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Lifestyle - Beyrouth Insight

Wafa Khochen, quand la musique est bonne

La pionnière des femmes DJ du pays anime depuis 1984 des émissions sur Radio Liban. Rencontre avec une passionnée de musique, nostalgique des sons purs de Beyrouth.

Wafa Khochen, quand la musique est bonne

Wafa Khochen dans les studios de Radio Liban, comme un poisson dans l’eau. Photo Michel Sayegh

De la gentillesse, de la générosité, de la sincérité, de la modestie et du professionnalisme surtout. Wafa Kochen est une femme inlassablement perfectionniste, qui a tracé son chemin dans les domaines de la radio, la musique et la production théâtrale, mettant son cœur dans tout ce qu’elle entreprend. Malgré la crise locale et le confinement, malgré trois années extrêmement difficiles, elle continue de se battre et ne baisse jamais les bras, ne manquant aucun rendez-vous avez ses fidèles auditeurs sur les ondes de Radio Liban.

Wafa Khochen dans les studios de Radio Liban, comme un poisson dans l’eau. Photo Michel Sayegh

Née au Sénégal, Wafa Khochen, originaire de Tyr, a grandi à Beyrouth. Elle obtient de la Lebanese American University (BUC), autrefois Beirut University College, un diplôme en communication et médias. « Lorsque j’étais encore étudiante, j’ai monté des pièces de théâtre puis j’ai travaillé chez un disquaire à Hamra. Puis, durant les années 80, mon frère Mohammad, en charge d’un programme musical intitulé Micro-ondes, sur Radio Liban, est parti en France. J’ai donc pris la relève », raconte-t-elle. C’était en 1984. Au fil des années, elle va créer et animer de nombreuses émissions, notamment Contact, Micro-ondes, une émission de rock alternatif les mardis et mercredis à 20 heures, puis Flashback, un programme diffusé les week-ends en matinée, où elle compile la musique des années 60, 70 et 80. Dans ce studio de Radio Liban tapissé de bleu, le temps semble s’être arrêté. Wafa est heureuse comme un poisson dans l’eau, elle y retrouve immédiatement son sourire et son énergie. Évoquant ses débuts à la radio, elle confie : « Ce n’était pas facile. Mon frère m’a soutenue. Il m’a appris les ficelles du métier, mais avant chaque passage sur les ondes, j’avais le trac. »

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Bûcheuse, généreuse et se donnant entièrement à son métier, c’est au fil des émissions qu’elle s’est sentie plus à l’aise, grâce surtout à un public fidèle qui savait apprécier son choix. « Beyrouth était coupée en deux par la guerre, mais les gens qui m’écoutaient m’appelaient des quatre coins de la ville, discutaient de musique avec moi et du contenu de mon programme », dit-elle, un brin nostalgique. Elle ira à leur rencontre et se fera des amis dans le métier, tous respectueux de son travail, de sa culture musicale et de sa constance. Pour elle, seuls les auditeurs comptent. « La radio, le journalisme et le théâtre sont des métiers publics où les seuls vrais juges de la qualité du travail donné sont les auditeurs, les lecteurs et spectateurs. Et leur fidélité. » C’est un peu pour cela, malgré toutes les embûches rencontrées au quotidien, que l’animatrice n’a jamais baissé les bras et a toujours voulu donner le meilleur d’elle-même. Aujourd’hui, comme tous les autres jours de la semaine, et malgré le rationnement draconien de courant électrique, elle se rendra à Radio Liban, enregistrera ses émissions après les avoir minutieusement préparées. Comme si c’était la première fois. Par passion.

