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Les braconniers... et les autres


L’actuelle crise des hydrocarbures offshore n’est après tout que le dernier en date de nos sempiternels démêlés avec le concept même de frontières.


Liban partout : nous tirons une légitime fierté de ce slogan à la gloire de nos émigrés partis s’installer, vague après vague, jusque dans les coins les plus reculés, les plus invraisemblables, de la planète. Malgré sa dimension souvent épique, l’appel du large ne doit pas cacher cependant la triste réalité : ce sont l’oppression, la faim et le désespoir qui jettent les humains sur les routes de l’exode. C’est encore plus vrai quand le cadre natal se trouve, de surcroît, dépourvu de clôtures ; quand les braconniers du voisinage s’en donnent à cœur joie sans que les régisseurs du domaine en perdent le sommeil ; quand la maison mère, la patrie, n’est plus qu’un édifice sans toit, aux portes et fenêtres béantes.


Plus d’un siècle après la proclamation de l’État du Grand Liban, notre pays est encore loin d’avoir réglé la question de ses frontières, qu’elles soient terrestres ou maritimes. L’évidente mauvaise volonté de ses voisins, leur acharnement à violer nos espaces y sont évidemment pour beaucoup. Mais cela n’exonère en rien les dynasties de responsables locaux qui se sont résignés à ces infortunes géopolitiques comme on le ferait de quelque imparable fatalité. Qui, à longueur de décennies, ont laissé couler en pure perte vers la mer ce véritable or blanc qu’est, au Proche-Orient, l’eau de nos rivières. Qui, enfin, ne se sont avisés d’arpenter et de cadastrer notre lopin aquatique en Méditerranée qu’après la découverte de gisements offshore de gaz et d’or noir.


Or, voilà que le nautique (et fort tardif) tour du propriétaire tourne à la scène de ménage. Car si les Israéliens, eux, n’ont pas perdu leur temps, s’il en sont quasiment déjà au stade de l’exploitation, l’actuelle génération de dirigeants libanais ne se contente pas d’étaler toute la mesure de son incompétence. Alors que chaque moment compte, ces dirigeants s’offrent le luxe d’une cacophonie officielle à propos de ces lignes 23 ou 29 censées délimiter notre frontière maritime avec Israël. On voit ainsi les maximalistes crier au bazardage du patrimoine national, mais seulement pour se voir accuser de se livrer à une vile surenchère ; quant aux minimalistes, ils sont fortement suspectés de quémander les bonnes grâces du médiateur américain. Et si le Hezbollah affecte de se désintéresser de la polémique pour s’en remettre aux autorités légales, il persiste à se poser en détenteur de la décision de paix ou de guerre.


La seule et triste certitude est que, pour la plupart des personnages qui nous gouvernent, le trésor sous-marin, seul susceptible de gommer un jour l’effondrement financier et socio-économique du pays, est surtout instrument de pouvoir, levier d’influence politique ; et sans doute aussi, comme le veut la triste tradition, source éventuelle de pharamineux avantages matériels… Mais n’allez pas croire pour autant qu’ils sont de parfaits ignares en matière de frontières. Lamentables gardiens du territoire national, ne souffrant aucune ligne de démarcation entre l’intérêt du pays et le leur, ils s’avèrent en revanche de fort habiles dresseurs de barrières et même de barricades, là où il ne le faut précisément pas : c’est-à-dire entre Libanais, entre communautés et même entre régions.


C’est bien là que réside le secret de leur longévité.

Issa GORAIEB

[email protected]


L’actuelle crise des hydrocarbures offshore n’est après tout que le dernier en date de nos sempiternels démêlés avec le concept même de frontières. Liban partout : nous tirons une légitime fierté de ce slogan à la gloire de nos émigrés partis s’installer, vague après vague, jusque dans les coins les plus reculés, les plus invraisemblables, de la planète. Malgré sa...