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Politique - Diplomatie

Frontière maritime : le Liban prépare une contre-offre

Dans leur réponse à la proposition d’Amos Hochstein, les autorités officielles veulent réclamer l’ensemble des 860 km2 disputés avec Israël.

Frontière maritime : le Liban prépare une contre-offre

Le président de la République, Michel Aoun, entouré du président du Parlement, Nabih Berry (à g.), et du Premier ministre Nagib Mikati, le 18 mars 2022 au palais de Baabda. Photo Dalati et Nohra

Une dizaine de jours. C’est le temps qu’il reste aux autorités libanaises pour donner leur réponse officielle à la proposition d’Amos Hochstein, médiateur américain dans le dossier de la délimitation de la frontière maritime avec Israël. L’envoyé spécial était venu au Liban le 9 février dernier avec une offre qu’il n’avait pas souhaité dévoiler publiquement. Il avait toutefois fixé les limites géographiques de la négociation dans les 860 km2 qui séparent la ligne 1 (frontière revendiquée par Israël) à la ligne 23 (revendiquée officiellement par le Liban), écartant la ligne 29, qui octroie au pays du Cèdre 1 430 km2 en plus de la zone disputée. L’Orient-Le Jour avait appris auprès des différentes parties libanaises impliquées à quoi ressemblait la proposition américaine : une frontière sinueuse, qui flirte parfois avec la ligne 23, mais qui fait perdre au Liban environ 20 % de la zone qu’il revendique. C’est plus que la ligne Hof – du nom du diplomate américain Frédéric Hof qui a joué les médiateurs entre les deux parties entre 2010 et 2012, attribuant au Liban 55 % de la zone contestée contre 45 % pour Israël – mais beaucoup moins que ce que le pays du Cèdre pourrait revendiquer selon les normes du droit international, d’après les spécialistes.

Pour préparer la réponse officielle, le président Michel Aoun a invité à Baabda le 18 mars le chef du Parlement Nabih Berry et le Premier ministre Nagib Mikati. D’après les informations obtenues par L’OLJ, la réunion entre les trois présidents a abouti à un accord sur la présentation d’une contre-offre. « L’objectif est d’améliorer les conditions de l’accord pour que le Liban obtienne l’ensemble des 860 km2 disputés », dit une source au fait du dossier. « Nous pensons qu’il est possible d’exiger toute la ligne 23 et de s’assurer que le champ Qana soit entièrement de notre côté de la frontière », confirme un proche du président.

Pour mémoire

Tracé de la frontière maritime : un pas en avant, un pas en arrière

Cette décision intervient à la suite de plusieurs déclarations du Hezbollah faisant monter les enchères. Le chef du bloc parlementaire du parti pro-iranien, Mohammad Raad, a lancé les hostilités le 28 février dernier en déclarant qu’il valait mieux « que le gaz reste enfoui dans la mer jusqu’à ce que le Liban soit en mesure de se protéger et d’empêcher Israël de s’approprier la moindre goutte d’eau ».

« Nous ne pouvons pas accepter la proposition d’Hochstein, d’une part parce que c’est une ligne sinueuse, d’autre part parce que cela impliquerait une forme de normalisation avec Israël », dit à L’OLJ un haut cadre du parti ayant requis l’anonymat.

Après le départ d’Amos Hochstein, Michel Aoun avait souhaité former un comité technique avec des représentants de la présidence, du chef du Parlement, du Premier ministre Nagib Mikati, du commandement de l’armée et des ministères concernés, comme les Affaires étrangères, la Défense, l’Énergie ou encore les Travaux publics. Mais le tandem chiite avait refusé de participer à ce comité. « En plus de priver le Liban d’une partie de ses droits, la proposition américaine n’est pas claire sur la façon dont seront exploités les champs qui pourraient se trouver entre la partie libanaise et la partie israélienne », dit un proche conseiller de Nabih Berry, qui a requis l’anonymat. Selon des informations parues dans la presse et confirmées par L’OLJ, les États-Unis ont envisagé que des sociétés internationales s’occupent de l’exploration des champs dans les zones contestées, ce que les autorités libanaises ont refusé en bloc.

