish reviendrait à Israël. C’est dire si l’on n’a pas fini de jouer au plus fin. Dans des circonstances normales, on n’aurait rien à y redire, puisque les finasseries, arguties, offres et contre-offres bidon font partie de l’arsenal de tout négociateur averti. Mais voilà, il n’y a plus rien de normal dans un pays mis en coupe réglée, condamné à l’indigence par ses propres dirigeants.


Fabuleuses, pour un tel pays, sont les espérances de redressement socio-économique et financier que recèlent le gaz et le pétrole enfouis sous nos côtes. Face à d’aussi formidables enjeux, ce sont des mandataires d’exceptionnelle qualité politique, technique et morale – une équipe de rêve ! – qu’auraient bien mérités, en vérité, les Libanais. Or jamais ruse, roublardise et débrouillardise politiciennes, ces clés de toute réussite au sein du triste establishment local, ne sauraient remplacer d’aussi précieuses aptitudes. Jamais non plus, dit un proverbe bien de chez nous, la tambouille ne sera réussie quand s’activent aux fourneaux autant de marmitons ; quand, de surcroît, le Hezbollah y ajoute, par boisseaux entiers, son grain de sel, en échangeant des menaces guerrières avec un Israël surpuissant.


À malin, malin et demi, pourrait-on renchérir. L’adage vaut pour Hoschstein tout autant que pour un État hébreu dont il serait superflu de rappeler la légendaire habileté manœuvrière. Israélien de naissance – il a servi dans les rangs de Tsahal –, le médiateur américain a été tour à tour lobbyiste, consultant, businessman avisé et diplomate, finissant par devenir le grand patron en matière d’énergie au sein du département d’État. Avec la guerre d’Ukraine, son influence n’a fait que croître au sein de la cellule américano-européenne (task force) pour la sécurité énergétique. Par une sombre ironie, voilà que ce même conflit d’Ukraine fait maintenant la fortune d’Israël, objet d’une cour effrénée de la part d’un Vieux Continent soucieux de parer au chantage gazier exercé par la Russie. Gazoducs via la Grèce ou la Turquie ou bien convois de tankers à partir de l’Égypte, il ne reste plus qu’à plancher sur l’acheminent.


Et nous dans tout ce chamboulement ? La fable est seule, toute seule, à donner gagnante la tortue.

Issa GORAIEB

[email protected]


Tout comme ses précédentes, la brève visite que vient d’effectuer Amos Hoschstein à Beyrouth aura surtout servi à mettre en lumière (s’il en était encore besoin !) les anomalies, bizarreries, extravagances et autres incongruités de la position officielle de notre pays dans l’affaire des frontières maritimes avec Israël.Maigre consolation, l’État parle cette fois d’une même...