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Santé - Semaine du son

Comprendre et traiter les atteintes auditives

Les atteintes auditives concernent tous les âges. À chaque étape de la vie, certains moyens sont là pour éviter l’irréparable. Les spécialistes se penchent sur la prévention et la correction de la perte d’audition.

Comprendre et traiter les atteintes auditives

La perte d’audition peut être due à plusieurs raisons, se situer à différents niveaux de l’oreille et être plus ou moins grave. Photo d’illustration Bigstock

C’est à l’ESA que la séance inaugurale de la seconde édition libanaise de la Semaine du son a eu lieu. Christian Hugonnet, président et fondateur de l’association La Semaine du son – France, a présenté les intervenants : le Dr Pierre Anhoury, médecin de santé publique, franco-libanais et ancien directeur général de la Fondation pour l’audition, et le Pr Christine Petit, fondatrice et directrice de l’Institut de l’audition de l’Institut Pasteur qui se sont intéressés à l’aspect santé du son.

« Le sonore, c’est la vie, c’est le rapport aux autres, savoir s’écouter, se comprendre et même s’aimer. » C’est ainsi que Christian Hugonnet a voulu mettre en avant l’importance du son et de l’audition.

Pierre Anhoury lance d’emblée une alerte au niveau mondial : d’ici à 2050, une personne sur quatre va avoir des problèmes d’audition. Ce qui implique que plus d’un milliard de personnes auront des difficultés à entendre. « Si vous ne comprenez pas quelqu’un qui vous parle dans un environnement bruyant, c’est que vous avez un problème d’audition, c’est l’indicateur le plus simple et le plus fiable », explique-t-il. La perte d’audition peut être due à plusieurs raisons, se situer à différents niveaux de l’oreille et être plus ou moins grave : elle peut être provoquée simplement par des bouchons de cérumen ; elle peut se situer au niveau des tympans suite à des otites répétitives ; ou au niveau de la cochlée à cause de traumatismes ou d’infections qui peuvent détruire les cellules ciliées ; ou finalement des affections au niveau du nerf auditif. Les problèmes d’audition peuvent commencer dès le plus jeune âge.

Sauvegarder le capital auditif

Chez les jeunes, l’exposition au bruit est un gros risque de perte d’audition au niveau de la cochlée et des cellules ciliées qui la tapissent. Le Dr Anhoury affirme que « les cellules ciliées sont essentielles et surtout non renouvelables : nous avons à la naissance un capital de 15 000 cellules ».

Christine Petit va plus loin : « Ces cellules, qui sont les récepteurs, vont s’incliner sous l’effet du son, et l’inclinaison mécanique va créer une tension qui ouvre un canal qui permettra la création d’un courant électrique. Les cellules ciliées sont de deux types : internes et externes. Les internes dialoguent avec le cerveau et vont coder sur le nerf auditif des impulsions électriques. Quant aux externes, ce sont des amplificateurs nécessaires. Elles ne communiquent pas avec le cerveau, mais avec les cellules ciliées internes qui, elles, envoient le message au cerveau. Et ces cellules ciliées externes sont au nombre de seulement trois à quatre mille. À titre comparatif, nous avons plus de 100 millions de cellules rétiniennes. Cette mécanique de haute précision qui fonctionne avec très peu de cellules est un système très vulnérable au bruit et aux infections. »

D’où l’importance de la prévention et de la prise de conscience chez les 15-24 ans sur le danger du bruit.

Mais comment les jeunes peuvent-ils protéger leur capital auditif ? Pierre Anhoury leur fournit quelques conseils : « Téléchargez une application sonomètre qui permet d’enregistrer le niveau sonore : si vous arrivez dans un restaurant et que le sonomètre donne plus de 80 décibels, changez de lieu. Deuxièmement, dans une boîte de nuit ou dans un concert, là où il y a de la musique trop forte, mettez des protections, telles des boules Quiès. Troisièmement, une application «hearWHO» («entendre et OMS») permet de mesurer l’état de votre audition. Avec un test de quelques minutes, le résultat permet de savoir si la personne souffre d’un déficit auditif. »

De gauche à droite, Pr Christine Petit, M. Christian Hugonnet et Dr Pierre Anhoury. Photo DR

Corriger les troubles de l’audition

Le Dr Anhoury revient sur les troubles d’audition qui apparaissent avec l’âge : « Le nombre de cas de perte auditive augmente avec l’âge, pour atteindre autour de 65 % chez certains après 65 ans. Selon la forme de la perte auditive, il y a certains fréquences et décibels qu’on n’entend plus. Et ce n’est qu’en mettant un appareil auditif qu’on va faire remonter le niveau sonore. » Le médecin insiste sur la nécessité de corriger son audition avec un appareil. « Ce n’est pas une honte », dit-il avant de poursuivre : « En 2011, Frank Lin fait une découverte stipulant que si une personne ne met pas d’appareil suite à une perte d’audition, elle risque d’avoir des troubles cognitifs qui peuvent aller jusqu’à la démence. En 2015, Helen Amieva confirme cette théorie en l’observant sur des personnes qui ont perdu l’audition avec appareil et d’autres sans appareil. Ces dernières avaient 20-25 % plus de chance de développer des troubles de démence ou de maladie d’Alzheimer. Lorsque l’audition baisse, nous faisons au niveau du cerveau un effort pour entendre, pour comprendre, nous faisons répéter, et le cerveau est fatigué par autant d’efforts. Cet épuisement cérébral entraîne un vieillissement accéléré. »