« Le Hezbollah aura le dernier mot »

C’est dans ce contexte qu’a eu lieu la réunion entre les trois présidents. « Les Américains ont insisté sur l’importance que toutes les parties soient sur la même ligne pour éviter de futurs problèmes », dit un proche du président. L’Orient-Le Jour a appris que Nabih Berry avait conditionné sa participation à une garantie que le communiqué final soulignerait la nécessité d’adhérer à l’accord-cadre, conclu par le chef du Parlement en octobre 2020 avant que Michel Aoun reprenne le dossier. La déclaration souligne en effet la nécessité d’adhérer à celui-ci et de revenir aux négociations de Naqoura sous les auspices des Nations unies et en la présence du médiateur américain. « Aoun voulait que les négociations aient lieu à Baada, ce que nous refusons », dit le conseiller du chef d’Amal. La reprise des négociations de Naqoura nécessite la réaffectation de la délégation militaire, ce qui suppose la nomination d’un nouvel officier en remplacement du général de brigade Bassam Yassine, mis à la retraite.

Pour mémoire

Frontière maritime : la volte-face de Michel Aoun

Chaque partie libanaise fait aujourd’hui ses petits calculs. Nabih Berry veut clairement avoir à nouveau son mot à dire. « L’accord-cadre ne précise pas les lignes de démarcation », précise le conseiller du chef du Parlement, comme pour souligner que contrairement à Michel Aoun, il n’a pas abandonné la ligne 29 au profit de la ligne 23. Après avoir poussé pour que le Liban revendique les 1 430 km2 supplémentaires, le chef de l’État a en effet reculé et considéré que la ligne 23 était la bonne frontière. Le chef d’Amal reste pour sa part ambigu sur sa position pour se préserver une marge de manœuvre. « Si c’est la ligne 23 qui est adoptée, cela signifie qu’elle doit être complètement en faveur du Liban et qu’il est impensable d’accepter qu’elle soit en zigzag », dit encore le conseiller de Nabih Berry.

Du côté présidentiel, on est plus pressé d’aboutir à un accord, mais l’on craint que « certaines parties » tentent de le faire capoter pour empêcher le président de revendiquer ce succès. Une pique clairement adressée à Nabih Berry, avec qui les relations ne sont pas bonnes. « Aoun n’a aucune constance dans ce dossier. Il a joué la surenchère avec la ligne 29, puis a accepté la ligne 23 et maintenant est prêt à accepter une ligne Hof un peu modifiée », accuse le conseiller de Nabih Berry.

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Amos Hochstein, l’homme qui ne plaisantera pas

Il n’a pas encore été décidé si la réponse libanaise sera donnée à Amos Hochstein en personne ou par l’intermédiaire de l’ambassadrice américaine Dorothy Shea. Un diplomate américain affirme en tout cas à L’OLJ, sous le couvert de l’anonymat, que « Washington veut aboutir à un accord au plus vite », et qu’il n’est pas dans « l’intérêt du Liban de jouer la surenchère ». Le Hezbollah semble attendre que les conditions politiques régionales et locales soient réunies pour conclure cet accord. « Le parti aura le dernier mot sur le dossier et le fera savoir via le ministre du Travail », dit le haut cadre de la formation chiite.


