Un diadème en diamant et en turquoise en forme de motifs cachemire, création de Cartier. Photo DMA
Désireux d’explorer la manière dont l’iconique joaillerie Cartier, estampillée ambassadrice du luxe français, avait été en osmose avec une culture venue d’un autre monde, le Dallas Museum of Art (DMA) propose à ses visiteurs une impressionnante collection intitulée « Cartier and Islamic Art : in Search of Modernity ». Cette exposition, qui se tiendra jusqu’au 18 septembre prochain, a été organisée en collaboration avec le musée des Arts décoratifs de Paris, le musée du Louvre et la maison Cartier. L’histoire d’amour de ce joaillier d’excellence avec l’art islamique a débuté au tournant du XXe siècle, lorsque des artistes et des marchands du Moyen-Orient présentaient leur art et leurs antiquités dans les grandes villes européennes. Prenant la suite de son grand-père Jacques Cartier qui avait fondé l’entreprise familiale en 1847, Louis J. Cartier avait été fasciné par les motifs, les formes, les couleurs et la structure de l’art islamique, après être parti à la découverte de ces multiples artefacts. Son frère, Jacques Cartier, avait établi un lien similaire avec ce style artistique après avoir voyagé en Inde en 1911.
Un diadème tapissé d’un jeu de diamants, création de Cartier. Photo DMA
Immersion en « terra incognita de beauté »
C’est à cette époque que Cartier et ses designers ont commencé à expérimenter de nouveaux modes de conception en se tournant vers les textiles japonais, les jades chinois, les bijoux indiens, et les arts et l’architecture du monde islamique. Ils avaient particulièrement développé dans cette veine le « style guirlande » qui avait rencontré un grand succès au tournant du XXe siècle. Alors que l’entreprise familiale prenait de l’ampleur dans le monde entier, les frères ont commencé à utiliser les techniques de l’art islamique pour façonner bracelets, montres, broches, colliers, bagues, horloges et autres créations haut de gamme. « Depuis plus d’un siècle, Cartier et ses designers reconnaissent et célèbrent la beauté inhérente et les valeurs symboliques de l’art et de l’architecture islamiques, intégrant leur esprit dans leurs propres créations.
Ce rapprochement entre les formes d’art orientales et occidentales témoigne exactement de ces liens interculturels que la DMA s’engage à mettre en évidence par le biais de sa programmation et de ses bourses. Cette exposition non seulement offre à notre public l’opportunité d’explorer les créations éblouissantes de Cartier, mais elle met également en lumière la force de nos départements d’art islamique, des arts décoratifs et de design », précise le Dr Agustín Arteaga, directeur du DMA. Selon une présentation détaillée à l’intention de la presse, il est mis en relief qu’outre les merveilles du joaillier de renom, cette exposition offre aux visiteurs une véritable radioscopie de la plongée des frères Cartier dans ce qui était pour eux une « terra incognita de beauté ». Ainsi, entre les ruissellements d’or, de diamants et des plus précieux des joyaux, le public peut naviguer parmi des photographies historiques, des esquisses de créations, des documents d’archives et des œuvres d’art islamique dont beaucoup avaient été retenus par Cartier. De plus, les technologies numériques offrent un aperçu du processus créatif de la maison, comme l’adaptation d’un objet en bijou, et son exécution en métal, pierres et matériaux. Cela illustre l’inspiration et la recombinaison de motifs issus de sources islamiques dans la création de bijoux et d’objets de luxe de Cartier.
Un collier-col en brillants et grosses améthystes, création de Cartier. Photo DMA.
Le « Breathing Necklace »
L’esthétique et le souffle islamique de Cartier se révèlent dans cette exposition à travers 400 somptueux bijoux et objets. Aux côtés de majestueuses tiares tapissées de diamants ou formant un arc en platine serti de diamants et de turquoises en forme du dessin cachemire, trône le Breathing Necklace. Ce bijou, en forme de filet en or et diamants, est doté d’un mécanisme invisible. Une fois posé autour du cou, il apparaît tout plat. Puis, au rythme de la respiration, il s’élargit et épouse la morphologie mouvante du haut de la poitrine, comme on peut l’observer dans une vidéo sur YouTube. C’est là un exemple de l’utilisation par les frères Cartier d’une technique empruntée à l’une des méthodes de l’art islamique. « De plus, comme l’écrit le journaliste Jean Scheidnes dans le Texas Monthly, ces effets technologiques renforcent la vision des bijoux en rendant leur beauté encore plus étonnante et attrayante. »
Un broc à eau finement travaillé. Photo DMA
L’art islamique dans ses différentes expressions identitaires (de l’Iran à l’Afrique du Nord, en passant par la péninsule Arabique et au-delà), a imprégné le style de la maison Cartier tout au long de ses différentes tendances. « La créativité de ces grands de la joaillerie a évolué du néoclassicisme à l’Art nouveau, en passant par l’Art déco. Leur ligne colorée Tutti Frutti des années 1920 et 1930, par exemple, incorporait des rubis, des émeraudes et des saphirs sous la forme de fleurs, de baies et de feuilles trouvées dans les bijoux traditionnels indiens et moghols », indique l’auteure et journaliste Sarah Kuta dans le Smithsonian Magazine. Quant à Pierre Rainero, directeur de l’image, du legs et du style chez Cartier, il souligne qu’il s’agissait « d’un enchantement de formes nouvelles, très décoratives et très différentes de ce qui se faisait ».


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