Sur l’aspect pratique des appareils, Pierre Anhoury rappelle qu’ils sont de plus en petits, qu’ils sont numériques et se règlent avec des applications sur le téléphone portable. Mais ces appareils sophistiqués coûtent cher : environ 2 000 euros pour chaque oreille.

À part les appareils auditifs, l’implant cochléaire se pratique par intervention qui permet de mettre une puce sous la peau à destination des sourds profonds.

Christine Petit enchaîne : « Une prothèse ne soigne pas. C’est un système de compensation qui va délivrer le son amplifié ou qui va le transformer en signaux électriques, et qui court-circuite l’oreille externe, l’oreille moyenne et la cochlée pour venir directement stimuler les neurones auditifs qui envoient le message électrique codé au cerveau. »

D’où l’importance de développer les recherches pour aller vers le domaine thérapeutique. Ce que fait l’Institut de l’audition de l’Institut Pasteur.

Dimension moléculaire et génétique

Le Pr Petit revient sur une aventure qui a démarré dans les années 90 entre le Liban et la Tunisie. « Nous avions compris que l’identification des gènes responsables de la surdité est le verrou à faire sauter pour déchiffrer la dimension moléculaire du système auditif. Mais comment accéder à ces gènes ? Ce serait en menant des études sur les populations. Nous avons été à la recherche de collègues qui peuvent identifier des isolas géographiques (petit nombre de personnes où on peut identifier un seul gène) dans lesquelles vivent des personnes sourdes, ce qui nous permettrait de faire de la génétique. Et c’est avec la Tunisie et le Liban que nous avons commencé à construire un réseau méditerranéen de recherche sur les déficits sensoriels de l’audition. Après des prélèvements sur quelque 200 personnes, nous avons pu localiser dans une famille le premier gène responsable de la surdité sur les chromosomes humains. »

C’est pour cela que la spécialiste ne cesse de rappeler que l’audition est entrée dans une phase relativement standard de la biologie et de la médecine grâce à ce qui a débuté ici au Liban. « Ce projet, qui n’avait reçu aucune écoute en France, a démarré avec un tout petit budget entre la Tunisie et le Liban. C’était la bonne approche pour que ce système sensoriel mécanique qui décèle les sons, c’est-à-dire les vagues de pression, devienne ainsi un système qui possède sa propre dimension biologique. » « L’identification des gènes qui lorsqu’il sont défectueux, conduisent à la surdité a été ce puissant levier pour comprendre comment l’oreille et la cochlée fonctionnent en termes moléculaires. De ce fait, on est aujourd’hui dans la position de développer des thérapies adaptées principalement aux surdités héréditaires et explorer la voie des traitements génétiques », conclut Christine Petit.

Le sonore, porte d’accès au monde
En 2017, à la demande de l’Argentine, de la France, du Japon et du Liban, « l’importance du son dans le monde actuel » a été inscrite à l’ordre du jour de la 201e session du Conseil exécutif de l’Unesco, et une note explicative accompagnée d’un projet de décision a été soumise à l’examen du Conseil. L’association La Semaine du son, qui a pour but d’amener chaque être humain à prendre conscience que le sonore est un élément d’équilibre personnel fondamental dans sa relation aux autres et au monde dans ses dimensions environnementale, sociétale, médicale, économique, industrielle et culturelle, considère le sonore comme une porte d’accès au monde. Aujourd’hui, l’Unesco est plus que partenaire parce que le logo de l’Unesco est marqué du sigle de la Semaine du son. Par ailleurs, l’Institut de l’audition de l’Institut Pasteur a aussi signé un partenariat avec l’association.
La seconde édition libanaise de la Semaine du son (du 4 au 10 avril 2022) s'est tenue sous le patronage du ministre de la Culture, le juge Mohammad Wissam al-Mortada, grâce à l’initiative de la Délégation permanente du Liban auprès de l’Unesco, la Commission nationale libanaise pour l’Unesco, l’École supérieure des affaires, l’AUB – The Neighborhood Initiative, l’Institut d’études scéniques audiovisuelles et cinématographique de l’USJ, le Centre International des Sciences de l’Homme- Byblos sous l’égide de l’UNESCO et Beirut & Beyond.

C’est à l’ESA que la séance inaugurale de la seconde édition libanaise de la Semaine du son a eu lieu. Christian Hugonnet, président et fondateur de l’association La Semaine du son – France, a présenté les intervenants : le Dr Pierre Anhoury, médecin de santé publique, franco-libanais et ancien directeur général de la Fondation pour l’audition, et le Pr Christine Petit,...

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