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Politique - Circonscriptions

Au Sud I, Saïda et Jezzine séparées par plus que la géographie

L’électorat chiite va jouer un rôle important à Jezzine, tandis que la Jamaa islamiya pourrait être le faiseur de rois à Saïda. Décryptage.

Au Sud I, Saïda et Jezzine séparées par plus que la géographie

Des affiches électorales à Saïda lors des législatives de 2018. Photo d’archives

Il n’aura pas suffi à la circonscription du Liban-Sud I (Saïda-Jezzine) d’être la seule circonscription sans continuité géographique. Formée de la ville de Saïda, détachée de la région de Zahrani et du caza de Jezzine, cette circonscription connaîtra en mai deux batailles électorales séparées, les protagonistes des deux côtés n’ayant pas réussi à former des alliances solides entre les candidats des deux régions, contrairement au scrutin de 2018. À Saïda, ville d’origine de la famille Hariri, la bataille fait rage en l’absence du courant du Futur et alors qu’Oussama Saad a consommé le divorce avec le 8 Mars. À Jezzine, où l’électorat chiite est minoritaire, mais décisif, la traditionnelle rivalité CPL-Amal subsiste, malgré les efforts d’arbitrage du Hezbollah face à la perte de popularité présumée des aounistes.

Les forces en présence

Il y a plus de listes que de sièges au Sud I, où 7 moutures sont enregistrées contre 5 sièges à pourvoir. La première est formée par l’alliance entre d’un côté M. Saad, patron de l’Organisation populaire nassérienne (9 880 voix en 2018), un poids lourd de la politique à Saïda marqué à gauche, et l’indépendant Abderrahmane Bizri, médecin vedette de la lutte anti-Covid et ancien maire de la ville (3 509 voix en 2018). Elle est rejointe par des personnalités indépendantes de Jezzine. Le mouvement Amal du président de la Chambre Nabih Berry, fort d’une minorité chiite importante dans cette circonscription, présente aussi une liste centrée autour du député maronite sortant de Jezzine, Ibrahim Azar (11 663 voix). Le Courant patriotique libre de Gebran Bassil présente, lui, les mêmes candidats à Jezzine qu’en 2018, en alliance avec des personnalités indépendantes de Saïda. Quant aux Forces libanaises de Samir Geagea, elles sont alliées à Youssef Naqib, ex-responsable de la machine électorale du courant du Futur à Saïda. Enfin, le mouvement de contestation est encore une fois scindé en trois listes.

Entre 2018 et 2022

Beaucoup de choses ont changé en quatre ans. Après la contestation du 17 octobre, la crise économique et le retrait de Saad Hariri, le paysage politique à Saïda-Jezzine a connu une reconfiguration profonde. En 2018, la liste soutenue par le courant du Futur avait obtenu 16 470 voix, dont 13 739 suffrages pour Bahia Hariri, ce qui avait permis à la baronne du Futur de se positionner au sommet du podium à Saïda, bien qu’elle soit la seule élue de sa liste. Le retrait du Futur de la vie politique change donc radicalement la donne dans la troisième ville du pays. Youssef Naqib a quand même formé une liste, soutenue par les FL et l’ex-Premier ministre Fouad Siniora.

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Autre changement et pas des moindres, la fin de l’alliance entre Oussama Saad et le tandem chiite. Suite au mouvement de contestation du 17 octobre, M. Saad s’est en effet positionné en porte-étendard des revendications populaires, rompant avec ses anciens alliés du camp du 8 Mars. Résultat : Oussama Saad et Ibrahim Azar se présentent sur des listes distinctes cette fois-ci. En 2018, leur liste commune avait obtenu 22 083 voix et avait élu deux députés.

