Rechercher
Rechercher

Moyen-Orient - Pétrole

Riyad et Pékin accentuent la pression sur Washington

L’Arabie saoudite pourrait accepter le paiement de ses exportations d’hydrocarbures en yuans chinois, dans un contexte tendu avec l’administration de Joe Biden.

Riyad et Pékin accentuent la pression sur Washington

Des billets de banque chinois. Photo d’archives Reuters/Jason Lee

C’est une nouvelle pique lancée par Riyad à Washington. Mardi, le quotidien américain The Wall Street Journal révélait que l’Arabie saoudite serait prête à accepter des paiements en yuans plutôt qu’en dollars américains pour ses exportations pétrolières. Suite à cette annonce, la monnaie chinoise a gagné 0,4 % en valeur face au dollar, dans ce qui sonne comme un nouveau pied de nez à l’administration de Joe Biden qui poursuit la politique de désengagement américain du Moyen-Orient pour se tourner vers l’Asie. Depuis le début de la guerre en Ukraine, le locataire de la Maison-Blanche tente de faire pression sur ses alliés traditionnels exportateurs d’hydrocarbures pour faire tomber les cours de ces derniers, qui ont atteint des sommets après l’invasion russe. Le Premier ministre britannique, Boris Johnson, s’est rendu hier aux Émirats arabes unis et en Arabie saoudite pour appuyer les efforts américains dans ce sens. Cependant, le royaume wahhabite a jusque-là refusé d’augmenter sa production de pétrole. Pour Riyad, le renforcement du rapprochement opéré avec Pékin ces dernières années prend une portée d’autant plus particulière dans le contexte de relations tendues avec son allié stratégique américain.

Si la nouvelle a fait grand bruit, ce n’est pas la première fois que l’Arabie saoudite brandit la menace d’accepter les yuans pour ses exportations pétrolières vers la Chine lorsque ses relations avec Washington sont tendues. « Mais depuis quelques mois, les Saoudiens en parlent de plus en plus. Je pense que c’est une menace sérieuse et qui sera très bien comprise par les États-Unis », affirme Jean-François Seznec, chercheur non résident au Middle East Institute. Dans cette veine, le site d’information Axios a annoncé hier que le secrétaire d’État américain, Antony Blinken, devrait se rendre en Arabie saoudite d’ici à la fin du mois dans le cadre d’une tournée régionale incluant également les Émirats arabes unis, Israël et la Cisjordanie pour aborder la stabilité des marchés de l’énergie ainsi que, probablement, le nucléaire iranien. Ce déplacement pourrait toutefois être annulé en fonction des développements de la guerre en Ukraine.

Pouvoir de négociation

Depuis son arrivée à la Maison-Blanche, Joe Biden refuse de s’adresser directement au prince héritier, dirigeant de facto du royaume wahhabite. En rendant publique une enquête de la CIA qui l’accuse d’avoir approuvé l’assassinat du journaliste saoudien Jamal Khashoggi dans le consulat de son pays à Istanbul en 2018, le président américain a contribué à isoler le dauphin saoudien sur la scène internationale. Si ce dernier a patiemment attendu une réhabilitation qu’Emmanuel Macron a été le premier dirigeant occidental à entamer lors de sa visite officielle à Djeddah en décembre dernier, il se sent désormais en position de force pour négocier une reconsidération de son statut par l’administration américaine.

Avec des prix du baril de pétrole qui ont frôlé les 140 dollars le 6 mars dernier, Riyad, au coude-à-coude avec Moscou pour la place de premier producteur mondial de brut, garde la haute main sur les cours de l’énergie grâce à son importante capacité de production non utilisée. Si les États-Unis étaient en 2021 un exportateur net de pétrole, la première puissance mondiale subit une inflation record estimée le mois dernier à près de 8 % en lissage annuel. Une inflation qui pourrait s’accentuer avec les prix actuels des hydrocarbures, impactant les coûts du transport.

