Le croiseur Moskva, vaisseau amiral de la marine russe en mer Noire, a été mis hors service. Photo AFP
Le Parlement ukrainien a adopté hier une résolution qualifiant de « génocide » les agissements de l’armée russe en Ukraine en appelant Parlements, gouvernements et organisations internationales à faire de même, selon son compte Telegram.
« Les agissements de la Russie visent à anéantir de façon systématique et cohérente le peuple ukrainien, à le priver du droit à l’autodétermination et à un développement indépendant », souligne le texte voté par une majorité de 363 voix sur 450. « Cela nécessite la reconnaissance immédiate des actions commises par les forces armées russes au cours de l’agression qui a commencé le 24 février 2022 comme génocide du peuple ukrainien », ajoute-t-il. La résolution prévoit également de demander à l’ONU, à l’assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe, au Parlement européen, à l’assemblée parlementaire de l’OSCE et à celle de l’OTAN ainsi qu’aux gouvernements et Parlements du monde entier de reconnaître eux aussi les actions de l’armée russe en Ukraine comme génocide du peuple ukrainien.
Le président américain Joe Biden et plusieurs autres dirigeants étrangers ont accusé Vladimir Poutine de mener un « génocide » en Ukraine, une position saluée par Kiev mais qui, pour certains juristes, tient plus de la rhétorique politique que de faits juridiquement établis.
Sur le terrain, la Russie a subi un de ses plus gros revers dans son offensive contre l’Ukraine avec l’incendie et l’évacuation du croiseur Moskva, son vaisseau amiral en mer Noire, que l’armée ukrainienne affirme avoir frappé avec des missiles de croisière. Ce navire lance-missiles de 186 mètres de long a été « gravement endommagé » par un incendie qui a provoqué l’explosion de munitions et son équipage de plus de 500 hommes a dû être évacué, a annoncé le ministère russe de la Défense. Ce dernier a ensuite affirmé que le feu avait été circonscrit et que les explosions avaient cessé. « Le croiseur Moskva garde sa flottabilité » et va être remorqué, a-t-il dit.
Les autorités ukrainiennes ont pour leur part affirmé avoir frappé avec des missiles de croisière ce bâtiment amiral de la flotte russe de la mer Noire basée à Sébastopol en Crimée. « Des missiles Neptune qui protègent la mer Noire ont causé d’importants dégâts à ce navire russe », a affirmé le gouverneur de la région d’Odessa, sur la mer Noire, Maxime Martchenko.
La mise hors service de ce bâtiment emblématique, construit en 1983 en URSS, portant le nom de la capitale russe et précédemment engagé dans la campagne russe en Syrie, constituerait un camouflet majeur pour l’armée russe. Elle interviendrait en effet après la destruction fin mars d’un navire de guerre russe dans le port de Berdiansk, sur la mer d’Azov, et celle d’un dépôt de carburant à Belgorod, en Russie, que les Russes ont attribuée à une attaque héliportée ukrainienne effectuée à 40 km en territoire ennemi.
Parallèlement, l’Ukraine a rejeté hier les affirmations de Moscou selon lesquelles elle aurait bombardé des villages russes frontaliers, accusant au contraire Moscou de planifier des « attaques terroristes » dans la région frontalière pour alimenter « l’hystérie antiukrainienne ». Sans les démentir formellement, le conseil a dénoncé des affirmations du gouverneur de la région russe de Koursk selon lesquelles un village du district de Korenevsky avait été bombardé depuis le territoire ukrainien, ainsi que des accusations selon lesquelles un poste-frontière de la région de Briansk a été touché. Un peu plus tôt, le Comité d’enquête russe avait affirmé que deux hélicoptères ukrainiens « équipés d’armes lourdes » étaient entrés en Russie et avaient procédé à « au moins six frappes sur des immeubles d’habitation dans le village de Klimovo », dans la région de Briansk. Sept personnes, dont un bébé, ont été blessées « à des degrés divers », selon cette source. Ces accusations sont impossibles à vérifier de manière indépendante.