Le CPL est lui aussi privé d’un allié sunnite de poids. En 2018, le parti de Michel Aoun s’était allié à Bassam Hammoud (Jamaa islamiya, 3 204 voix) et à Abderrahmane Bizri à Saïda. Si ces alliances ont rapporté au CPL quelque 7 000 voix, leur permettant d’élire deux députés, le parti orange devra faire sans eux cette fois-ci, la Jamaa ayant choisi de ne pas participer au scrutin et M. Bizri s’étant rallié à Oussama Saad. À défaut, le CPL s’est allié avec Mohammad Kawwas, un ancien responsable du Baas prosyrien à Saïda, et Ali Sadek Ammar, figure du courant islamiste dans la ville. Si lors des élections de 2018, aucune liste de la société civile n’a émergé à Saïda, trois moutures proches du mouvement de contestation se sont inscrites pour participer à la bataille électorale de mai.

Les principaux enjeux

Le deuxième siège sunnite : Saïda se prépare à une bataille féroce, d’autant plus que l’absence de Bahia Hariri rend l’arène politique plus compétitive. De son côté, Oussama Saad ne devrait pas avoir beaucoup de mal à maintenir son siège, du fait de son importante réserve de voix. À noter toutefois que, contrairement à 2018, M. Saad ne pourra pas compter sur les votes du tandem Amal-Hezbollah (les chiites représentent à Saïda quelque 11 % de l’électorat). Selon une étude du Lebanese Center for Policy Studies, 13 % des voix préférentielles accordées à M. Saad en 2018, soit près de 1 500 suffrages, venaient de bureaux de vote chiites. Mais du fait de la chute possible du seuil électoral à cause de l’absence des haririens, M. Saad ne devrait pas avoir de mal à être reconduit à son siège.

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Le véritable enjeu concerne donc plutôt le second siège sunnite, occupé depuis 1992 par Bahia Hariri. Fort de son alliance avec Oussama Saad, Abderrahmane Bizri paraît en bonne position pour hériter de ce siège, à condition que la liste obtienne deux coefficients électoraux. Youssef Naqib est, lui aussi, un candidat sérieux au second siège sunnite de Saïda, pouvant capitaliser sur son expérience dans l’organisation des élections auprès du Futur (même s’il ne bénéficie pas dans cette bataille de l’appui de Bahia Hariri) et sur le soutien de Fouad Siniora. M. Naqib est allié aux FL, dont le candidat en 2018, Ajaj Haddad (Jezzine), avait obtenu 4 394 suffrages. Cette alliance pourrait cependant être une épine dans le pied de M. Naqib, les FL étant mal perçues par une partie de l’électorat à Saïda. Récemment, des affiches sont apparues dans les rues de la ville, accusant le parti de Samir Geagea d’y avoir commis plusieurs crimes de guerre dans les années quatre-vingt. Les relations en dents de scie entre le Futur et les FL peuvent également desservir cette liste. Dans cette bataille, la Jamaa islamiya pourrait être en position de faiseur de rois. Fort de quelque 3 500 voix en 2018, le groupe islamiste modéré pourrait soutenir un des candidats en lice, en échange d’un accord sur les élections municipales, reportées à l’année prochaine. Quant aux groupes proches de la contestation, bien que Saïda fût au cœur de la révolte du 17 octobre, il semble qu’ils aient peu de chance de pouvoir élire un candidat sunnite. Ces groupes sont en effet éparpillés sur trois listes dans cette circonscription où le seuil électoral est le plus élevé du pays.

La bataille à Jezzine : C’est surtout sur les sièges chrétiens que la bataille électorale risque d’être corsée. Sans un allié de taille à Saïda, le CPL (environ 13 000 voix à Jezzine), Amal (11 000 voix) et les FL (4 000 voix) devront principalement compter sur leur performance à Jezzine pour espérer dépasser le seuil électoral. En effet, aucun de ces trois partis n’avait fait en 2018 un score lui garantissant une position confortable en mai. Perçu comme étant en perte de vitesse, le CPL risque donc de perdre son deuxième député. Une opportunité pour le mouvement Amal, grand rival du CPL ? Lors du scrutin législatif de 2009, le général Aoun, alors chef du CPL, était parvenu à battre M. Berry, qui considère Jezzine comme son fief, en remportant le siège grec-catholique (Issam Sawaya) et les deux sièges maronites, occupés alors par Ziad Assouad et Michel Hélou, décédé depuis. Lors du scrutin de 2018, le mouvement Amal a eu sa revanche en récupérant un des deux sièges maronites, remporté par Ibrahim Azar, fils de Samir Azar, allié de longue date du président de la Chambre. En 2018, le candidat du CPL, Salim Khoury, a été élu au siège grec-catholique de Jezzine avec seulement 708 voix, un score ne lui permettant pas d’être assuré de sa réélection face au candidat soutenu par le leader chiite.