Lire aussi

Le président chinois invité à se rendre en Arabie saoudite

Washington se montre par ailleurs pressé de conclure les négociations, actuellement en pause, sur le nucléaire iranien pour revenir à l’accord de 2015, dont les États-Unis se sont retirés unilatéralement en 2018. Alors que Moscou avait imposé de nouvelles conditions à la signature d’un accord dans le sillage du conflit en Ukraine, il a obtenu mardi des garanties américaines selon lesquelles les sanctions qui lui sont imposées dans le contexte de la guerre en Ukraine n’affecteront pas sa coopération avec Téhéran. En cas de nouvel accord, la production de pétrole et de gaz iraniens pourrait alors réintégrer les marchés mondiaux et contribuer à faire baisser les prix des hydrocarbures grâce à une augmentation de l’offre. Comme d’autres pays, Riyad craint que ces développements ne renforcent la position de la République islamique dans la région, notamment par le biais de supplétifs. Au regard des bonnes relations existant entre la Chine et l’Iran, le prince héritier saoudien pourrait ainsi essayer de capitaliser sur la relation amicale qu’il entretient avec son homologue chinois pour faire pression sur l’Iran.

Impact limité

Alors que la plupart des dirigeants occidentaux prenaient leurs distances avec lui suite à l’assassinat de Jamal Khashoggi, Mohammad ben Salmane avait effectué, en février 2019, une visite officielle en Chine pour signer des accords énergétiques et commerciaux. Cinq mois plus tard, l’absence du déploiement du parapluie sécuritaire américain en réaction à l’attaque des installations pétrolières d’Aramco, que l’administration de Donald Trump s’était pourtant empressée d’attribuer à l’Iran, a renforcé la volonté saoudienne de diversifier ses partenariats. Bien que les États-Unis restent l’allié stratégique privilégié de l’Arabie saoudite et son principal fournisseur d’armement, le royaume a cherché à étendre sa coopération avec l’Empire du Milieu dans le domaine de la défense. Selon des données des renseignements américains rapportés par la chaîne CNN en décembre dernier, Riyad aurait lancé sa propre production de missiles balistiques avec l’aide de Pékin. Aujourd’hui, la Chine est le principal partenaire commercial du royaume wahhabite et les yuans récoltés grâce à la vente de pétrole pourraient servir à financer les importations chinoises ou encore contribuer à diversifier les réserves saoudiennes en devises étrangères. Selon des sources citées par le WSJ lundi, Riyad a notamment invité le président chinois, Xi Jinping, à se rendre prochainement dans le royaume wahhabite.

« Si cela pourrait avoir un impact géopolitique énorme, l’impact financier serait absolument minime », soutient toutefois Michael Every, directeur de recherche sur les marchés financiers à la Rabobank. Plus de 80 % des transactions mondiales se font actuellement par l’intermédiaire du dollar américain comme valeur de référence. Les conséquences pourraient néanmoins être bien plus importantes si un effet de réseau apparaissait dans le cadre duquel de plus en plus de pays accepteraient les paiements dans la monnaie chinoise, la rendant dès lors incontournable.Si Riyad finit par accepter les paiements pour ses hydrocarbures en yuans, « l’effet de propagation pourrait être rapide. La Russie, d’abord, ferait de même, l’Irak pourrait très bien suivre, l’Iran certainement. À terme, cela aurait des conséquences énormes. Petit à petit, le marché du pétrole passerait en yuans », prédit ainsi Jean-François Seznec, alors que les partenaires de la Russie chercheraient une alternative au système financier mondial basé sur le dollar. Selon le journal chinois Global Times, l’Inde pourrait notamment acheter du pétrole russe à prix réduit en le payant en yuans.

