William Hurt (1950-2022) dans le thriller érotique « Body Heat » (1981). Photo DR
Une semaine avant son 72e anniversaire, l’acteur américain William Hurt est décédé de « cause naturelle », a signalé son fils Will dans un communiqué publié dans plusieurs médias. S’il a bâti sa réputation sur sa volonté d’incarner des personnages excentriques et inhabituels, à l’instar d’un policier russe dans Gorky Park (1983), un mari riche et distant dans Alice de Woody Allen (1990) et un homme avec pour projet de construire une machine qui profiterait aux aveugles dans Until the end of the world (1991), c’est surtout dans ces trois rôles-clés et films que l’on se souviendra de lui.
William Hurt dans « The kiss of a spider woman » (1985). Photo DR
« Body Heat » (La fièvre au corps), de Lawrence Kasdan (1981). Tout feu tout flamme.
William Hurt incarne dans Body Heat le rôle de l’avocat Ned Racine, à la renommée bien assise et irréprochable. Malheureusement pour lui, il va être séduit par Matty Walker (Kathleen Turner) avec qui il s’engagera dans une liaison passionnée. Épouse d’un riche homme d’affaires de Floride (Richard Crenna), celle-ci va le pousser au bout du gouffre. Avec l’aide de l’un de ses clients criminels, le fabricant de bombes Teddy Lewis (Mickey Rourke), Ned élabore un stratagème pour tuer le mari de Matty afin qu’ils puissent s’enfuir avec son argent. Mais Ned est loin d’imaginer que des complications énormes vont naître de cette passion sulfureuse.
Après avoir réalisé ce film en 1981, Lawrence Kasdan fera jouer plus tard William Hurt dans The Big Chill, qui regroupe une bande de copains qui s’illustreront dans le cinéma. Jusqu’à présent, Body Heat est considéré comme l’un des meilleurs thrillers érotiques qui a donné un autre genre au film noir. Sous le flegme d’un troublant William Hurt surgissent à la surface des émotions souvent contradictoires et complexes. Avec Kathleen Turner, femme fatale de l’époque, on retrouve cette fièvre, voire cet incendie des corps dévorés par la passion, et surtout un comédien doté de multiples talents et facettes.
« The kiss of the spider woman », d’Hector Babenco (1985) : la toile des sentiments.
Dans une dictature d’Amérique latine, Molina et Valentin se retrouvent dans la même cellule de prison. Valentin est incarcéré pour ses engagements politiques. Molina, rêveur et maniéré, doit quant à lui son emprisonnement à son homosexualité. Malgré leurs différences, les deux hommes se lient d’amitié... C’est une toile qui se tisse autour d’eux dans un huis clos grave grâce à la voix hypnotique de William Hurt qui donne dès le début le ton au film, adapté du roman Le Baiser de la femme-araignée (El beso de la mujer araña) de l’écrivain argentin Manuel Puig, une œuvre classée parmi les cent meilleurs livres écrits en langue espagnole durant le XXe siècle par le journal El Mundo. Constitué uniquement de dialogues et de monologues des deux prisonniers, agrémentés de quelques rapports de police, le roman est dépourvu de descriptions et de narration. Dans la version cinématographique, William Hurt, qui incarne Molina, tout en pudeur et en émotions, emmène le spectateur dans son monde imaginaire, plein de poésie, en racontant au prisonnier qui partage sa cellule (Raul Julia) des films pleins de couleurs. C’est en regardant ce film à nouveau que l’on réalise que William Hurt, qui avait été oscarisé pour ce film où il interprète l’une des plus belles performances de sa vie, a été sous-estimé le reste de sa carrière. Antihollywoodien mais obligé de jouer des rôles mineurs ces dernières années, il a réussi à élever le cinéma américain au rôle d’art. L’art de jouer avec justesse et honnêteté.
« Children of a lesser God », de Randa Haines (1986). Quand le silence est plus fort que les mots.
C’est une histoire d’amour assez originale, sans mots, avec des signes et des gestes, qui suit la liaison entre un professeur dans une école pour jeunes sourds, aux méthodes qui sortent des sentiers battus, et une de ses anciennes élèves. Alors qu’il débute dans une nouvelle école, James Leeds rencontre Sarah Norman, une jeune femme qui travaille comme femme de ménage dans l’établissement. Née sourde, Sarah, libre et farouche, a toujours refusé d’apprendre à parler. James l’entrevoit d’abord comme un nouveau défi à relever, avant d’en tomber éperdument amoureux. Dès lors, au lieu de l’emmener vers son monde de bruits, il essaiera d’aller lui-même vers son monde de silence. William Hurt tente de ressentir ce que vit la femme qu’il aime tous les jours en s’immergeant complètement pendant quelques instants dans une piscine, ou encore dans les disputes en langage des signes. Il porte aussi le poids d’un silence éloquent, ce qui, pour un acteur, est remarquable.
Cette belle histoire d’amour est reproduite avec tout le talent d’un William Hurt qui, encore une fois, use de tous les sentiments contenus d’un comédien brillant, avec plus d’une corde à son arc. La réussite de ce film hors du commun repose sur l’alchimie entre les deux protagonistes et pour cause... Oscarisée pour sa performance, Marlee Matlin, qui lui donne la réplique, est une vraie sourde-muette, tandis que l’alchimie sur le plateau entre les deux acteurs a initié une véritable vie de couple en dehors de la profession. Un film délicat et sans pathos qui touche, grâce à un acteur qui a mis tout son cœur dans ses personnages, quel que soit le registre.
William Hurt dans « Children of a lesser God » (1986), un film délicat et sans pathos. Photo DR
L’anti-Hollywood
L’acteur américain William Hurt, connu pour ses rôles dans des films aussi populaires que The Big Chill (Les copains d’abord) et The kiss of the spider woman (Le baiser de la femme araignée), est mort dimanche à l’âge de 71 ans.
Son premier rôle au cinéma avait été celui d’un scientifique obsédé dans le film Altered States de Ken Russell en 1980. Son apparition aux côtés de Kathleen Turner dans Body Heat en 1981 l’avait transformé en sex-symbol, avant de remporter l’oscar du meilleur acteur en 1985 pour avoir joué un prisonnier gay dans The kiss of the spider woman.
Né à Washington le 20 mars 1950, il parcourt le monde pendant son enfance, accompagnant son père diplomate. Il fait des études théologiques avant d’intégrer la prestigieuse école d’art Juilliard School à New York.
Malgré sa notoriété grandissante, William Hurt ne semblait pas à l’aise face au train de vie hollywoodien.
« Je ne suis pas à l’aise avec tout ça. Je ne suis pas à l’aise à l’idée de marcher sur le tapis rouge en smoking, et de voir toutes les femmes avec leurs seins remontés et tous les hommes habillés en pingouins », avait-il expliqué dans une interview.
Sa vie privée était cependant très hollywoodienne. Il avait épousé l’actrice alors débutante Mary Beth Supinger et l’avait suivie à Londres, mais avait divorcé à leur retour à New York. Il a eu un enfant avec la danseuse de ballet Sandra Jennings, deux autres lors d’un autre mariage, et une fille, Jeanne, avec l’actrice française Sandrine Bonnaire.
En mai 2018, l’acteur s’était vu diagnostiquer un cancer de la prostate à un stade incurable. Son fils n’a toutefois pas précisé si c’est cette maladie qui l’a emporté.
Source : AFP


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