Wafa Khochen dans les studios de Radio Liban, comme un poisson dans l’eau. Photo Michel Sayegh

Pionnière des festivals de rue

Wafa Khochen, qui a lancé au fil des ans des dizaines de groupes sur la scène musicale libanaise, estime qu’actuellement, malgré les difficultés et la crise, la scène locale reste très forte. « Cela est surtout possible grâce à Ziad Naufal et son label Ruptured qui s’occupe de lancer les groupes libanais. L’un de mes groupes préférés est Post Cards. »

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Cette passionnée de musique a plusieurs cordes à son arc. Loin de se contenter d’être la pionnière des femmes DJ au Liban à une époque où elles n’existaient pas dans le pays, tout en précisant « qu’être DJ dans une radio est différent d’être DJ dans des lieux publics, chaque situation ayant son style et son mérite », elle a également été la première à lancer des festivals de rue. « Certaines personnes pensent que les gens ne s’intéressent pas à la culture. Ce n’est pas vrai, le public prend ce qu’on lui sert. C’est ce que je fais dans mes festivals, présenter du beau aux spectateurs, et ils ont apprécié les spectacles », dit-elle. C’est en 2004 qu’elle lance son premier festival de rue dans sa ville natale de Tyr. Jongleurs, danseurs, acrobates et acteurs étaient réunis au bord de la mer, accessibles à tous. Durant trois nuits consécutives, l’événement est un succès. Il sera suivi par quatre autres festivals quelques années plus tard, à Tyr encore et aussi à Saïda, à Beyrouth et à Tripoli. Wafa Kochen signe avec des troupes européennes et ramène le meilleur choix au Liban. Comme toujours, elle peaufine les détails, ne lésine pas sur la qualité et met son cœur à la tâche. À plusieurs reprises, ces festivals deviennent un élément fédérateur qui brasse toutes les communautés et toutes les couches de la société. Ils sont – l’espace d’un instant – un peu à l’image de son Liban rêvé. « Quelle que soit leur appartenance politique, les gens venus entre amis ou en famille, que ce soit à Tyr, Saïda, Tripoli et Beyrouth, étaient heureux. » Et comme il n’est pas toujours facile pour cette femme pure comme le diamant de composer avec les politiques, de se taire ou de faire dans la demi-mesure ou les compromis, les festivals vont cesser. Fidèle à toutes les personnes qui l’ont soutenue, Wafa Khochen tient à mentionner son frère Mohammad, mais aussi le célèbre présentateur anglais à la BBC qui l’a inspirée et qu’elle a rencontré en 1990 à Londres. « De lui, j’ai beaucoup appris, et surtout la modestie. » Elle cite aussi Joe Rihan, ancien directeur de Radio Liban, et Walid Daou, un auditeur qu’elle n’a pas encore rencontré en personne mais qui a commencé, il y a quelques mois, à charger les sélections de Wafa Khochen sur YouTube. « Je ne le connaissais pas, je suis entrée en contact avec lui car j’estime que ses téléchargements sur le web sont une forme de reconnaissance pour le travail que j’ai fait durant ces longues années », précise-t-elle.

Wafa Khochen possède également son propre site web, www.wafakhochen.com, où tout son travail est en ligne, gracieusement mis à la disposition du public. Pas étonnant, elle ferait tout pour la musique.


De la gentillesse, de la générosité, de la sincérité, de la modestie et du professionnalisme surtout. Wafa Kochen est une femme inlassablement perfectionniste, qui a tracé son chemin dans les domaines de la radio, la musique et la production théâtrale, mettant son cœur dans tout ce qu’elle entreprend. Malgré la crise locale et le confinement, malgré trois années extrêmement...

commentaires (2)

Merci Wafaa, pour toutes ces pépites rock que tu déniches et nous fait découvrir! L'un des meilleurs shows à la radio, tous pays confondus.

B Malek

08 h 33, le 27 mai 2022

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Commentaires (2)

  • Merci Wafaa, pour toutes ces pépites rock que tu déniches et nous fait découvrir! L'un des meilleurs shows à la radio, tous pays confondus.

    B Malek

    08 h 33, le 27 mai 2022

  • Je t'ai toujours admiree Wafa

    Monique Haddad

    08 h 02, le 16 mai 2022

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