Churchill et Roosevelt à la conférence de Casablanca en 1943. Photo U.S. National Archives and Records Administration/Creative Commons
Le pays de l’Oncle Sam se mettra ce samedi à l’heure anglaise pour célébrer Sir Winston Churchill (1874-1965). Premier ministre britannique à deux reprises et notamment lors des heures les plus sombres du Royaume-Uni, il est l’un des plus grands héros de la Seconde Guerre mondiale. L’imposant homme d’Etat anglais, toujours cigare au bec, a intégré le calendrier officiel des fêtes nationales américaines grâce au président John. F. Kennedy qui, le 9 avril 1963, a décidé, en accord avec le Congrès, de remettre à Winston Churchill la citoyenneté américaine honoraire. L’année suivante, le président Lyndon B. Johnson a décidé d’en faire un événement annuel. La cérémonie s’est déroulée sous la présidence de Kennedy. Le principal intéressé, absent en raison de son âge avancé à l’époque (89 ans), s’était fait représenter par son fils et son petit-fils.
Sculpture de Lawrence Holofcener, « Le banc des Alliés » représentant Roosevelt et Churchill, installés à New Bond Street, à Londres. Photo André Leroux, Lille, France/ U.S. National Archives and Records Administration/Creative Commons
Né d’une mère américaine
Les raisons derrière cet engouement et cet honneur sont nombreuses. D’abord, Winston Churchill avait une mère américaine, Jennie Jerome. Née à Brooklyn de parents américains, elle avait passé sa jeunesse dans cette périphérie new yorkaise puis à Paris et à New York. Belle femme, au « regard de panthère », disait-on d’elle, pianiste accomplie, elle était très engagée dans le domaine caritatif. Lors d’une régate de voile sur l’île de Wight en août 1873, le prince de Galles (Édouard VII futur roi d’Angleterre), lui fit rencontrer Lord Randolph Churchill, (membre du Parlement anglais et chancelier de l’Échiquier) qui l’épouse en 1874. Du couple naîtront deux enfants, John et Winston, lequel vouera une véritable admiration pour sa mère. Néanmoins, ce qui va lui valoir sa nationalité, c’est surtout la grande collaboration et la grande amitié qu’il va nouer avec les États-Unis durant la Seconde Guerre mondiale. À l’heure même où l’Amérique, en 1941, s’engage dans le conflit, Winston Churchill, alors Premier ministre britannique, s’invite à Washington avec cette lettre adressée à Roosevelt : « Nous pourrions revoir ensemble tout le plan de guerre à la lumière de la réalité et des faits nouveaux. » Reçu à bras ouvert par le président en fonction qui lui propose de séjourner à la Maison-Blanche, il le sera moins par l’épouse de ce dernier, Eléonore, prise au dépourvu par l’arrivée soudaine d’un invité plus grand que nature et aux exigences hors du commun… Sans perdre de temps, Churchill avait installé un mini QG de guerre à la White House, où lui et le président Roosevelt suivaient de près ce qui se passait au front. C’est ce que révèle une page History du Smithsonian Magazine foisonnant, entre autres, de détails croustillants sur l’art de vivre excentrique de Sir Winston.
Le 9 avril décrété Jour national Winston Churchill. Photo tirée de la page officielle du National Day Calendar
Robe de chambre de soie dans la Maison-Blanche
Ses demandes n’étaient pas des moindres, le magazine ainsi que de nombreux films le relatent. « Je dois avoir un gobelet de sherry dans ma chambre avant le petit-déjeuner, quelques verres de scotch et de soda avant le déjeuner et du champagne français. Et du brandy vieux de 90 ans avant d’aller me coucher », apprend-t-on. Pour le petit déjeuner, Churchill exigeait « quelque chose de froid et quelque chose de chaud », des fruits, du jus d’orange, une théière, des œufs, du pain grillé, du bacon ou jambon, et de la moutarde anglaise ». On apprend aussi que le personnel de la
Maison-Blanche a souvent vu le Premier ministre déambuler dans les couloirs vêtu d’une robe de chambre en soie ornée d’un motif de dragon chinois ou aussi en overall, une tenue de sa création pour descendre dans les abris. « Nous vivons ici comme une grande famille, d’une manière intime et informelle », avait-il confié dans un télégramme au chef du parti travailliste britannique Clement Attlee. Toujours est-il qu’après de longues nuits de travail, certainement bien arrosées, Churchill et Roosevelt s’étaient mis d’accord sur plusieurs stratégies qui ont pu faire la différence pour les Alliés et transformer le cours de l’histoire. « Sa visite aux États-Unis a marqué un tournant dans la guerre », s’était alors enthousiasmé un éditorial du Times de Londres. Il n’en fallait pas plus pour que des décennies plus tard, le président Kennedy fasse de ce glorieux familier de la Maison-Blanche un citoyen d’honneur américain.
Le lien qui s’était forgé entre le président Roosevelt et le Premier ministre et leur confiance mutuelle avaient participé à la fin de la guerre. On rapporte que Roosevelt, dans la Maison-Blanche désormais calme, avait découvert combien la compagnie de Churchill lui manquait. Il lui aurait envoyé un message dans lequel il se demandait comment leur amitié résonnerait dans l’histoire, disant aussi : « C’était amusant de partager cette période avec vous. »


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