Les quatre membres du groupe ABBA étaient présents vendredi dernier, en chair et en os, pour la première de leur spectacle d’avatars à Londres. De gauche à droite : Benny Andersson, Anni-Frid Lyngstad, Agnetha Fältskog et Björn Ulvaeus. Henry Nicholls/Reuters
La jeunesse éternelle grâce au numérique : ABBA a lancé à Londres une série de concerts d’avatars holographiques dernier cri qui ont pris le relais des quatre septuagénaires du groupe culte suédois. Les hologrammes sont le fruit d’un projet de plusieurs années, conçu en partenariat avec une société d’effets spéciaux fondée par le créateur de la saga de science-fiction Star Wars, George Lucas. Les mouvements des septuagénaires ont été captés en studio pour les reproduire sur scène.
Vêtus de culottes en satin, de paillettes et de bottes compensées, les fans d’ABBA ont afflué vendredi dernier dans une salle de concert de l’est de la capitale britannique pour la soirée d’ouverture d’ABBA Voyage, le spectacle des avatars numériques du groupe. Beaucoup avaient traversé les océans et acheté des billets pour plusieurs soirées. « Je suis fan depuis 1975 », a déclaré Roxanne Dixon, en tunique de satin blanc bordée d’or, boucles d’oreilles « A » et « B » scintillantes et bottes dorées. « Je suis venue d’Australie juste pour ça », a-t-elle ajouté. « Nous avons fait tout le chemin depuis l’Amérique et ça valait le coup », a déclaré de son côté Caleb Graham, âgé de 33 ans et originaire de Floride, lui et son compagnon portant des t-shirts ABBA noirs assortis.
Le concert s’est déroulé dans un théâtre de 3 000 places spécialement conçu à cet effet, l’ABBA Arena, et met en scène quatre ABBAtars – diffusés en hologrammes donc – qui interprètent les tubes du groupe des années 1970 et 1980, mais également des chansons sorties l’année dernière, lorsque les quatre septuagénaires se sont de nouveau réunis pour enregistrer un nouvel album, intitulé Voyage, après près de quatre décennies de silence et de séparation de fait. Et si ce sont bien les voix actuelles d’Anni-Frid Lyngstad (dite Frida), Björn Ulvaeus, Benny Andersson et Agnetha Fältskog (acronyme de leurs prénoms : ABBA) que l’on entend sur scène, leurs avatars numériques représentent les membres du groupe avec leurs visages… de 1979 !
Dans l’ABBA Arena, le public était hétéroclite, constitué d’enfants comme de personnes assez âgées pour avoir connu le groupe au sommet de sa gloire. « Je trouve incroyable qu’ABBA attire des gens de tous les horizons, de tous les âges », s’est réjoui Jordan Charlesworth, âgé de 27 ans, employé d’une agence de santé publique en combinaison à paillettes. « C’est presque la bande-son de votre vie, n’est-ce pas, quand vous atteignez 56 ans », s’est enthousiasmée Sarah Armstrong, vêtue d’un pantalon turquoise tourbillonnant, qui a assisté au concert avec sa sœur et sa fille.
Après près de quatre décennies de silence et de séparation de fait, le groupe culte de disco suédois ABBA avait sorti en novembre 2021 un nouvel album, intitulé « Voyage ». Jonathan Nackstrand/AFP
Pas de nouveau projet
L’ambitieux spectacle, prévu sept jours sur sept jusqu’à début octobre prochain, est un projet extrêmement coûteux, le quotidien britannique The Times rapportant qu’ABBA doit récupérer 140 millions de livres sterling (165 millions d’euros) pour couvrir les frais. Björn Ulvaeus, qui est à 77 ans le membre le plus âgé du groupe, a déclaré avant la première : « Je sais que c’est l’un des projets les plus audacieux que quelqu’un ait jamais entrepris dans l’industrie musicale. » Les spectateurs ont ainsi droit à un spectacle de 1h30 avec une douzaine de musiciens sur scène, bel et bien réels eux, qui accompagnent les avatars. Mais revoir ABBA sur scène en vrai ou sortir un nouvel album n’est pas prévu : « ABBA n’a pas de projet... C’est comme ça », a assuré Björn Ulvaeus.
Après d’autres expériences mitigées de spectacles « ressuscitant » des artistes décédés, boudés pour leur manque de réalisme et leur caractère effrayant, ce nouveau spectacle a ravi les critiques. Cette fois, il n’y avait « rien de macabre », a écrit The Times. Le quotidien britannique The Guardian a, lui, déclaré que les effets numériques étaient un « triomphe » et que « l’effet est véritablement époustouflant ». Et les fans ont assuré qu’ils avaient l’impression d’avoir assisté à un spectacle en direct. « C’était incroyable, tellement immersif, j’avais vraiment l’impression d’être là », a déclaré Dawn Waugh, âgée 63 ans, qui y assistait avec sa fille âgée de 26 ans. « C’était un merveilleux sentiment de remonter dans le temps », a déclaré un autre fan, Stan Papoulias, âgé de 56 ans et originaire de Grèce. « Je suis un fan d’ABBA depuis 45 ans et je n’ai jamais pensé que je les verrais en chair et en os, ou quelque chose comme ça », a ajouté M. Papoulias.
Vainqueur de l’Eurovision en 1974, le groupe ABBA aura connu un succès planétaire grâce à ses chansons cultes comme Waterloo, Gimme! Gimme! Gimme! (A Man After Midnight) ou bien The Winner Takes it All, jusqu’à sa dissolution au début de la décennie 1980-1989. Mais à la surprise générale, le succès du groupe s’était poursuivi après sa séparation ; ensuite alimenté par d’habiles relances comme la série de films Mamma Mia! – inspirée de leur titre éponyme. Avec des centaines de millions d’albums vendus partout dans le monde, ABBA a largement contribué à faire rayonner l’industrie musicale suédoise.
Source : AFP


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