Alors que le rial saoudien est actuellement arrimé au dollar américain, Riyad pourrait faire le choix, à l’instar du Koweït, de le rattacher à un panier de devises incluant le yuan. Mais, pour ce faire, il devrait revoir toute sa politique fiscale. « La monnaie chinoise pourrait devenir, demain, une devise de réserves si Pékin le voulait, mais ce serait autodestructeur », estime Michael Every. D’une part, si la valeur du yuan venait à augmenter, les exportations chinoises pourraient renchérir, les rendant moins compétitives. « Mais le problème fondamental, pour la Chine, en cas de yuan international, serait qu’il deviendrait beaucoup plus difficile à contrôler en raison des échanges internationaux énormes. (...) Cela impliquerait que la force et le contrôle du parti sur la Chine diminuerait », conclut Jean-François Seznec.

C’est une nouvelle pique lancée par Riyad à Washington. Mardi, le quotidien américain The Wall Street Journal révélait que l’Arabie saoudite serait prête à accepter des paiements en yuans plutôt qu’en dollars américains pour ses exportations pétrolières. Suite à cette annonce, la monnaie chinoise a gagné 0,4 % en valeur face au dollar, dans ce qui sonne comme un nouveau...
commentaires (8)

Eh bien! Aux U.S., nous ne nous occupons que de renverser la raison au prix d'ignorer le bien commun, et tout cela au profit de rancunes et passions historiques que les "media" manipulent pour leurs propres gains. La Chine et Co. ont bien raison d'en profiter pour affermir leur pouvoir.

Fadoul Paul

16 h 13, le 17 mars 2022

Tous les commentaires

Commentaires (8)

  • Eh bien! Aux U.S., nous ne nous occupons que de renverser la raison au prix d'ignorer le bien commun, et tout cela au profit de rancunes et passions historiques que les "media" manipulent pour leurs propres gains. La Chine et Co. ont bien raison d'en profiter pour affermir leur pouvoir.

    Fadoul Paul

    16 h 13, le 17 mars 2022

  • Il est très futé ce MBS. Aucun monarque n’a jusque là su tenir tête aux US et on se demande s’il le fait sur un coup de tête qui lui coûtera cher à l’avenir ou s’il le fait en connaissance de cause. Excellent article clair net et précis loin des clichés, des propagandes et des commérages qui noircissent certaines pages de notre journal. Il est impératif que le Liban sache choisir son camps et ses partenaires dans cet imbroglio pour ne pas perdre la face et le pays avec.

    Sissi zayyat

    12 h 19, le 17 mars 2022

  • En bref, Trump avait raison sur toute la ligne mais la propagande dont il a été la victime l'a débouté de son poste au profit d'un IMBECILE et une équipe de losers comme celui que nous avons et ses amis. Si c'est ce que veut le peuple, qu;il ne pleurniche pas par après des conséquences de ses choix. Cette année il y a des échéances cruciales pour trois pays: Les USA, La France et le Liban. Aux USA les mid-term élections, en France la Présidentielle, suivie des législatives et au Liban aussi. Pour chaque pays le résultat déterminera leur avenir et celui de ce qui se passera dans leur sphère respectives, mais les trois combinés détermineront l'avenir de notre petit pays. Si Trump se refait, Macron est déchu et au Liban l;es souverainistes prennent le dessus, alors il y aura un petit espoir. Sinon l'avenir sera sombre et compliqué.

    Pierre Christo Hadjigeorgiou

    11 h 03, le 17 mars 2022

  • J'ai peine à imaginer les conséquences pour l'influence des États-Unis.

    Vincent Gélinas

    09 h 28, le 17 mars 2022

  • une blague cette menace ! a moins que MBS ne soit devenu gaga ! IMPOSSIBLE A IMAGINER !

    Gaby SIOUFI

    08 h 37, le 17 mars 2022

  • Article très intéressant

    Paul KAIKATI

    07 h 54, le 17 mars 2022

  • Ol me semble que Biden devrait revoir sa politique Proche-Orientale. Lâ encore, Trump n'avait pas tout faux.

    Yves Prevost

    07 h 22, le 17 mars 2022

  • De quoi faire se retourner dans leur tombe Saddam et Muammar…

    Gros Gnon

    00 h 30, le 17 mars 2022

Retour en haut