Podcast

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La liste du CPL est d’autant plus fragilisée par de profondes divisions internes, du fait de la rivalité existante entre les deux candidats maronites Ziad Assouad (7 270 voix) et Amal Abou Zeid (5 016 voix). La veille de la date limite pour l’enregistrement des listes, un échange acerbe entre ces deux candidats a failli conduire la liste à l’éclatement. Ziad Assouad entretient également des relations en dents de scie avec le patron du CPL, Gebran Bassil. Peu avant la formation des listes, il a en effet été question au sein du courant aouniste de se séparer de M. Assouad, véritable bête noire de Nabih Berry. L’objectif du parti orange était de former une liste unifiée avec le mouvement Amal, comme le voulait le Hezbollah, décisif dans cette région où l’électorat chiite (22 %) a un poids considérable. Sauf qu’une mise à l’écart de Ziad Assouad, jouissant d’une certaine popularité dans la région, aurait coûté cher au CPL. Quel rôle pour le Hezbollah dans cette bataille entre ses deux alliés ennemis? L’étude du LCPS indique que 94 % des électeurs dans les bureaux de vote chiites à Jezzine avaient attribué leur vote préférentiel à Ibrahim Azar, contre seulement 5 % pour Amal Abou Zeid. La balance penchait donc alors pour Amal au détriment du CPL...

Fiche technique

Deux cazas : Saïda (la ville) et Jezzine.

Cinq sièges à pourvoir : 2 sunnites à Saïda, 2 maronites et 1 grec-catholique à Jezzine.

Nombre d’électeurs inscrits : 129 317, dont 8 333 expatriés.Répartition confessionnelle des électeurs : 44 % sunnites, 28 % maronites, 16 % chiites, 8 % grecs-catholiques, 1 % grecs-orthodoxes, 1 % druzes, 2 % autres (d’après les chiffres du ministère de l’intérieur).

Seuil électoral (en 2018) : 20 % des voix, soit 13 148 suffrages.

Les listes en compétition

1. Ensemble pour Saïda et Jezzine: Courant patriotique libre + indépendants

Amal Abou Zeid, Ziad Assouad, Salim Khoury, Mohammad Kawwas, Ali Sadek Ammar.

2. Capables : Citoyens et citoyennes dans un État (de Charbel Nahas)

Ahmad Assi, Élie Aboutas, Emilio Matar, Ismaïl Haffouda.

3. La modération est notre force :

Amal

Youssef Skaff, Ibrahim Azar, Nabil Zaatari.

4. La voix du changement : Indépendants

Joseph Mitri, Mohammad Taha, Rana Tawil.

5. Nous sommes le changement : Groupes de la contestation

Robert Khoury, Sleiman Malek, Joseph Asmar, Hania Zaatari, Mohammad Zarif.

6. Nous votons pour le changement: Oussama Saad + indépendants

Jamil Dagher, Charbel Massaad, Camille Serhal, Abderrahmane Bizri, Oussama Saad.

7. Notre unité à Saïda et Jezzine : Fouad Siniora + Forces libanaises

Youssef Naqib, Wissam Tawil, Saïd Asmar, Ghada Ayoub.

Il n’aura pas suffi à la circonscription du Liban-Sud I (Saïda-Jezzine) d’être la seule circonscription sans continuité géographique. Formée de la ville de Saïda, détachée de la région de Zahrani et du caza de Jezzine, cette circonscription connaîtra en mai deux batailles électorales séparées, les protagonistes des deux côtés n’ayant pas réussi à former des alliances...
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