Des armes lourdes américaines
Avant même l’annonce des explosions sur ce croiseur, la Russie, dont l’offensive massive annoncée dans le Donbass (Est), après son échec dans ses efforts pour s’emparer de Kiev, n’a toujours pas commencé et qui peine à prendre le contrôle total de Marioupol, un port stratégique du sud-est de l’Ukraine, a menacé de frapper des « centres de prise de décision » à Kiev, accusant les Ukrainiens d’attaques contre son territoire. « Nous voyons des tentatives de sabotage et de frappes des forces ukrainiennes sur des cibles sur le territoire de la Fédération de Russie », a déclaré Igor Konachenkov, le porte-parole du ministère russe de la Défense. « Si de tels événements se poursuivent, des frappes seront menées par l’armée russe sur des centres de prise de décision, y compris à Kiev, ce que l’armée russe s’est retenue de faire jusqu’à présent », a mis en garde le porte-parole du ministère, sans préciser si cette expression désignait exclusivement des cibles militaires.
Le président ukrainien Volodymyr Zelensky est resté depuis le début de la guerre retranché avec son administration dans le centre de la capitale, forçant le respect dans le monde entier et intervenant par lien vidéo face aux Parlements de nombreux pays occidentaux, notamment afin de réclamer des livraisons d’armements lourds qui font défaut pour résister à la puissance de feu des Russes.
Joe Biden, qui s’y refusait jusqu’à présent de crainte de s’engager dans une escalade militaire avec Moscou, a accédé à cette demande, promettant à son homologue ukrainien une nouvelle aide militaire massive, de 800 millions de dollars, comprenant des blindés et des canons de longue portée.
Marioupol reste ukrainienne
C’est à Marioupol, une ville initialement peuplée d’un demi-million d’habitants, assiégée et pilonnée depuis plus d’un mois par l’armée russe, que pourrait être enregistré dans l’immédiat le plus lourd bilan humain de cette guerre. Le gouverneur de la région a parlé de 20 000 à 22 000 morts, les témoignages font état d’une situation catastrophique et de corps jonchant les rues, mais la bataille n’est pas finie. Le maire de Marioupol, Vadim Boïtchenko, a ainsi démenti jeudi la prise par les forces russes de sa zone portuaire, annoncée la veille par le ministère russe de la Défense. « Les Russes déploient de nouvelles forces, mais nous tenons la ligne et Marioupol reste une ville ukrainienne, ce qui rend la Russie furieuse », a-t-il affirmé. « Il est clair que l’armée russe a commis des milliers de crimes de guerre dans cette ville », a-t-il ajouté, demandant à « la communauté internationale de faire preuve d’humanité en créant des couloirs humanitaires pour sauver des vies ».
L’Ukraine a annoncé jeudi une reprise des évacuations de civils via neuf couloirs humanitaires, notamment à partir de Marioupol.
La conquête de cette ville serait une victoire importante pour les Russes car elle leur permettrait de consolider leurs gains territoriaux côtiers le long de la mer d’Azov en reliant la région du Donbass, en partie contrôlée par leurs partisans, à la Crimée que Moscou a annexée en 2014. Si certains experts jugent sa chute inévitable, les militaires ukrainiens continuent de résister, les combats se concentrant désormais dans sa gigantesque zone industrielle.
Les bombardements continuent également dans la partie orientale de l’Ukraine, où ils ont provoqué la mort de sept personnes ces dernières 24 heures à Kharkiv, une ville du Nord-Est aussi assiégée depuis le début de l’invasion russe. Kiev a appelé la population de ces régions à fuir au plus vite de peur d’une grande offensive russe imminente pour le contrôle total du Donbass, que les troupes ukrainiennes et leurs ennemis séparatistes prorusses se partagent depuis 2014.
Source : AFP


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