Une dizaine de jours. C’est le temps qu’il reste aux autorités libanaises pour donner leur réponse officielle à la proposition d’Amos Hochstein, médiateur américain dans le dossier de la délimitation de la frontière maritime avec Israël. L’envoyé spécial était venu au Liban le 9 février dernier avec une offre qu’il n’avait pas souhaité dévoiler publiquement. Il avait...

commentaires (6)

Aoun a toujours joué la surenchère sur tous les dossiers épineux de ce pays sur le conseil de ses alliés vendus et il s’est retrouvé à chaque fois isolé et humilié par eux. Il n’a rien appris et continue à commettre les mêmes erreurs espérant une chose: voir son poulain le relayer. Quelle ne va pas être sa surprise de voir que toute sa peine et toutes celles qu’il a infligé aux pays et à ses citoyens ont été veines et qu’il s’est fait mené par le bout du nez à son propre anéantissement après celui de son pays. Bravo l’artiste, on peut dire que vous avez excellé et avec beaucoup de zèle à la destruction de notre pays en un temps record. Il faut reconnaître son incompétence, son entêtement et sa naïveté à toute épreuve. Jusqu’au bout il aurait été fidèle à sa réputation de têtu butté et fier de l’être.

Sissi zayyat

12 h 18, le 22 mars 2022

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Commentaires (6)

  • Aoun a toujours joué la surenchère sur tous les dossiers épineux de ce pays sur le conseil de ses alliés vendus et il s’est retrouvé à chaque fois isolé et humilié par eux. Il n’a rien appris et continue à commettre les mêmes erreurs espérant une chose: voir son poulain le relayer. Quelle ne va pas être sa surprise de voir que toute sa peine et toutes celles qu’il a infligé aux pays et à ses citoyens ont été veines et qu’il s’est fait mené par le bout du nez à son propre anéantissement après celui de son pays. Bravo l’artiste, on peut dire que vous avez excellé et avec beaucoup de zèle à la destruction de notre pays en un temps record. Il faut reconnaître son incompétence, son entêtement et sa naïveté à toute épreuve. Jusqu’au bout il aurait été fidèle à sa réputation de têtu butté et fier de l’être.

    Sissi zayyat

    12 h 18, le 22 mars 2022

  • ET LE LIBAN PETROLIER ET GAZIER A LA SAINTE GLIN GLIN... L,ABRUTISSEMENT ET L,HEBETUDE ASSERVIS AUX MERCENAIRES IRANIENS AUX ORDRES DU FAKIH VONT AUTODETRUIRE COMPLETEMENT LE PAYS.

    L,AUTHENTIQUE LIBRE EXPRESSION.

    12 h 03, le 22 mars 2022

  • Eh bien qu’ils attendent en tirant chacun la couverture à soi. En attendant le peuple crève de faim .

    joseph khalil

    10 h 53, le 22 mars 2022

  • Avec une girouette qui perd le nord, un bibelot très ancien et une tirelire remplie de milliards...la vitrine de notre pays est vraiment bien garnie ! - Irène Saïd

    Irene Said

    08 h 41, le 22 mars 2022

  • A quoi sert de discuter, de toutes façons « Le Hezbollah aura le dernier mot ». Ce qui signifie qu'il n'y aura pas d'accord, puisque le président Nasrallah n'en veut pas.

    Yves Prevost

    07 h 18, le 22 mars 2022

  • Deux choses: D’abord, l’extraction de gaz n’est par pour demain, car le partage des parts en interne sera beaucoup plus long et compliqué que la délimitation de la frontière maritime avec Israël. Ensuite, de toutes façons il est déjà clairement trop tard. En effet, non seulement Israël a probablement déjà pompé une grande partie des ressources pendant que nous tergiversons (eh oui, il n’y a pas de frontière sous l’eau, c’est le même gisement qui est interconnecté…), mais surtout l’augmentation actuelle du prix du gaz à cause de la guerre en Ukraine va pousser les pays consommateurs à se lancer dans des énergies alternatives, ce qui fait que lorsque nous serons enfin prêts, plus personne ne voudra de gaz, surtout quand les sanctions sur la Russie seront levées… Mieux vaut investir dans l’industrie locale, dans le nettoyage de nos côtes poir redevenir un pays touristique, dans l’éducation, dans l’éradication de la corruption, plutôt que de compter sur ce gaz qui ne nous sortira jamais de la crise…

    Gros Gnon

    06 h 47, le 22 mars 2022

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