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Politique - En toute liberté

Un drame enterre la mémoire d’un autre

Le patriarche maronite Béchara Raï vient d’exhorter une fois de plus à participer au scrutin législatif, à réagir contre l’action combinée de l’inertie, de la paresse et du défaitisme qui conduisent à l’abstention. Le chef de l’Église maronite a parfaitement raison, encore que certains lui réclament des discours au souffle prophétique qui les ouvrent à l’invisible, les encouragent à l’espérance, conjurent en eux la force d’aimer, d’espérer et de persévérer.

De fait, il est un impératif chrétien qui vient avant l’obligation civique du vote, c’est celui de l’amour fraternel que les hommes, et les chrétiens en particulier, doivent avoir les uns pour les autres. « C’est à cet amour qu’on reconnaîtra que vous êtes mes disciples », fait dire l’Évangile selon saint Jean au Christ (13:15). Mais dans ce cas, de qui ces chrétiens qui se détestent tellement sont-ils les disciples ?

Là est le drame. La guerre du Liban est pleine de récits d’enlèvements et d’assassinats, de crimes de guerre et de crimes contre l’humanité. Mais nous nous sommes conduits à son égard comme si tous ces récits, parce qu’ils se sont produits dans tous les camps, se soldent par un récit à somme nulle, sans vainqueurs ni vaincus. En fait, nous avons tous été vaincus par la violence, qu’elle ait été donnée ou reçue. Depuis la guerre civile, depuis ce moment où nous avons refusé de voir la vérité en face, l’amnésie règne et un drame enterre la mémoire de l’autre.

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Par une nuit d’horreur au large de Tripoli, une cinquantaine de mères, d’enfants, de jeunes et d’adultes qui rêvaient d’une vie moins misérable et incertaine que celle qui leur est réservée en ce moment viennent de perdre la vie noyés. Une commission a été chargée de vérifier si la fragile embarcation sur laquelle ils se trouvaient en surnombre n’a pas coulé à la suite d’une fausse manœuvre de la vedette militaire qui les interceptait. Sachant ce qu’il en est du cours de la justice en ce moment, on peut craindre que cette enquête demeure inaboutie, en suspens, comme l’est aujourd’hui celle qui a été ouverte après l’explosion de milliers de tonnes de nitrate d’ammonium dans le port de Beyrouth, au mois d’août de l’année 2020.

Ces souffrances englouties au large de Tripoli sont le trésor de la révolution des consciences qui a surgi dans les rues de Beyrouth lors de l’intifada d’octobre 2019. Sur ces souffrances, des parvenus et des érudits, des hommes sincères et des opportunistes ont ensuite surfé. Mais le fond populaire et éthique de la révolution, ce sont des petits comme ceux qui se sont noyés au large de Tripoli qui l’ont apporté avec eux. Les pauvres, c’est-à-dire ceux à qui on a volé le droit au bonheur simple et à une vie décente, le droit d’aimer et de fonder un foyer, le droit à un logement salubre, le droit de pouvoir inscrire ses enfants à l’école sans craindre qu’ils en soient chassés, le droit aux soins médicaux. Disons-le franchement, la révolution ne doit pas mourir avant qu’elle ne leur ait fait justice ; qu’elle n’ait arraché aux princes vautrés dans leur luxe leurs privilèges, leurs cuisines importées, leur gazon, leurs comptes bancaires et leur Maserati, et ne les ait rétablis dans leur humanité.

Le commentaire d'Elie Fayad

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Le patriarche maronite Béchara Raï vient d’exhorter une fois de plus à participer au scrutin législatif, à réagir contre l’action combinée de l’inertie, de la paresse et du défaitisme qui conduisent à l’abstention. Le chef de l’Église maronite a parfaitement raison, encore que certains lui réclament des discours au souffle prophétique qui les ouvrent à l’invisible, les...

commentaires (4)

Il n’y a pas plus aveugle que celui qu’il ne veut pas voir ….

Eleni Caridopoulou

12 h 26, le 05 mai 2022

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Commentaires (4)

  • Il n’y a pas plus aveugle que celui qu’il ne veut pas voir ….

    Eleni Caridopoulou

    12 h 26, le 05 mai 2022

  • ""il est un impératif chrétien qui vient avant l’obligation civique du vote, c’est celui de l’amour fraternel que les hommes"" rien de contradictoire ici a encourager le vote des chretiens anti aoun . qui a t il de plus chretien a vouloir ouvrir les yeux a la VERITE aux aveugles pro aoun. pardon pour mon sarcasme pt't deplace au vu de cet article plus spirituel.

    Gaby SIOUFI

    10 h 36, le 05 mai 2022

  • Merci pour cet article Simple juste et qui va à l’essentiel Si on ne se bat pas pour une égalité de chances de dignité et de santé la révolution ce restera que pauses et palabres .

    Noha Baz

    08 h 56, le 05 mai 2022

  • Qui croit encore à la "rçevolution" au Liban ? Incroyable comme ce rêve est coriace !

    Chucri Abboud

    03 h 57, le 05 mai 2022

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